ВУЗ: Не указан
Категория: Не указан
Дисциплина: Не указана
Добавлен: 19.01.2021
Просмотров: 1630
Скачиваний: 1
Que le feu calorique a nu, c'est-a-dire exe^ant son action par la voie seche, n’agit sur les corps, comme instrument simplement mecanique, que lorsqu'il n'attaque point [l’ordre] de combinaison des principes de ces composes, c'est-a-dire, que lorsque, s'introduisant simplement dans les masses resultantes de l’agregation ou de l'agglutination des molecules essentielles, il modifie simplement ces masses, soit en les dilatant, soit en les liquefiant, soit en volatilisant leurs parties.
Mais lorsque le feu calorique a nu s'introduit entre les principes constituans d'un compose quelconque, et qu'il en altere l’etat de combinaison, separant et faisant exhaler ceux qui sont volatils, il me parait evident, d'apres les faits ci-dessus cites, qu'alors le feu calorique n'agit plus uniquement comme un instrument simplement mecanique, puisqu’il se fixe lui-meme dans les residus de tout genre du compose qu'il a denature, et qu'il forme avec ces residus un ou plusieurs composes nouveaux.
Nous allons voir que le meme feu calorique, agissant par la voie humide, offre des resultats analogues, c'est-a-dire, a peu pres semblables.
SECONDE PARTIE.
De l’action du feu employe comme instrument chimique par la voie humide.
Je vais essayer de faire connaitre un instrument employe continuellement par les chimistes, instrument dont ils ne peuvent se passer, sans lequel ils ne peuvent faire aucune analyse, et cependant qu'ils meconnaissent tellement, qu'ils attribuent a d'autres causes les resultats de son action, et de ses facultes. Cet instrument est la matiere du feu, agissant, non a nu, mais par la voie humide, dans toutes sortes de dissolutions et dans les fermentations intestines.
Dans une science quelconque, lorsqu'une erreur (fut- elle l’unique) s'introduit dans ses principes fondamentaux, l'influence de cette erreur porte necessairement sur la theorie entiere. Toutes les consequences alors sont defectueuses, je puis meme dire fausses, quoique pouvant etre etablies par des hommes d'un grand merite et d'un jugement tres- solide ; en un mot, quoiqu'on ne puisse pas dire d'elles qu'elles sont le fruit d'un faux raisonnement. En effet, quelque juste que soit partout le raisonnement, quelque fondees que soient toutes les consequences qu'un raisonnement juste force d'etablir, ces consequences seront toutes erronees si la base d'ou l'on part repose sur une erreur. Il est donc possible qu’une theorie physique, par exemple, soit erronee dans toutes les consequences qu'elle force de tirer des faits meme que l’on considere, et qu'aucun des raisonnemens qui etablissent ces consequences, soit veritablement faux.
Dans la theorie chimique maintenant la plus accreditee, quelques-uns des principes fondamentaux de cette theorie sont sans doute dans le cas d'exiger un nouvel examen ;
1°. Parce qu'on ne saurait mettre trop d'attention et trop de soins a s'assurer du fondement des principes d'ou l'on part pour raisonner, quoique, dans toute theorie le raisonnement soit reellement appuye sur la consideration d'une quantite de faits quelconques (1) ;
(1) Toujours dire qu'on ne parle que d'apres les faits. Qu'est-ce qui ne sait pas qu'en considerant les fait connus, on peut cependant imaginer une theorie tres-fondee ? Ne sait-on pas que la solidite d'une theorie depend ne- [necessairement]
2°. parce que, dans les differens ouvrages de physique que j'ai publies, je crois avoir fait voir que quelques- uns des principes fondamentaux de la theorie chimique maintenant accreditee, etaient non-seulement tres- hypothetiques, mais meme moins vraisemblables et moins conformes a ce qu'indique la generalite des faits, que ceux que je suis parvenu a decouvrir.
