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Добавлен: 19.01.2021

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Suivez cette consideration, et vous verrez se derouler le fil qui lie tous les faits recueillis dans vos experiences.

Mais si la consideration de l’idole qu’il faudrait renverser, vous retient et vous empeche d’ouvrir les yeux, dans ce cas je dirai : Que ceux qui preferent etre abuses, le soient tout a leur aise.

FIN.

APPENDICE.

AVERTISSEMENT SUR SON OBJET.

Comme aucun des Memoires ne se trouve imprime ou il doit etre, et que presque tous sont disperses ou isoles, j’ai pense que, pour l’avancement et consequemment pour l’interet des sciences physiques et naturelles auxquelles je consacre tous mes loisirs, il etait convenable de reimprimer ici deux de mes Memoires pour en repandre davantage la connaissance.

Cette convenance me parait d’autant plus fondee, que le sujet de ces Memoires a des relations avec les objets consideres dans mon Hydrogeologie, c’est-a- dire, dans la partie de la Physique terrestre, qui concerne tout ce qui se passe et tout ce qu’on observe a la surface et dans la crofite externe du globe.

Je reserve ceux de mes Memoires qui concernent l’atmosphere, ainsi que les principales observations inserees dans mes Annuaires meteorologiques, pour l’ouvrage dont je m’occupe depuis long-tems sur la Meteorologie, premiere partie de la Physique terrestre.

Enfin, les observations que j’ai faites sur les corps vivans, et dont j’ai expose les principaux resultats dans le discours d’ouverture de mon cours de l’an 9 au Museum, feront le sujet de ma Biologie, troisieme et derniere partie de la Physique terrestre.

On y trouvera, parmi d’autres considerations importantes, un grand nombre d’observations qui attestent que l’organisation des corps vivans, c’est-a- dire, que la conformation interne de ces corps et de leurs parties est uniquement le resultat des mouvemens des fluides qu’ils contiennent, et des circonstances qui ont concouru a l’extension et a la diversite de ces mouvemens ;

Que l’etat de cette organisation dans chaque corps vivant a ete obtenu petit a petit par le progres de l’influence des mouvemens de ses fluides ;

Enfin, que, du concours non interrompu de ces causes ou de ces lois de la Nature et d’une serie incalculable de siecles qui ont fourni les circonstances, les corps vivans de tous les ordres ont ete successivement formes.

MEMOIRE

Sur la matiere du feu, consideree comme instrument chimique dans les analyses.

DANS le second de mes Memoires de Physique et d’Histoire naturelle (p. 31), j’ai distingue les

operations des chimistes en deux sortes ; savoir : en operations preparatoires des actes chimiques, lesquelles sont simplement mecaniques, et en operations chimiques elles-memes, qui ne le sont pas uniquement.

Il me reste maintenant a examiner l’action des instrumens qu’emploient les chimistes dans leurs operations, afin que cette action etant bien connue, les resultats des operations chimiques puissent etre apprecies et determines sans erreur.

Le principal des instrumens, qu’emploient les chimistes pour faire leurs analyses, c’est assurement la matiere du feu qu’ils font agir dans l’etat de calorique et dans celui d’imparfaite combinaison, c’est-a-dire, par la voie seche et par la voie humide. Ce sera en consequence cette matiere que j’examinerai dans ce Memoire, en me bornant a la considerer comme instrument chimique.

Pour arriver au but que je me propose, il est necessaire de resoudre la question que je vais presenter : sa solution est de la plus grande importance.

Est-il bien vrai que la matiere du feu agisse toujours dans les operations chimiques ou on l’emploie, qu’elle agisse, dis-je, en instrument simplement mecanique, ne s’unissant jamais aux matieres qu’elle divise et separe ? Ou bien, agit-elle a-la-fois, et comme instrument mecanique, en divisant et separant les parties des corps, et comme instrument chimique, en s’unissant elle-meme aux matieres qu’elle denature, et dont elle devient un des principes constituans de leur nouvel etat ?

L’observation des faits les plus connus et les mieux constates, prouve que le second cas de la question est le seul conforme a la verite, et que le premier ne l’est nullement. J’espere en convaincre bientot ceux qui donneront quelque attention a ce Memoire.

