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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012 

301 

En cours d’hiver le rythme d’activité évolue en raison d’une part de 

l’évolution  des  effectifs  sur  les  zones  d’alimentation  (quand  les  effectifs 
diminuent en fin d’hiver, l’efficacité alimentaire est moins influencée par les 
interactions  inter  et  intra-spécifique)  et,  d’autre  part,  de  l’évolution  des  be-
soins énergétiques des oiseaux. Certains auteurs notent une augmentation du 
temps  d’alimentation  avant  la  migration  (Zwarts 

et

al

.,  1990).  En  effet,  les 

limicoles doivent accumuler des réserves (augmentation de la masse corpo-
relle  de  40  à  60  %)  dans  les  quatre  semaines  qui  précèdent  leur  départ.  De 
plus, les besoins de maintenance (notamment liés à la thermorégulation) ne 
sont  pas  les  mêmes  en  hiver  ou  en  automne.  Il  peut  exister  également  des 
différences  d’« environnement »  selon,  par  exemple,  que  la  chasse  est  ou-
verte ou non ou selon la présence de touristes. Enfin comme cela a été évo-
qué  dans  le  chapitre  sur  l’impact  des  facteurs  météorologiques,  les  condi-
tions  météorologiques  peuvent  influencer  la  période  réellement  disponible 
pour l’alimentation.  
 
 

La phase de recherche de nourriture est plus longue pour les marées 

de mortes-eaux (Pienkowski, 1982 ; Zwarts 

et

al

., 1990). Pour les marées de 

mortes-eaux : 
- la surface découverte est moins importante, la densité d’oiseaux est donc plus 
élevée. Ens & Cayford (1996) montrent qu’il existe une forte corrélation néga-
tive entre la densité d’Huîtriers pies et l’activité alimentaire, en relation avec 
une augmentation des interférences intraspécifiques, 
-  les  vasières  sont  découvertes  plus  longtemps,  le  temps  disponible  pour 
l’alimentation est donc plus long. Par exemple, dans les traicts du Croisic, les 
Huîtriers  pies  et  les  Bécasseaux  variables  font  des  pauses  plus  importantes  à 
marée  basse  de  mortes-eaux  qu’à  marée  basse  de  vives-eaux,  c’est-à-dire 
quand  la  période  d’alimentation  est  plus  longue  (Le  Dréan-Quénec’hdu, 
1999), 
- les zones de bas d’estran ne sont pas découvertes à marée basse, les mêmes 
proies ne sont pas accessibles. On peut penser comme Goss-Custard & Durell 
(1987) que les conditions d’alimentation sont moins bonnes sur les zones ex-
posées  en  premier,  c’est-à-dire  sur  les  niveaux  d’estran  les  plus  hauts  :  les 
oiseaux ont donc besoin de s’alimenter pendant un temps plus long pour satis-
faire leurs besoins énergétiques. 
- la marée haute a lieu en milieu de journée, une partie de la marée basse se 
déroule la nuit : les conditions d’alimentation sont différentes. 
 
 

Les grandes espèces passent moins de temps en alimentation que les 

petites (Zwarts 

et

al

., 1990 ; Pienkowski, 1979). Ceci est à mettre en relation 


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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012 

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avec des besoins énergétiques proportionnellement plus faibles. La méthode 
de prédation doit également être prise en compte. Dans l’estuaire du Tees en 
Grande-Bretagne,  le  Pluvier  argenté,  qui  chasse  à  vue,  passe  en  moyenne 
plus  de  temps  en  recherche  de  nourriture  que  des  espèces  de  taille  équiva-
lente  comme  le  Bécasseau  maubèche  qui  sonde  la  surface  de  la  vase  pour 
détecter ses proies (Pienkowski, 1979). Une diminution du temps disponible 
pour l’alimentation en raison, par exemple, d’un dérangement est donc plus 
préjudiciable  aux  petites  espèces  et  aux  espèces  chassant  à  vue  comme  les 
pluviers et les gravelots.  
 