Sans vouloir rappeler ici les objections essentielles que j'ai faites contre les principes fondamentaux de la theorie chimique actuellement dominante (1), objections qui subsistent et conservent toute leur force, puisqu'on ne les a pas detruites, je dirai que l'ingenieux roman des attractions de composition, c'est-a-dire, des attractions electives, publie par le celebre Bergmann, n’eUt pas ete imagine par lui si cet habile chimiste se fut doute que les elemens des corps n'ont en eux- memes aucune tendance a la combinaison ; en sorte qu'ils ne subissent reellement cet etat de gene
cessairement de celles des bases de raisonnement qui la fondent, et qu'entre une hypothese specieuse et un principe tres-fonde, l'homme, entraine par des prejuges non detruits, pourra preferer l'hypothese.
J'ai fait une demonstration assez rigoureuse de ce principe, pour qu'on ne puisse le refuter solidement, et j'ai fait voir que si l'attraction universelle, demontree par Newton, peut etre la cause de l'agregation des molecules d’un grand nombre de corps, cette attraction n’est jamais la cause essentielle qui opere les combinaisons.
Mais les physiciens, domines par l’opinion ancienne que les elemens des corps tendent eux-memes a se combiner les uns avec autres, n'ont pu jusqu'a ce jour entrevoir la cause reelle des combinaisons premieres des faits organiques les plus essentiels, et par consequent ils n'ont pu s'apercevoir de ce qui porte les principes des corps a se degager lorsqu'ils sont enchaines par la combinaison. Ainsi la cause des fermentations et des dissolutions a dU necessairement leur echapper. Il a donc fallu imaginer, a la place de cette cause qu'ils n'ont pu connaitre, des hypotheses pour rendre raison des faits observes, et l'on sent bien que les plus ingenieuses de ces hypotheses ont dU etre accueillies ; c'est ce qui en effet arrive : voila l’etat des choses.
L'ancienne chimie s'etait formee sur les dissolutions une idee entierement fausse. On croyait que ce qui se passe entre un dissolvant en contact avec un corps qu'il dissout, n'etait autre chose que le resultat de la tendance qu'ont les parties integrantes des deux corps a se combiner ensemble ; et l'on pensait que la chaleur qui se manifeste pendant les changemens qu'opere la dissolution, etait uniquement due a la reaction des parties.
La chimie moderne et admise n'a redresse aucune de ces erreurs. Les chimistes, qui en sont partisans, toujours domines par l'ancienne idee d'une pretendue tendance a la combinaison entre les principes constitutifs du dissolvant et ceux du corps a dissoudre, l’ont accommodee a leurs idees particulieres ; et ils ont meme encheri a cet egard, en ajoutant au prejuge existant celui des attractions electives.
Je crois avoir presente dans mes Memoires (1) sur les dissolutions en general, et particulierement sur la tendance qu'ont les principes constitutifs des decomposes a se degager de l’etat de combinaison, des considerations tellement importantes, et si conformes aux faits connus, que si une prevention insurmontable et naturelle n'empechait les physiciens de donner leur attention a d'autres vues qu'a celles qui sont conformes aux leurs, mes nouvelles considerations auraient obtenu de leur part l'examen le plus serieux, et peut- etre leur assentiment.
Lorsque, dans la recherche des verites physiques, on s'est une fois ecarte de la veritable voie, il est sans doute tres-difficile a quiconque aurait le bonheur d'apercevoir le principe, de pouvoir y ramener les autres. Celui qui se croit dans ce cas, doit-il pour cela taire sa decouverte ? Non, sans doute ; mais comme il peut lui-meme se tromper malgre sa conviction intime, il doit la presenter sans jamais s'occuper des succes que peuvent avoir ses observations. Tot ou tard, tout est justement apprecie ; les mauvaises productions tombent et demeurent dans l’oubli : les bonnes a la fin necessairement surnagent.