Si le feu calorique etait un instrument simplement mecanique, avec lequel il soit possible de diviser les corps, de detruire totalement l’etat de combinaison de leurs principes, et de les en separer chacun isolement, de maniere a pouvoir les recueillir a part pour en faire l’examen, alors les chimistes auraient raison de dire que les produits de leurs analyses sont des matieres qui existaient toutes formees dans les substances qu’ils ont analysees.

Mais nous verrons qu’il n’en est pas ainsi, et qu’a mesure que la matiere du feu s’introduit dans une substance, si elle en ecarte d’abord les parties ou les molecules essentielles par l’effet de son mouvement expansif et repulsif si ensuite elle en separe ou fait exhaler certains principes, il n’en est pas moins tres- vrai qu’elle se fixe elle-meme plus ou moins abondamment dans les residus de cette substance, et qu’elle forme surtout avec leurs principes les plus fixes, une combinaison plus ou moins intime, qui constitue un ou plusieurs corps particuliers et nouveaux. Dans ce cas, on sent assez que ces corps n’ont rien de commun avec la substance sur laquelle on a opere, et qu’ils ne pouvaient etre contenus dans cette substance (1).


Il importe maintenant que je fasse remarquer qu’on emploie l’action du feu par la voie humide comme par la voie seche, avec des resultats a tres-peu-pres semblables. En effet, dans l’un et dans l’autre cas, c’est toujours la meme matiere qui agit. Or, lorsqu’elle agit assez fortement pour denaturer les corps, elle ne le fait jamais en simple instrument mecanique : c’est toujours alors en se fixant plus ou moins abondamment dans les substances qu’elle penetre et qu’elle denature, que son action est exercee. Elle forme donc avec les principes qui la fixent, des corps nouveaux, des combinaisons veritablement particulieres en sorte que les produits des operations faites par son moyen, soit par la voie seche, soit par la voie humide, ne sont jamais des matieres auparavant existantes dans les substances qui ont subies ces operations.

Examinons donc quels sont les resultats de l’action du feu sur les corps qu’il denature dans chacune des deux voies ou l’on peut l’employer.

PREMIERE PARTIE.

De l’action du feu employe comme instrument chimique par la voie seche.

J’appelle action du feu par la voie seche, celle qu’exerce le feu calorique a nu dans l’air ambiant, sur les corps soumis a son influence.

J’ai prouve dans mes differens ouvrages de physique, que ce calorique a nu etait auparavant du feu fixe et combine dans certains corps, d’ou il a ete degage et reduit en calorique par la combustion (1).

Lorsque le feu calorique a nu agit sur un corps, d’abord il penetre dans sa masse et s’introduit entre les molecules essentielles qui la constituent. Bientot apres, par les suites de son etat expansif, ce feu qui est repulsif dans tous les sens, ecarte les molecules de ce corps, dilate sa masse, ou la fait entrer en fusion, ou meme en volatilise les parties, si ce corps est susceptible d’eprouver l’une ou l’autre de ces modifications ; et tant que le feu calorique qui agit, n’a pas altere la nature du corps soumis a son action, il est bien evident qu’il n’agit alors qu’en simple instrument mecanique.

Mais il n’en est pas de meme, lorsque le calorique a denature la substance soumise a son action, c’est-a-dire, lorsqu’il a detruit l’etat de combinaison de ses principes, et je vais essayer de faire voir qu’alors une partie du calorique qui agit, se fixe et se combine avec les residus de la substance qu’il a denaturee, et qu’il forme avec ces residus des matieres absolument nouvelles.

Si l’on examine attentivement ce qui arrive a tous les corps que l’on fait griller, rotir, calciner, on aura occasion de se convaincre que la fixation du feu dans ces corps, n’est pas une de ces idees vagues que l’imagination seule a pu creer, et qu’aucun fait bien considere n’appuie.

Sans doute, une partie des faits que je vais citer ne paroitra pas d’abord autoriser la consequence que j’en tirerai ; mais si ensuite j’obtiens sans contradiction la meme consequence de quelqu’autres faits connus bien concluant, les premiers y participeront necessairement, des que leur analogie avec les seconds aura ete montree jusqu’a l’evidence. Commen5ons par exposer les faits qui paraissent les moins concluans.