Le rythme nycthéméral

La  durée  du  jour  contribue  très  fortement  à  modifier  le  comporte-

ment alimentaire des limicoles car la lumière disponible est limitée en hiver, 
mais ce n’est pas le seul élément à prendre en compte. Par exemple, dans le 
cas  du  Bécasseau  cocorli 

Calidris  ferruginae

,  le  nombre  de  minutes 

d’alimentation  par  jour  n’est  pas  corrélé  au  nombre  total  de  minutes  de  la 
période diurne analysée sur l’ensemble de l’année (Puttick, 1979, 

in

 Burger, 

1984). Il est donc nécessaire de bien analyser la situation en hiver indépen-
demment de la situation estivale. En hiver, de nombreuses espèces augmen-
tent le temps diurne d’alimentation, mais se nourrissent également la nuit. Si 
cette alimentation est encore mal connue, cela tient plus au peu d’études qui 
lui ont été consacrées qu’au comportement des oiseaux. 

Deux  hypothèses  permettent  d’expliquer  une  alimentation  nocturne 

chez les limicoles (Robert 

et al

, 1989 ; McNeil & Rodriguez, 1996 ; McNeil 

et al

, 1992) :  

hypothèse de supplémentation

, quand les besoins énergétiques du limicole 

ne  peuvent  pas  être  couverts  par  la  seule  alimentation  diurne.  On  ne  peut 
dissocier  l’alimentation  de  nuit  de  la  longueur  de  cette  même  nuit  car  les 
nuits  longues  correspondent  à  la  période  hivernale  froide  pendant  laquelle 
les  oiseaux  ont  besoin  de  s’alimenter  plus  que  de  coutume  pour  survivre. 
Dans  de  telles  conditions  ne  se  nourrir  que  de  jour  n’est  possible  que  pour 
les oiseaux parvenant à capturer suffisamment de proies. Cela peut être pour 
eux  une  question  de  survie  notamment  lors  des  marées  de  vives-eaux  qui 
peuvent empêcher des espèces devant se nourrir longtemps de le faire pen-
dant des heures. La nécessité de récupérer de l’énergie pour la migration et 
pour  la  mue  explique  également  l’alimentation  nocturne  (Mouritsen,  1992 ; 
1994) qui permet ainsi de compléter l’acquisition de ressources énergétiques 
(Dugan 1981 ; Zwarts 

et

al

., 1990). 

hypothèse  de  préférence

,  quand  les  conditions  d’alimentation  nocturnes 

sont  plus  profitables  soit  du  fait  de  l’augmentation  de  la  disponibilité  des 


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proies (augmentation de l’activité ou migration nycthémérale [McNeil 

et al.

1995] soit du fait de la diminution du risque de prédation, comme le Pluvier 
de  Wilson 

Charadrius  wilsonia

  dans  le  nord-est  du  Vénézuela  (Thibault  & 

McNeil, 1994 ; 1995a et b). La pression de dérangement le jour peut égale-
ment  pousser  les  limicoles  à  s’alimenter  la  nuit.  Cette  hypothèse  est,  par 
exemple, avancée par Le Dréan-Quénec’hdu 

et

al

. (1999) pour expliquer le 

rythme  nycthéméral  de  l’Avocette  élégante 

Recurvirostra  avosetta

  sur  la 

presqu’île  guérandaise:  les  Avocettes  s’alimentent  de  nuit  dans  les  bassins 
des marais salants qui sont globalement plus dérangés le jour. 
 
 

Les études sont à mener pour chaque espèce car les résultats peuvent 

être  très  variés,  entre  des  espèces  qui  capturent  plus  de  proies  la  nuit, 
d’autres  qui  en  capturent  moins  mais  plus  grosses,  ou  d’autres  qui 
n’obtiennent ainsi qu’un complément (voir par exemple Dugan, 1981), avec, 
de plus, des différences liées aux sites ou aux conditions météorologiques. 
 