Sans avoir la faiblesse de m'occuper du sort reserve aux miennes, j'ai dU les faire connaitre ; et je dois continuer cette entreprise parce que je crois que cela peut etre utile.
Maintenant je vais donc essayer de prouver que, dans toutes les dissolutions et dans les fermentations, le feu qui est fixe dans les matieres qui subissent ces actes chimiques, est le principal agent des mutations qui s'y executent. Je vais ensuite faire remarquer que ce feu, qui se trouve dans un etat particulier qui lui donne cette faculte, est un instrument que les chimistes emploient dans leurs operations par la voie humide, sans le connaitre, attribuant tous ses effets a d'autres causes supposees ; qu'enfin cet instrument, qui est le meme dans le fond que le calorique a nu, n'est pas non plus uniquement mecanique.
Pour ramener a cette consideration fondamentale dont on s'est si fortement eloigne, il faut rappeler que le feu qui est fixe dans les corps, n'y est jamais dans son etat de rarite naturelle ; qu'il ne pourrait pas etre fixe s'il y etait dans cet etat, et qu'a l’instant de son degagement, il ne pourrait pas se trouver dans l’etat de feu calorique, comme il s'y trouve toujours, si, dans son etat fixe, le feu n'etait fortement resserre, condense, et dans un etat de compression extremement considerable. Je crois avoir suffisamment developpe ailleurs (1) le fondement de cette verite, pour qu’il ne soit pas necessaire d'y revenir ici.
D'apres la consideration qui precede, et dont j'ai donne d'amples developpemens dans mes ouvrages, il est evident que le feu qui est fixe dans les corps, y doit etre, selon l'etat de la combinaison des principes de chacun des corps qui en contiennent, tantot la base de toute combustibilite (tel est celui je nomme feu fixe carbonique), et tantot le radical de toute espece de salinite (tel est celui que j'appelle feu fixe acidifique). Or, comme il est connu qu'il n'y a de dissolutions possibles qu'entre des matieres dont au moins une est veritablement saline, c'est-a-dire contient du feu fixe dans l'etat acidifique, il n'est donc plus permis de douter que ce soit principalement la matiere du feu qui agisse dans toutes les veritables dissolutions.
En effet, ce feu, imparfaitement fixe dans les acides, dans les alkalis, dans les liqueurs vineuses ou spiritueuses, enfin dans les matieres savoureuses et odorantes, s'y trouve doue d’une tendance si grande au degagement, et si facile a s'effectuer, qu'il n'a besoin que du contact d'une autre matiere toire naturelle, le sixieme Memoire, page 131, traite de la nature du feu.
par sa nature peut favoriser l'effectuation de sa tendance ou ses progres dans une moindre concentration ; en sorte que cette matiere, en le touchant, devient pour lui une provocatrice utile a son degagement (1).
Ainsi, lorsqu'on mele un acide avec une autre matiere provocatrice du degagement de son feu acidifique, dans l'instant meme du melange ou du contact mutuel des deux matieres en question, et surtout dans celui ou l’une de ces matieres penetre entre les parties de l’autre, il se fait aussitot un changement dans l'etat de combinaison des principes des deux matieres dont il s'agit ; une desunion totale de ces memes principes ; enfin, un degagement reel d'une partie des fluides elastiques auparavant combines, et surtout d'une partie du feu fixe qui est alors necessairement change en feu calorique. Il se fait aussi, a la faveur de cette desunion, des principes de deux matieres mises en contact, une ou plusieurs combinaisons nouvelles, que les circonstances ou l’abondance de certains principes favorisent necessairement.