La fixation du feu dans un grand nombre de corps, que tous les jours, pour nos usages, nous faisons griller ou rotir, est indiquee dans certains cas par un caractere commun de couleur, et de saveur qu’acquierent tous ces corps, a mesure que le feu, apres en avoir fait exhaler la plus grande partie de l’humidite et de l’air qu’ils contiennent, se fixe dans leurs substances. Si, par exemple, c’est a la fixation du feu dans les grains de cafe bien grilles, qu’il faut attribuer la couleur et la saveur particulieres qu’acquierent ces grains lorsqu’on les torrefie, ce dont je suis tres-persuade, on ne doit plus etre etonne de voir que tant de graines differentes, telles que des petites feves, des haricots rouges, des graines de houx, des grains d’orge ou de seigle, etc. etant bien grilles, sont tous les jours employes par le peuple en guise de cafe. Ces graines, quoique tres- diversifiees par leur forme et leurs qualites propres, acquierent toutes cependant, par la torrefaction, c’est-a- dire, par la fixation d’une certaine quantite de feu qui se combine dans leur substance, des qualites communes, et qui sont analogues a celles qu’a re?u le cafe dans la meme circonstance.

Les viandes et le pain rotis, enfin le sucre bmle, connu sous le nom de karamel, n’acquierent cette saveur particuliere qui plait a tout le monde, que parce que le calorique, apres en avoir fait dissiper une portion de l’eau et de l’air que ces matieres contenaient, s’est en partie fixe lui-meme dans ces substances. Aussi lorsqu’en continuant d’exposer ces memes substances a l’influence du feu, on les reduit a l’etat de charbon, on ne fait autre chose, apres toutes les dissipations que le calorique produit d’abord, que d’y fixer completement le feu lui-meme jusqu’a saturation, et de l’y fixer dans l’etat carbonique. Alors les qualites savoureuses et les demi-teintes des colorations sont aneanties, et le nouveau compose n’est plus en general qu’une base terreuse combinee avec beaucoup de carbone.


L’empyreume, cette odeur et cette saveur particulieres qu’ont acquises les diverses matieres huileuses en partie bmlees, n’est lui-meme que le resultat de la fixation d’une portion du calorique qui a agi sur ces matieres lorsqu’elles ont ete fortement exposees a son action, et qui s’y est incompletement combinee.

Un savant distingue et tres-connu (1), m’a dit avoir prouve depuis long-tems que l’alkool n’est pas un produit de la fermentation, qu’il n’existe nullement dans le vin, mais que c’est reellement un produit de la distillation ; et moi, j’ajoute que la distillation n’a pu produire l’alkool, que parce qu’une portion du calorique s’est fixee dans la partie la plus tenue du vin, s’est combinee legerement avec le principe acide de cette liqueur, et lui a communique l’inflammabilite, la volatilite, et les autres qualites qui caracterisent cet esprit ardent, a-la- fois huileux et salin.

Les cendres de nos foyers, sejournant long-tems apres leur formation, dans le foyer meme qui les contient, se surchargent de feu qui se fixe dans leur substance, et qui s’y combine dans l’etat salin. Elles sont alors fort differentes par leur pesanteur specifique, par leur couleur et par leur alkalinite, de ces cendres blanches, legeres et a peine salines qu’on observe dans cet etat, lorsqu’elles sont recemment formees. Ces cendres grises, pesantes et alkalines, qu’on appelle vulgairement cendres recuites, ont alors dans leurs molecules essentielles, une epaisseur telle qu’elles acquierent une veritable incandescence, et une fluidite remarquable toutes les fois qu’elles sont fortement penetrees par le calorique.

Mais la fixation du feu dans des matieres solides, fortement exposees a son action, n’est nulle part plus evidente que dans les residus de la pierre calcaire calcinee, c’est-a-dire, que dans la chaux vive.

Quand on expose de la pierre calcaire a une forte et longue action du feu calorique, ce feu subtil, penetrant et expansif, s’introduit bientot, non-seulement dans toute la masse de la pierre entre les molecules calcaires agregees, mais encore entre les principes constituans de ces molecules calcaires. Le feu calorique, en penetrant ainsi la matiere dont il est question, altere necessairement l’etat de combinaison de ses principes, en fait exhaler tout l’air et une tres-grande partie de l’eau qui y etaient combines, et qui, par leur combinaison avec les residus fixes, faisaient l’essence de cette matiere calcaire. Enfin, apres avoir opere ces dissipations de principes, le feu calorique se fixe lui- meme en tres-grande quantite dans les residus de cette calcination.

