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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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se préserver des prédateurs : la probabilité d’être capturé est plus faible en
groupe qu’isolé. De plus, la présence de nombreux oiseaux permet de dimi-
nuer la vigilance individuelle et autorise donc les congénères à consacrer
plus de temps au sommeil (Myers, 1984 ; Beauchamp, 1999 ; Luis
et
al
.,
2001 ; Rogers, 2003). La vigilance collective permet de diminuer la part
individuelle de temps consacrée à surveiller les abords (Hale, 1980 ; Myers,
1984). Un reposoir de haute qualité est ouvert, non obstrué, permettant aux
oiseaux de voir s’approcher toutes formes de danger, humains, autres mam-
mifères, rapaces.
Les limicoles peuvent également avoir des préférences différentes le
jour et la nuit (
e.g.
Hockey, 1985 ; Handel & Gill, 1992 ; Smit & Visser,
1993 ; Rohweder, 2001 ; Sitters
et
al
., 2001) en raison des risques différents
de prédation. Les reposoirs nocturnes et diurnes peuvent être différents, bien
que très peu d’études comparatives aient été menées sur ce sujet. Conklin &
Colwell (2007) ont montré que les reposoirs diurnes et nocturnes utilisés par
le Bécasseau variable
Calidris alpina
différaient par le type d’habitat et par
la distance aux vasières. La différence pourrait être, au moins en partie, liée
à l’accessibilité à la nourriture et au risque de prédation.
Lorsque les reposoirs se situent sur des zones largement ouvertes au
public ou sur lesquelles des activités sportives et récréatives tendent à
s’implanter, les oiseaux peuvent subir de très nombreux dérangements qui
s’additionnent aux dérangements naturels liés à d’autres limicoles ou le pas-
sage d’un rapace (Kyne, 2010), ce qui peut limiter l’utilisation du reposoir
par les espèces (Smit & Visser, 1993 ; Rogers, 2003 ; Rogers
et
al
., 2006 ;
Chan & Dening, 2007).
Quatre types de réponses ont été répertoriés sur les limicoles subis-
sant des dérangements sur leur reposoir (Hwa-Chung & Yoo, 2007) :
- quitter définitivement le reposoir,
- changer de place sur le site,
- quitter le reposoir puis y revenir,
- rester sur place.
Les facteurs entrainant une décision sont le temps par rapport à la
marée haute et l’heure de l’événement, les oiseaux restant quand le déran-
gement se produit à un moment lointain de la marée haute et en fin de jour-
née. L’absence de reposoirs alternatifs peut entraîner une diminution des
choix des oiseaux.

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Mesures de gestion
On doit considérer le reposoir et sa gestion comme aussi importants
que la gestion et la tranquillité des zones alimentaires. En général, les repo-
soirs sont les zones protégées en premier, car elles sont plus facilement iden-
tifiables (y compris par le public) et plus restreintes. Cette protection peut
amener à mettre en place des mesures de gestion, voire à créer de nouveaux
sites (
e.g.
Burton
et
al
., 1996 ; Rehfisch
et
al
., 1996, 2003). Kirby
et
al
.,
(1993) estiment ainsi qu’un bon programme d’intervention et d’éducation
permet d’éviter les dérangements sur les reposoirs et favorise l’augmentation
des effectifs.
Le
tableau
ci-dessous énumère quelques-uns des problèmes et les
solutions correspondantes possibles.
mise en évidence d’un problème
recherche d’une solution
Mauvaise connaissance des sites
utilisés.
Déterminer tous les sites utilisés comme reposoirs,
en fonction des saisons, des périodes de chasse, de la
hauteur de la marée.
Vérifier si les reposoirs diurnes et nocturnes sont les
mêmes.
Distance faible par rapport à des
points hauts et risque de prédation
par les rapaces.
Envisager la coupe des arbres ou piquets trop
proches du reposoir.
Dérangements par les activités hu-
maines.
Organiser une surveillance notamment lors des ma-
rées de vives eaux.
Interdire le passage à proximité pendant la marée
haute.
Interdire les sports de voile à moins d’une certaine
distance (à déterminer selon le site), mais jamais
moins de 300 mètres.
Chiens.
Interdire les chiens non tenus en laisse à proximité
des reposoirs non situés dans des réserves naturelles
où les chiens sont interdits par le décret de création.
Développement de la végétation.
Fauche avec exportation en fin d’été afin que le site
soit utilisable pendant l’hiver.
Dépôts de détritus.
Nettoyage régulier des tous les matériaux issus des
activités humaines (bouteilles plastiques, bidons, qui
peuvent voler lors des tempêtes et effrayer les oi-
seaux).
Sorties nature.
Établir des règles, soit par consensus avec les organi-
sateurs, soit de manière administrative, de telle sorte
que les groupes et les individuels ne s’approchent
pas à moins d’une distance déterminée et utilisent
toujours les mêmes endroits pour observer.