Ces combinaisons nouvelles sont prouvees, 1°. parce que les resultats de l’acte chimique de la dissolution ne sont pas la separation subsistante de tous les principes auparavant combines, puisqu'il y en a qui se dissipent ; 2°. parce que les composes qui sont produits par suite de l'acte de la dissolution, ne sont jamais les resultats de l’union de la totalite des principes qui constituaient auparavant les deux matieres melangees ou mises en contact, puisque, encore une fois, une partie de ces principes s'est exhalee ou degagee pendant la penetration de ces deux matieres ; 3°. parce qu'enfin on ne peut reproduire a volonte les deux matieres en question, et dans leur quantite premiere, qu'en sacrifiant une ou plusieurs autres matieres qui puissent, par leur destruction, fournir le complement des principes necessaires pour les retablir.
Il est donc evident, d'apres ce qui precede, que l'action du feu par la voie humide, c'est-a-dire, par la voie des dissolutions, est a tres-peu pres la meme que celle du feu par la voie seche, c'est-a-dire, par celle des combustions, des calcinations, etc. puisque, dans l'un et l'autre cas, il se fait des destructions de combinaisons existantes, des dissipations de prin cipes, et presqu'en meme tems des combinaisons nouvelles.
Dans toutes ces operations (les dissolutions, les combustions, les calcinations, etc.) l’on peut assurer que si, d'une part, le feu divise les corps et en separe des parties, en agissant comme instrument mecanique ; de l'autre part, en se fixant plus ou moins abondamment, et se combinant avec une partie des principes des combinaisons qu'il a changees, ce meme feu forme aussitot des combinaisons particulieres qui n'existaient pas auparavant.
Tels sont les resultats de l’action du feu, soit par la voie seche, soit par la voie humide, resultats qu'on ne saurait solidement contester.
Le compte que l’on doit necessairement tenir des effets du feu que je viens de mentionner, prouve que le feu, soit par la voie seche, soit par la voie humide, ne doit jamais etre employe pour faire l’analyse d'un compose quelconque, c'est-a-dire, pour en separer et en presenter a part les veritables principes constituans.
Mais, disent les chimistes, en employant les memes moyens d'analyse sur la meme substance, nous obtenons toujours les memes resultats. Sans doute, et j'en ai donne la raisonailleurs. Il en resulte toujours que vous avez une fausse idee de l’origine des produits ; que vous ne pouvez tenir compte de toutes les matieres dissipees, puisqu'il y en a que vous ne sauriez retenir dans aucun vaisseau, et que vous ignorez quelles sont au juste les matieres fournies par les instrumens chimiques que vous employez.
Enfin, ajoutent les chimistes dans les analyses que nous faisons maintenant, nous decouvrons avec certitude les veritables composans des substances que nous analysons, en sorte que nous pouvons assurer qu'en analysant des substances vegetales ou des substances animales, nous parvenons a connaitre tres- positivement la quantite de carbone, d'hydrogene, d’azoth et d'oxigene, dont chacune de ces substances est composee ; nous decouvrons en meme tems les premieres applications ou les premieres unions de ces principes, d'ou resultent l'ammoniac, le nitre, l'hydrogene carbone ou sulfure, etc. etc.
De meme nous parvenons a connaitre, analysant des substances minerales, combien elles contiennent de parties, soit de silice, soit d'alumine, soit de carbonate de chaux, soit de tel ou tel oxide, etc. etc.
Et moi, je me crois tres-fonde a assurer que rien de tout cela n'est exact, et que toutes ces pretendues analyses sont autant de faits mal juges, puisque, pour les faire, on a employe l’action du feu, tantot par la voie seche, tantot par la voie humide, et presque toujours par l’une et par l'autre dans le cours des operations qu'il a fallu executer pour les terminer.
CONCLUSION.
Quand les chimistes feront leurs analyses sans alterer la substance a analyser par le feu calorique a nu, et sans faire usage d’aucune matiere saline, c'est-a-dire, de l'action du feu par la voie humide ; enfin, quand ils n'emploieront que des instrumens dont l'action sera uniquement mecanique, alors je croirai que les produits de leurs analyses etaient veritablement contenus dans les matieres qu'ils auront analysees (1).