Ces residus, qui sont alors des masses plus compactes, presque sonores, et d’un moindre volume que n’etaient les masses calcaires avant leur calcination, sont connus sous le nom de chaux-vive. Ils contiennent une si grande abondance de feu qui s’y est fixe et combine dans l’etat salin, qu’a la provocation qu’opere le contact d’un peu d’eau qu’on lui presente, on voit aussitot ce feu se degager, et former a l’instant du calorique qui se manifeste meme avec flamme, et incendie les corps voisins.

Sans m’arreter a rappeler ici, ce que j’ai suffisamment prouve ailleurs (1) ; savoir, que la chaux n’etait nullement existante dans la pierre calcaire, quoique ce soit avec une partie des principes de la matiere calcaire que la chaux a ete formee par la calcination, je dirai que dans cette operation, qui n’est qu’une torrefaction long-tems soutenue, il est evident que le feu calorique s’est fixe lui-meme dans les residus de la matiere qu’il a denaturee ; je dirai en outre qu’il s’y est fixe jusqu’a saturation, quoiqu’en n’y contractant qu’une union incomplete : d’ou il resulte que le nouveau compose nomme chaux vive est alors stationnaire ; en sorte qu’une plus longue exposition au feu calorique ne le change plus, ou au moins n’y en fixe pas davantage. D’apres cette consideration, on ne doit plus douter que le feu ne s’amasse, et ensuite ne se fixe dans les matieres qui sont fortement exposees a son action, et qui n’en sont point saturees.

De meme que de l’eau liquide, soumise a l’action du feu calorique, a l’air libre, n’en peut reunir et conserver dans sa masse qu’une quantite veritablement limitee, quantite qui la met en ebullition, de meme aussi il y a un terme positif dans la quantite de feu qui peut se cumuler et se fixer dans un corps quelconque.

Ainsi, dans la calcination de la matiere calcaire, les residus fixes de cette calcination, c’est-a-dire, les masses de chaux vive, qui forment ces residus, sont charges d’une quantite abondante de feu qui s’y est fixe, et qui s’y trouve au terme de la plus grande cumulation que la nature de ces residus puisse admettre.

Les chimistes d’abord ayant pense que le feu calorique divisait tout ce qui est separable, et que sans se fixer lui-meme dans aucune des matieres sur lesquelles il agit, il separait jusqu’au dernier terme, les principes de toute espece de compose soumis a son action : ensuite ayant fait atteindre aux residus de la craie calcinee par le degre de feu qu’on emploie ordinairement pour cette calcination, le terme ou ces residus ne peuvent plus fixer davantage de feu dans leur substance, ils en ont conclu que ces memes residus, c’est-a-dire, que la chaux vive etait une matiere simple, qu’elle etait constamment existante dans la nature et qu’elle faisait la base de la craie.


L’erreur dans laquelle on s’est laisse entrainer a cet egard, vient de ce qu’on n’a pas fait attention que le feu calorique se fixait lui-meme dans les corps denatures par son action ; et que lorsqu’un corps en contient par cette voie, toute la quantite dont il peut etre charge, il n’en peut acquerir davantage. En exposant ce corps a une plus longue et surtout a une plus forte action du feu calorique, il paroit que non-seulement il ne s’y fixe plus de feu, mais meme qu’a la fin il perd une grande partie de celui qui s’y etait fixe, et qu’alors il re?oit une alteration d’un autre ordre. (Voyez les Opuscules chimiques de Baume, p. 41, n°. 14.)

Soumettez un morceau de bois dans un vaisseau de fer bien ferme, mais pouvant donner issue, par un tube, aux matieres susceptibles d’etre dissipees ; exposez ce vaisseau a un calorique tres-dense pendant un tems suffisant, le feu alors s’amassant dans le morceau de bois, en dissipera les matieres volatiles, s’y fixera et le transformera entierement en charbon.

Or, ne vous y trompez pas, le charbon est au morceau de bois, ce que la chaux vive est a la pierre calcaire ; dans l’un et l’autre vous avez fixe le feu jusqu’a saturation, mais dans le charbon de feu s’y trouve completement combine : aussi le charbon n’a rien de salin, au lieu que dans la chaux vive le feu y est tres-incompletement fixe. Avant votre operation, il n’y avait plus de charbon dans le morceau de bois, qu’il n’y avait de chaux vive dans la craie.

Que l’on reflechisse bien sur l’importance de cette consideration, et l’on sentira sans doute toute l’influence qu’elle doit avoir dans les consequences qu’on peut tirer des resultats d’un grand nombre d’operations chimiques.

