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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Mesurer le rythme de captures
Patrick T
RIPLET
Pour quelle utilisation ?
Le rythme de captures correspond au nombre de captures réalisées
par un limicole pendant une période de temps déterminée. Il permet de dé-
terminer combien de proies un oiseau consomme par jour et donc de vérifier
si les conditions sont requises pour qu’il acquiert au cours de la journée la
quantité alimentaire nécessaire pour le maintien de son équilibre énergé-
tique, voire, en cas d’excédent, pour accumuler des réserves adipeuses.
Comment procéder ?
L’unité de temps la plus couramment utilisée est la minute. Selon les
espèces, il est nécessaire d’ajuster la méthode. Pour les espèces au déplace-
ment rapide ou dont les individus se nourrissent en groupes importants, il est
souvent difficile de suivre un oiseau plus d’une minute. Il peut être néces-
saire d’arrêter les observations avant. Pour les espèces plus faciles à suivre,
l’idéal est de suivre le même individu le plus longtemps possible. Un chro-
nomètre sonnant toutes les minutes affranchit l’observateur de regarder le
temps écoulé. Trois méthodes peuvent être employées :
-
la transcription manuelle des résultats
sur un carnet à l’issue du temps
d’observation. Cette méthode oblige à stopper l’observation à l’issue de la
période de temps choisie. Ce qui entraîne
in fine
un nombre restreint de don-
nées. Une variante consiste à être à deux personnes afin que la deuxième
note, au fur et à mesure, les informations de l’observateur. L’utilisation d’un
compteur permet, lorsque le nombre de proies est élevé, de les noter toutes.
Son inconvénient est qu’à la fin de la minute, il est nécessaire d’arrêter pour
noter et pour remettre le compteur à 0.
-
l’utilisation d’un dictaphone
permet de se concentrer uniquement sur le but
à atteindre. Le chronomètre décompose le temps et il suffit de noter au fur et
à mesure les proies ingérées et d’autres informations (par exemple, nombre
de coups de bec nécessaires pour capturer une proie, nombre de proies captu-
rées et réellement consommées, taille de la proie (voir paragraphe sur ce
point), relations intra et interspécifiques…, changement de densité
d’oiseaux, dérangements…).

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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-
la prise de films vidéo
, lorsque les oiseaux sont suffisamment proches de
l’observateur, permet de collecter une masse énorme d’informations dans un
temps très court. Il suffit ensuite de décrypter les images afin d’en extraire
tous les éléments souhaités. Cette méthode permet ainsi de collecter des
données de rythmes de captures sur plusieurs oiseaux au cours de la même
période de temps.
La prise de mesures doit se faire sur des quadrats (surface idéale
25x25, soit 625 m
²
) dans lesquels la densité d’invertébrés est mesurée à in-
tervalles réguliers (une fois par mois).
Le tableau suivant indique les variables relevées sur le terrain et
celles qui sont déterminées préalablement ou dont les valeurs sont calculées
à partir d’autres données. Ce tableau doit être rempli dans un tableur de type
excel, en prenant soin de ne mettre que des données chiffrées dans les cel-
lules de telle sorte que les calculs soient possibles directement sous ce ta-
bleau ou par exportation vers un logiciel de statistiques.
numéro
date
heure
observa-
tion
temps
après
marée haute
tempé-
rature
qua-
drat
densité compétiteurs
Un
nu-
méro
d’ordre
est
im-
portant
Permettra
de définir
les
dé-
cades
Préciser si
heure
légale ou
solaire
En minutes, on
peut
utiliser
également
le
temps avant la
marée haute
Locale
de
préfé-
rence
Exprimé en nombre
d’individus par ha à
partir
du
nombre
d’oiseaux autour du
sujet étudié dans le
quadrat
im/dens
Ad/dens Larusdens
même ind
Expression de la densité
en différenciant l’âge des
oiseaux (quand cela est
possible
Idem
Densité de laridés, notam-
ment pour les espèces de
limicoles sensibles au klep-
toparasitisme
Cette précision peut
permettre ensuite des
comparaisons
entre
les oiseaux
proies/min
pas/min
coups de bec/min
aggre
klepto
Proies réellement
ingérées. Pour les
Huîtriers pies, il
est
préférable
d’augmenter à 5
minutes
Comptage du
nombre de pas
comme indice
de l’effort de
recherche
Comptage
du
nombre de coups
de bec donnés au
sol comme indice
de l’effort de re-
cherche
Selon
les
indications
précé-
dentes,
avec codi-
fication
Colonne qui peut
être
démultipliée
selon qu’il y a
kleptoparasitime
inter ou intra spéci-
fique