QUESTION.
Quand cette belle partie de la physique
(1) Si apres avoir lu ce Memoire, et suffisamment medite sur tout ce qu'il contient, l'on prend la peine de revoir ce qui s'y rapporte dans le chap. IV de mon Hydrogeologie, et surtout ce que j'ai dit sur les fermens (addition, p. 186), on sera inevitablement frappe de la force des raisons qui appuient la theorie que j'ai publiee. qu'on nomme chimie, aura-t-elle des principes solides, non vacillans, et sera-t-elle affranchie des hypotheses et de cet arbitraire de raisonnement qui font changer a peu pres, tous les demi-siecles, les bases de la theorie que l'on suit dans le cours de chaque epoque ?
REPONSE.
Lorsque la matiere du feu, ses qualites propres et les modifications qu'elle est susceptible d'eprouver, seront parfaitement connues ; et lorsqu'on ne la prendra plus, dans chacun des etats differens ou on la rencontre, pour autant de matieres particulieres existantes essentiellement dans la Nature.
Nota. Ce Memoire a ete imprime dans le Journal de Physique, mois de floreal an 7. J'y ai fait des additions.
MEMOIRE SUR LA MATIERE DU SON.
LE choc des corps, opere a certaine distance de nous, produit sur l'organe de notre ouie une sensation connue de tout le monde, sous le nom de bruit ou de son (1). Il n'est pas douteux que cette sensation ne soit le resultat de l’ebranlement ou de la vibration d'une matiere fluide, interposee entre le corps choque et notre organe ; matiere que son extreme transparence ne nous permet pas d'apercevoir.
Quelque familiere que nous soit cette sensation du son ou du bruit, il me semble que la matiere qui la cause, en affectant notre organe auditif, ne nous est pas encore bien connue.
Peut-etre paraitra-t-il d'abord assez indifferent a quelques personnes, de savoir quelle est reellement cette matiere ; car il y a peu d'apparence, diront-elles, que plus de connaissances a cet egard nous soient de grande utilite. Pour moi, je pense, au contraire, qu'il importe beaucoup pour l'avancement de nos connaissances en physique, de determiner positivement quelle est la matiere invisible qui occasione en nous la sensation du bruit ou du son, parce que des recherches a cet egard peuvent nous mettre dans le cas de decouvrir quelque fluide particulier, qui, quoiqu'echappant a plusieurs de nos sens par sa tenuite et son extreme transparence, peut etre neanmoins assez actif et assez puissant pour influer considerablement sur la plupart des faits physiques que nous observons, et peut-etre encore sur des faits relatifs a l’organisation des etres vivans, qu'il nous est si important de bien connaitre.
Le fluide invisible qui est pour nous la matiere propre du son et du bruit, se trouvant necessairement interpose entre les corps choques et notre organe auditif, doit etre un fluide qui nous environne partout, dans le quel, par consequent, nous nous trouvons sans cesse plonges ; en un mot, il doit constituer le milieu invisible dans lequel nous vivons, ou au moins en faire partie.
On trouvera des developpemens a cet egard, et des preuves rigoureusement etablies d'apres les faits, dans un ouvrage que je vais mettre incessamment sous presse, auquel je travaille depuis pres de trente ans, et qui sera intitule : Theorie de l'Atmosphere terrestre tout tems parvenu a notre connaissance, parce que dans ses deplacement il se rend sensible a nous en affectant l'organe du bouclier, en nous poussant meme avec force, et ensuite parce qu'etant d'une certaine grossierete dans ses parties, nous avons la facilite de l’enfermer dans des vaisseaux ; de l'y retenir a notre gre, d'en faire l'examen, etc. etc.