Zone d’alimentation et reposoir: une unité fonctionnelle 

L’ensemble  zone  d’alimentation  +  reposoir  doit  être  considérée 

comme  la  véritable  unité  fonctionnelle  pour  l’étude  et  la  gestion  des  limi-
coles.  
 

La zone d’alimentation

Pendant  la  séquence  de  recherche  de  nourriture,  l’occupation  de 

l’estran varie en fonction des besoins alimentaires propres de chaque espèce, 
mais  également  en  fonction  de  sa  sensibilité  aux  dérangements  (Zwarts, 
1978). Moreira (1993a et b) montre que dans l’estuaire du Tage (Portugal), 
certaines espèces de limicoles ont tendance à fréquenter certaines zones, en 
rapport avec des préférences pour des types de sédiments.  
 
 

Différents  paramètres  biotiques  et  abiotiques  pouvent  influencer  la 

répartition  spatiale  des  limicoles  sur  leurs  zones  d’alimentation.  En  plus  de 
ces  facteurs,  la  distance  entre  les  différents  secteurs  peut  être  un  paramètre 
important  dans  le  choix  de  la  zone  d’alimentation  (Goss-Custard 

et

al

., 

1982).  Ainsi,  dans  l’estuaire  de  l’Exe  (Grande-Bretagne),  les  densités 
d’Huîtriers pies seraient plus importantes sur les bancs de moules à proximi-
té des reposoirs, le coût énergétique du déplacement étant moins important. 
Le  dérangement  par  les  activités  humaines  peut  également  entrainer  un  dé-
part des oiseaux vers des zones moins dérangées, comme cela a été observé 
en  baie  du  Mont-Saint-Michel  pour  les  Barges  rousses  (Le  Dréan-
Quénec’hdu 

et al.

, 1994).  


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Le reposoir: un site indispensable pour les limicoles

Comme tous les animaux, les limicoles éprouvent le besoin ou la né-

cessité de se reposer à un moment donné de la journée. Ils gagnent pour cela 
une zone qui n’est généralement jamais ou que très rarement submergée par 
les flots: le reposoir. Ce phénomène s’observe presqu’exclusivement en de-
hors  de  la  période  de  reproduction  ou  pour  des  oiseaux  non  nicheurs.  Si  le 
reposoir correspond aux conditions de stabilité et de tranquillité exigées, les 
oiseaux  le  fréquenteront  de  génération  en  génération.  Ainsi  existe-t-il  des 
reposoirs  connus  depuis  plusieurs  dizaines  d’années,  voire  même  au  moins 
un siècle, comme celui de la baie de Somme (Hale, 1980 ; Triplet, 1989). 

La  façon  dont  les  limicoles  passent  ce  moment  les  distingue  des 

autres groupes de vertébrés à cause des rythmes tidaux et nycthéméraux qui 
leur sont imposés. 
 
 

En  milieu  estuarien,  la  contrainte  causée  par  l’obscurité  est  partiel-

lement négligée. Par contre, lors de la marée haute, seul le repos est possible 
pour la plupart des espèces, excepté pour les oiseaux qui n’ont pas satisfait à 
leurs  besoins  alimentaires  à  marée  basse  et  qui  doivent  continuer  à 
s’alimenter  à  marée  haute,  soit  à  proximité  immédiate  du  reposoir,  soit  sur 
les champs et prairies situés aux alentours de l’estuaire. 
 

Quatre critères déterminent l’utilisation des reposoirs. 
 