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L’estran, zone de reproduction
Si les zones régulièrement baignées par les marées ne peuvent pas
accueillir de reproduction, le haut estran, végétalisé ou non, forme un en-
semble très utilisé. La reproduction est ici limitée essentiellement par les
activités humaines qui peuvent s’avérer très contraignantes, voire constituer
la cause majeure des échecs enregistrés. L’estran végétalisé peut accueillir
différentes espèces. Huîtrier pie, Vanneau huppé, Chevalier gambette profi-
teront des zones de végétation assez rase pour s’installer et permettre à leurs
jeunes de se déplacer sans entrave. Aux Pays-Bas, le Chevalier gambette
s’installe essentiellement dans les zones à Chiendent maritime (
Elymus re-
pens
) où sa densité peut atteindre quatre couples par hectare (Esselink
et al
.,
2000). Les oiseaux s’installent alors que le Chiendent n’est que peu déve-
loppé. Par contre, d’autres espèces n’utiliseront ces milieux que si la végéta-
tion est fauchée, comme
,
par exemple
,
ce cas de reproduction de l’Avocette
relaté en Baie du Mont Saint Michel (Schricke
et al
., 1999). Les hauts
d’estran non végétalisés sont la zone de reproduction du Gravelot à collier
interrompu, voire, plus localement, du grand Gravelot et du petit Gravelot.
Le succès de la reproduction y est très aléatoire, en raison de multiples
causes parmi lesquelles les plus courantes sont les dérangements par diffé-
rentes activités, généralement de loisir, les risques d’écrasement ou de des-
truction par des animaux domestiques, le nettoyage des plages non adapté, la
prédation par des mammifères (Renard) ou des oiseaux (essentiellement la
Corneille noire) et la submersion des nids lors des surcôtes toujours pos-
sibles. S’y ajoute la faible surface des sites réellement présentant toutes les
conditions requises pour la nidification.
Conclusion
La disponiblité en zones alimentaires semble être l’élément premier
dans la définition des effectifs des espèces migratrices (Recher, 1966). De
nombreuses études empiriques ont été consacrées à la détermination des
relations entre l’abondance des proies et celle de leurs prédateurs. Au cours
des trente dernières années, de nombreux modèles ont précisé les liens entre
ces deux compartiments trophiques et ont tenté, par des simulations, de pré-
dire l’impact d’un changement dans les caractéristiques du site sur le com-
portement, la distribution et les effectifs des différentes espèces. Ces mo-
dèles, qui seront développés plus loin dans cet ouvrage, permettent de passer
de manière de moins en moins compliquée, de l’empirisme à la prédiction. Il
est ainsi possible de distinguer le rôle des différentes variables abiotiques et
biotiques dans le comportement individuel et collectif des oiseaux (Goss-

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Custard
et
al
., 2006). Ces modèles désormais utilisés dans plusieurs sites des
Îles Britanniques ont également été testés dans les estuaires de la Somme et
de la Seine (Durell
et
al
., 2005, 2008). Ces éléments synthétisés sur la biolo-
gie des limicoles en général sont un préalable à la compréhension du proces-
sus de définition des modèles.

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