Il etait donc naturel de penser qu'un fluide dans lequel nous sommes sans cesse plonges, qui se trouve par consequent interpose entre tous les corps et nous, que nous connaissons en quelque sorte de tout tems, qui nous semble d'ailleurs jouir d'un ressort considerable, devait etre la matiere meme qui nous affecte dans la sensation du son ou du bruit. Il etait raisonnable de croire que c'etait ce meme fluide qui, dans le choc des corps, recevait un ebranlement ou des vibrations dans un degre de force proportionne, et propageait cet ebranlement ou ces vibrations jusqu'a notre ouie.
C'est en effet ce qu'on a pense jusqu'a present, et c'est sans doute ce qu'il faudrait continuer de croire, si l'observation des faits ne nous apprenait d'une maniere convaincante que le fluide, quel qu'il soit, qui a la faculte de nous transmettre le bruit ou le son, a aussi celle de le transmettre a travers des milieux et des corps que l'air commun ne saurait traverser.
Nous allons voir que la matiere fluide qui forme le bruit ou le son, a la faculte de propager a travers differens milieux, et surtout a travers des milieux solides, les ebranlemens ou les vibrations qu'elle peut recevoir du choc des corps, et qu'en consequence il est necessaire que sa tenuite ou son extreme rarite la mette dans le cas de traverser facilement ces differens milieux. Or, on sait que l'air commun ne saurait traverser une vessie de porc lorsqu'on l'y enferme, et qu'on peut le retenir a son gre dans toutes sortes de vaisseaux ; il n'a donc point les proprietes dont jouit evidemment la matiere propre du son.
Lorsqu'arriva l'affreux accident qu'eprouva la poudrerie etablie dans la plaine de Grenelle, pres Paris (le 14 fructidor an 2), je distinguai tres-bien la commotion qui ebranlait tout, et qui causa tant de dommages dans les matieres fragiles, du bruit ou craquement remarquable qui lui succeda, et qui parvint a mon oreille a travers l'air commun. Je m'aper5us clairement que le fluide qui causa la commotion que je ressentis dans le lieu ou je me trouvais, arrivait a moi a travers la masse du sol, me penetrait, et occasionnait en moi une sensation sourde et particuliere tres-distincte de celle que le bruit qui se propageait a travers l'air, vint operer sur mon ouie. Je suis convaincu que l'air commun etait incapable de produire de semblables effets ; car quelles que soient les ondulations ou les vibrations qu'on pourrait supposer s'etre alors formees dans sa masse, elles ne pourraient s'etre propagees a travers le sol a la distance d'environ cinq kilometres (plus d'une lieue), ou je me trouvais, avec la celerite et la force que je remarquai dans cette circonstance. J'eus donc occasion de me convaincre que la commotion (1) que j'eprouvai
(1) La commotion que je ressentis a une aussi grande distance du lieu de son origine, n'etait pas, comme on pourrait le croire, le resultat d'une compression successive des parties du sol comprises entre le lieu oU j’etais et celui oU se faisait l'explosion ; car on sait que l’effet de la compression est non-seulement proportionnel au degre de force avec lequel agit le corps comprimant, mais aussi au degre de compressibilite du corps comprime ; en sorte qu'une masse sera d'autant plus comprimee par la force comprimante, que ses parties seront moins dures et plus susceptibles de ceder a la compression. Ce n'est assurement pas la masse terreuse et piera cette grande distance, etait due singulierement a l’agitation violente d'un fluide subtil et elastique qui avait la faculte de traverser la masse du sol sans resistance, ou plutot qui, s'y trouvant repandu, y propageait les ebranlemens violens qui venaient de lui etre communiques.
La matiere qui occasiona la commotion dont il s'agit, produisit les plus grands effets sur les corps denses, et ne fit point osciller le feuillage des arbres ; ce que j'observai etant a ma fenetre, et faisant face au lieu ou s'operait cette terrible detonnation. Une porte de communication de ma chambre a une piece voisine s'ouvrit, et les plus legers ebranlereuse qui constitue le sol qui a subi la commotion dont il s'agit, et que, comparativement au fluide subtil qui la penetre, on jugera tres- susceptible de ceder a la compression.