Passons a une autre consideration qui pourra nous fournir une nouvelle preuve de la fixation du feu dans les corps fortement exposes a son action.

En parlant de la metallisation, dans mes Memoires de Physique et d’Histoire naturelle (pag. 353), j’ai dit :

Unir a certains composes terreux appropries, une quantite de feu carbonique assez abondante pour constituer l’etat metallique, est une operation que la nature sait faire, que l’art a imite sans le savoir, et qu’il est parvenu a executer. ”

En effet, l’art, au moyen du feu calorique intense de nos fourneaux de forges, parvient a combiner avec des matieres fixes composees terreuses, ou avec les residus fixes de divers composes, une telle abondance de feu qui s’y fixe dans l’etat carbonique, qu’il metallise reellement ces matieres. Ceux cependant qui font ces operations, croyent ne faire autre chose qu’extraire des matieres sur lesquelles ils operent, des metaux qui y existaient deja. Ils ne font pas attention que par l’operation qu’ils emploient, ils favorisent la fixation et la cumulation de la matiere du feu, dans un compose qu’ils ont reduit a l’etat propre a se combiner avec cette matiere, et qu’enfin ils mettent ce compose dans le cas de contracter une union intime avec beaucoup de feu, qui s’y fixe dans l’etat carbonique, en sorte que, par cette voie ils parviennent a le transformer en un veritable metal.

C’est la veritablement ce qui arrive tous les jours dans certaines operations des chimistes, et dans nos fourneaux de fonte.

Le fer, par exemple, est un metal que l’homme forme avec des matieres qui n’en contiennent nullement, mais qui sont dans un etat propre a pouvoir y etre assez facilement transformees. Cette metallisation est si facile qu'on reussit meme a former du fer avec presque toutes les matieres composees connues, lorsqu'on en peut obtenir des residus fixes. Ceux qui forment ainsi du fer, s'imaginent, comme je l'ai deja dit, ne faire autre chose que de retirer et purifier ce metal qu’ils supposent que la Nature a elle-meme forme et cache dans ces differentes matieres ; et comme il est peu de substance composee avec laquelle ils n'aient pu en former, quoique plus ou moins, ils ont dit que le fer etait repandu partout dans la Nature, que c'etait lui qui colorait tous les corps, que le sang lui devait sa couleur rouge, etc. : malheureusement pour l'hypothese, on a fait du fer avec du lait, ce qui a beaucoup diminue la valeur de cette partie de la theorie re?ue.

J'ose le dire : le fer obtenu par les operations connues pour en former, n'etait pas plus contenu dans les matieres sur lesquelles on a opere, que la suie et les cendres obtenues apres la combustion, n'etaient contenues dans les matieres qu'on a bmlees.

J'ai deja fait voir (Mem. de Phys. §. 520), que les pyrites et les minerais n'etaient que des matieres qui avoisinaient l'etat metallique, et auquel il ne manque, pour y arriver, que les circonstances propres a en faire exhaler certains principes tres-peu fixes, et ensuite que l’addition de la quantite de feu fixe carbonique necessaire a la metallisation.

C'est donc l’operation meme de la Nature (§. 523) que l’on imite en grillant d'abord les minerais, ce qui en fait dissiper le soufre ou d'autres matieres volatiles que l’etat de metal ne peut admettre en combinaison intime ; et ensuite en cumulant sur ces matieres et en combinant avec elles, par le moyen d'une longue fusion dans nos fourneaux et de l’addition du charbon qui fournit son feu fixe ; en cumulant, dis-je, une quantite considerable de feu qui s'y fixe dans l’etat de feu carbonique, on les transforme completement en metaux.


La fusion ne reduit les chaux ou oxides metalliques que parce qu'elle fournit a ces matieres, la circonstance, l’etat et le moyen qui peuvent leur faire acquerir assez de feu fixe pour changer leur combinaison et les metalliser. Si, a la plupart des chaux ou minerais metalliques, il faut joindre, en les fondant, certaines matieres abondantes en feu fixe, pour aider ou obtenir leur metallisation, il suffit qu'il y ait certaines chaux metalliques (celles, par exemple, de mercure, d'argent, d'or, etc.) qu'on ait pu revivifier ou reduire sans addition, pour qu'il soit evident que c'est uniquement a la fixation du feu dans ces matieres qu'on doit leur metallisation.