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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densité proies
taille
moyenne
biomasse
rythme ingestion
temps
moyen/proie
Par espèce con-
sommée,
par
quadrat,
expri-
mée en nombre
par m
²
Taille
moyenne
des proies
en mm
Calcul de la bio-
masse
par
m
²
d’après la densité
et
la
biomasse
individuelle
Transformation du
rythme de captures
en quantité con-
sommée par unité
de temps
Temps séparant
l’instant de la
capture
de
la
déglutition de la
proie
Matériel
Il dépend de la méthode employée. Pour parer à toute éventualité, il
est nécessaire de disposer de matériel permettant de changer de méthode au
cas où un problème apparaît. Le matériel nécessaire est :
- un chronomètre,
- un compteur manuel,
- un dictaphone,
- un carnet,
- un crayon,
- une longue vue.
Période et fréquence
L’étude du rythme de captures peut s’effectuer pendant toute la pé-
riode de présence des limicoles en zone côtière. Cependant, la plupart des
études se focalisent sur les saisons automnales et hivernales afin de trouver
des éléments de compréhension de leur comportement, de leurs effectifs et
de leurs déplacements au cours de cette période. En zone estuarienne, les
conditions changent tellement fréquemment que le jeu de données doit être
très important afin de couvrir le maximum de situations possibles. La straté-
gie du strict minimum pour établir des tests statistiques n’est pas de mise ici.
Un nombre de données important est seul garant d’une interprétation cor-
recte des comportements observés.
Conditions de réalisation/restriction
La collecte d’informations demande de longues heures de travail et
une grande concentration de la part de l’observateur. Les séquences peuvent
durer plusieurs heures qu’il faut gérer. Il est illusoire de suivre un même
oiseau sans pause plus de 30 minutes. Au-delà de cette limite, l’œil et le
cerveau sont fatigués et n’enregistrent plus les détails comme ils le font en
début de séquence. Une pause de 15 minutes. après chaque séquence maxi-
male de 30 minutes. est donc nécessaire. La position immobile est également
une contrainte forte. L’observateur doit donc être chaudement habillé et,
dans la mesure du possible, confortablement installé. L’observation à partir

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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d’un véhicule est la solution la plus intéressante. Elle permet en effet de
disposer sur place de tout le matériel nécessaire et de sièges permettant la
meilleure assise possible. Un véhicule tout terrain disposant une ouverture
partielle en arrière permet d’aménager le coffre en véritable salle
d’observation.
Au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, des tours d’observations sont uti-
lisées. En France, le manque de pratique fait que la curiosité est tellement
grande que les rares tentatives (en baie de Somme, par exemple) se sont sol-
dées par une augmentation des dérangements des oiseaux, et donc de
l’observateur par des personnes qui viennent voir ce qu’est cette construction
au milieu des vasières.
Résultats / types de données recueillies
L’objectif principal est de connaître le rythme de captures, puis le
rythme d’ingestion, et ensuite d’analyser ces résultats en fonction de diffé-
rentes variables sur le terrain, densité de proies, de compétiteurs…
L’acquisition de ces données constitue donc un élément primordial dans la
compréhension du fonctionnement d’un site pour les limicoles. Elle permet
par ailleurs de disposer de données pour appliquer les modèles prédictifs
présentés dans cet ouvrage. La standardisation des données est donc néces-
saire et la discipline dans leur acquisition doit être respectée.
Avantages et inconvénients
Avantages
Mesurer le rythme de captures de manière appropriée permet de dé-
finir le rythme d’ingestion obtenu par transformation du nombre de captures
par la quantité correspondante. Il nécessite donc de déterminer la taille des
proies consommées (voir fiche correspondante).
Inconvénients
Il est indispensable de vérifier de manière régulière le niveau des
piles et de disposer de piles de rechange, de préférence rechargeables.
La reprise des données enregistrées est très fastidieuse. Elle consiste
à écouter l’intégralité des enregistrements et à transcrire ceux-ci en données
numériques exploitables. La création de fichiers excel permet de synthétiser
les résultats et de procéder ensuite à des calculs divers.

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Analyses des données / exploitation statistique des résultats
L’analyse des données peut procéder de traitements simples, comme
la régression linéaire, mais afin de déterminer les variables explicatives pré-
pondérantes, la régression multivariée peut s’avérer nécessaire. Il est donc
nécessaire de disposer d’un logiciel de statistiques permettant les traitements
appropriés.
La transposition du rythme de captures en un rythme d’ingestion doit
s’effectuer avec précautions. Goss-Custard et
al
. (2002) ont ainsi décrit
quatre grandes erreurs dans la collecte et l’analyse des données :
- mesurer le rythme de captures à partir d’intervalles entre captures, ce qui
peut sur-estimer le taux de captures,
- mesurer la taille des proies à partir de fragments laissés par les oiseaux sur
la zone alimentaire, ce qui peut conduire à sur-estimer leur taille, d’où la
nécessité de procéder à un échantillonnage exhausif des proies consommées
(par exemple, ramassage des coquilles de coques),
- utiliser des régressions linéaires pour exprimer la relation entre la masse
libre de cendres et la longueur, alors qu’une relation polynomiale d’ordre 2
ou plus pourrait s’avérer plus appropriée,
- mesurer la masse libre de cendres à partir de la moyenne des individus
consommés plutôt que d’un histogramme de fréquence incluant les petites
classes de taille, ce qui peut conduire à de grandes erreurs dans l’estimation
de la masse moyenne des proies.
La lecture approfondie de la note de Goss-Custard et
al
. (2002) est for-
tement souhaitable.