Tandis qu'un fluide subtil, eminemment elastique par sa nature, repandu dans toutes les parties du globe et dans toutes les masses qui le constituent, recevant tout a coup, par l’explosion en question, une compression enorme et subite, a du communiquer, de proche en proche, a ses parties voisines, la compression qu'il venait de recevoir, et par suite de son ressort, s'efforcer de se retablir partout dans son premier etat, ce qui a produit la commotion et les accidens observes.
mens ne se firent point remarquer dans les rideaux. Le piton d'un crochet de fer qui tenait une autre porte fermee, s'arracha, pendant que dans le meme lieu le calme de l'air se faisait ressentir par le repos des corps legers. J'appris le lendemain que, dans une maison fort elevee qu'occupait alors le citoyen Crapelet, imprimeur (rue des Carmes), la commotion s'etait si fortement fait ressentir dans le bas, au rez-de-chaussee de cette maison, que les ouvriers y avaient ete effrayes de l’ebranlement qu'ils remarquaient dans les meubles de leur atelier ; tandis que le citoyen Crapelet, qui se trouvait alors au quatrieme etage de la meme maison, n'avait point ressenti de commotion, mais avait seulement entendu par la fenetre le bruit que l'explosion avait occasione.
Les grandes agitations de l'air par deplacemens, comme les vents tempeteux, peuvent causer le renversement des edifices, le soulevement des toits, etc. Celles que l'on croit pouvoir se faire par ondulations circulaires, concentriques et croissantes, ou par des especes de vibrations, devraient ebranler proportionnellement les corps legers, tels que le feuillage des arbres, etc. etc. Mais aucune de ces sortes d'agitations ne doit pouvoir casser des vitres sans forcer les fenetres, rompre des glaces dans l'interieur des habitations, comme cela est arrive a plusieurs de celles qui ferment les armoires des galeries du Museum ; fendre des plafonds, et arracher des pitons de fer dans le moment meme ou l'air tres calme ne parut pas meme faire branler ou voltiger le feuillage des arbres. C'est cependant ce qui est arrive a la suite de l’explosion de la poudrerie de Grenelle. - Recherches, vol. 2, p. 401.
L'observation des faits m'a force de reconnaitre et d'etablir en principe, que le son ou le bruit se propage avec une intensite ou une force qui est en raison directe du choc ou des vibrations des corps, et a la fois de la densite des milieux, a travers lesquels la matiere qui le forme, propage ses ebranlemens.
Le bruit ou le son se transmet dans l'air commun d'une maniere connue de tout le monde, et avec cette seule variation qu'il s'etend plus au loin, et s'entend plus fortement dans un air dense que dans un air rarefie. Aussi le bruit ou le son s'entend mieux le soir ou la nuit, que dans le jour ; dans un bois que dans une plaine nue ; dans l'air qui domine les eaux, que dans celui qui couvre des terrains arides. Mais dans tous ces cas, la propagation du bruit on du son a travers l'air, est toujours plus lente et moins forte qu'a travers les autres milieux plus denses.
Diverses observations attestent que le son ou le bruit se propage sous l'eau, c'est-a-dire, dans la masse de ce liquide, bien plus fortement qu'a travers l’air (1) : on y entend meme, quoique plus faiblement, les sons qui y arrivent a travers l'air qui la domine (2).
La Nature a donne aux animaux qui vivent dans l'air, un conduit auditif externe, pour augmenter en eux les moyens d'entendre le bruit ou le son qui ne se propage qu'avec une certaine faiblesse, a travers un milieu si mou et qui a si peu de densite ; mais elle a prive de conduit auditif externe presque tous les animaux qui vivent continuellement dans l'eau, parce que se trouvant dans un milieu beaucoup plus favorable a la propagation du bruit ou du son, ils n'en avaient pas besoin.