Ainsi, qui osera maintenant soutenir que le feu ne se fixe point dans les matieres qu’il ne reussit point a volatiliser, lorsqu'il verra que, sans aucune matiere ajoutee, un oxide de mercure peut etre ramene a l’etat metallique par une simple exposition a l'influence du feu calorique ?

Si certaines chaux metalliques ne peuvent etre retablies dans l'etat de metal par la simple action du feu calorique, mais sont reduites lorsqu'en les soumettant a cette action, on les a melangees avec des matieres abondantes en feu fixe carbonique, comme du charbon, des resines, des huiles, etc. c'est apparemment parce que l'etat de ces chaux exige un feu plus dense pour pouvoir etre combine avec leurs parties, et que le feu calorique, tel que nous l’employons ordinairement, n'atteindrait pas lui seul ce degre.

Qu'on reflechisse bien a ce qui arrive reellement aux matieres qu'on ajoute et qu'on melange avec les chaux metalliques qu'on veut reduire, on sentira qu'il n'y a que le feu fixe de ces matieres ajoutees qui vient se combiner dans les chaux metalliques, et que ce ne sont pas les matieres elles- memes qui se combinent dans les chaux en question. Ainsi du charbon, ou des resines, ou des huiles qu'on melange avec des matieres a metalliser, ne viennent pas, conservant l’integrite de leur nature, se combiner avec les substances a metalliser. Ces memes matieres abondantes en feu fixe carbonique, se decomposent, pendant leur exposition, a une forte action du calorique ; en sorte que leur feu fixe quitte alors la base qui le fixait, se trouve necessairement libre dans l’instant meme du changement qu'il eprouve, et pendant qu'il est encore tres-dense il passe et se fixe derechef dans la substance a metalliser, qui se trouve alors dans un etat propre a pouvoir se combiner avec lui et en recevoir l’etat metallique.

La metallisation des minerais, ce que d'autres appellent leur reduction, s'opere exactement par la meme voie que la reduction des chaux metalliques. C'est de part et d'autre la transmission dans ces chaux metalliques ou dans ces minerais, d'une quantite de feu carbonique qui se degage du flux de reduction, c'est-a-dire, des matieres ajoutees dans le fourneau de fonte, va se fixer dans le minerai incandescent et en fusion, et a la [fin] le porte a l’etat metallique.

Le perfectionnement graduel de la metallisation se fait sentir d'une maniere evidente dans les differentes fontes que l'on fait subir au fer a mesure qu'on le forme ; et la cause connue qui le transforme lui-meme en acier qui n'est qu'un fer perfectionne, suffit pour faire sentir le fondement de tout ce que je viens d'exposer.

Les chimistes n'ont pas manque de s'apercevoir eux- memes de la fixation du feu dans les matieres dont je parle, lorsqu'on les soumet aux operations que j'ai indiquees ; mais les expressions qu'ils emploient pour rendre ce qu'ils ont observe, changent les idees que l'on doit se former de ce qui a veritablement lieu a cet egard.

Par exemple, ils disent a cette occasion, que le fer a avec le carbone une si grande affinite qu'il l'enleve aux matieres qui peuvent lui en fournir, et que par sa combinaison avec le carbone, le fer se transforme en acier (1).

Pour completer leur idee, il faut qu'ils disent encore que les minerais de fer, par exemple, ont tant d'affinite avec le carbone, que quand on en a fait dissiper par le grillage tout ce qu'ils contiennent de volatil, ils peuvent alors se combiner a l’aide des moyens connus avec une quantite de carbone suffisante pour les transformer en fer : ce sera sans doute une assertion tres-fondee. Mais qu'est-ce donc que le carbone des chimistes ?

C'est precisement ce que Stahl nommait phlogistique, et qu'il a mal defini ; c'est ce que d'autres ont nomme principe inflammable, sans s'apercevoir ou reconnaitre suffisamment que ce pretendu principe n'est qu'un etat particulier de la matiere du feu ; c'est enfin ce que je nomme feu fixe, parce que c'est reellement la matiere du feu fixe dans les corps. Mais comme le feu qui est fixe dans les corps, peut s'y trouver sous deux modifications tres-differentes par l'effet de son etat de combinaison, j'ai appele feu fixe carbonique celui qui est la base de toute combustibilite, et feu fixe acidifique celui qui est la cause de toute salinite quelconque (1).

D'apres les faits relatifs a la metallisation, a la calcination calcaire et a d’autres que je viens de citer, je crois etre fonde a conclure :