La moindre exposition aux éléments marins 

Le milieu choisi ne doit jamais ou occasionnellement être submergé 

afin  qu’au  moment  de  la  marée  haute  les  oiseaux  n’aient  pas  à  se  réfugier 
ailleurs. Ainsi le schéma d’occupation des reposoirs varie-t-il en fonction de 
l’intensité  de  la  marée.  Pour  les  marées  de  vives-eaux,  seuls  quelques  sites 
restent non couverts par les flots. Il est même parfois possible que les limi-
coles  restent  en  vol  pendant  une  période  de  la  marée  haute  (reposoirs  aé-
riens) en réponse à l’absence de zone exondées ou à un risque de prédation 
élevé (voir ailleurs dans cet ouvrage).  
 
 

Les  reposoirs  pourraient  constituer  des  zones  plus  chaudes  soit  à 

cause des caractéristiques physiques du milieu, soit en raison de la présence 
de nombreux oiseaux réchauffant l’atmosphère locale, en diminuant notam-


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ment la vitesse du vent au centre des reposoirs. Il a ainsi été démontré que 
les Chevaliers gambettes adultes forçaient les juvéniles à s’installer du côté 
exposé  au  vent,  alors  qu’eux  conservaient  les  zones  centrales  mieux  proté-
gées. Dans les cas de grandes quantités d’oiseaux (rassemblement de barges, 
par  exemple)  il  arrive  qu’à  intervalles  réguliers  les  premiers  rangs,  face  au 
vent ou à la marée, s’envolent pour aller se mettre à l’abri derrière les autres 
(Rehfisch 

et

al

., 2003).  

 
 

Ydenberg & Prins (1984) indiquent que les reposoirs permettent aux 

plus  forts  de  se  placer  au  cœur  du  groupe  et  de  laisser  les  places  périphé-
riques aux moins expérimentés qui font barrage de leur corps au vent et donc 
aux diminutions de température induites par le vent. 
 

La proximité des zones alimentaires 

Les reposoirs sont généralement situés à proximité des aires alimen-

taires, ce qui permet de réduire les coûts énergétiques liés aux déplacements 
(Hale, 1980 ; van Gils 

et

al

., 2006). Les oiseaux peuvent cependant effectuer 

deux fois par jour des allers-retours dépassant 20 kilomètres (Evans, 1976 ; 
Zwarts, 1981 ; Piersma 

et

al

., 1993 ; van Gils 

et

al

., 2006). Le reposoir pour-

rait  constituer  un  centre  d’information  où  les  oiseaux  se  « communique-
raient » la localisation des zones où la nourriture leur est parue abondante. Il 
s’agirait d’une communication fondée sur une absence de mouvements dans 
laquelle un oiseau parfaitement au repos équivaudrait à un oiseau bien repu 
ayant  donc  trouvé  un  site  d’alimentation  convenable.  Il  suffirait  aux  autres 
de  le  suivre  à  la  marée  descendante  pour  profiter  également  de  la  zone  ali-
mentaire (van Gils 

et

al

, 2006 ; Bijleveld 

et

al.

, 2010). 

Pas de dérangements ou de très faible fréquence 

Un reposoir régulièrement perturbé sera temporairement ou définiti-

vement  délaissé.  Les  oiseaux  chercheront  un  site  plus  accueillant  et,  s’ils 
n’en  trouvent  pas,  seront  forcés  de  quitter  l’estuaire  ou  de  passer  toute  la 
marée haute en vol en attendant que les zones d’alimentation soient décou-
vertes.  L’importance  des  perturbations  détermine  donc  la  qualité  des  repo-
soirs  et  probablement  également  la  taille  des  populations  présentes  (David-
son & Rothwell, 1993 ; Scheiffarth

& Becker, 2008). 

Un faible risque de prédation 

Certains  auteurs  ont  remarqué  que  les  vols  d’arrivée  des  oiseaux  fai-

saient masse quand un prédateur ailé, généralement un rapace les menaçait. 
Celui-ci,  troublé  par  cette  cohésion  de  groupe  ne  pourrait  chasser  efficace-
ment. Il est bien connu et documenté que rester en groupe permet de mieux