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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012 

367 

Analyse de la pression de dérangement exercée sur une 

colonie de Sternes Pierregarin 

Sterna hirundo

  

 
 

Yann T

URGIS

 
 

Les espèces littorales coloniales peuvent être particulièrement diffi-

ciles  à  recenser  en  période  de  reproduction.  L’exemple  suivant,  relatif  à  la 
Sterne  pierregarin  fournit  des  éléments  de  méthodes  pouvant  être  utilisés 
chez les laridés, qu’ils soient en zone continentale ou sur des îlots. 
 

Pour quelle utilisation ? 

Objectif général 

L’objectif  général  de  l’étude  de  terrain  est  d’analyser  le  niveau  de 

pression que représente le dérangement sur une colonie de Sterne Pierregarin 

Sterna hirundo

.

  

Objectifs spécifiques 

- Identifier, enregistrer, localiser et cartographier les sources de dérangement 
en  fonction  de  différents  facteurs  pouvant  influer  sur  les  usages  (météo, 
heure de la journée, coefficient de marée, hauteur d’eau). 
- Définir et hiérarchiser les effets du dérangement en déterminant la distance 
d’envol pour chacun des types d’activité humaine entrant en interaction avec 
la colonie en fonction des différents facteurs énoncés à l’objectif précédent. 
-  Évaluer  les  risques  de  prédation  liés  au  dérangement  de  la  colonie  et  à 
l’abandon  momentané  par  les  individus  des  œufs  puis  des  poussins.  Identi-
fier la part de prédation par chaque espèce de prédateur concernée. 
-  Analyser  les  caractéristiques  qualitatives  et  comportementales  des  usages 
représentant des sources de dérangement s’avérant problématiques avec des 
effets notables sur les effectifs et proposer des mesures de gestion. 
- Identifier, localiser et cartographier les principales aires d’alimentation des 
sternes  et  analyser  le  rythme  d’alimentation  sur  ces  sites  et  les  facteurs 
l’influençant  (influence  du  cycle  tidal,  du  stade  de  la  reproduction  et  de  la 
pression de fréquentation humaine sur les sites).  
 
 
 


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Comment procéder ? 

Matériel et méthode 
 

Répartition des journées d’observation 

Dans  un  souci  d’optimiser  la  représentativité  des  différentes  situa-

tions de fréquentation pouvant se produire, les missions de terrain se répar-
tissent selon des journées-types tout au long du cycle de reproduction.  

Les journées-types de fréquentation intègrent plusieurs éléments :  

- différentes périodes, semaines/week-ends/vacances scolaires au cours des-
quels la fréquentation varie, 
- différentes hauteurs d’eau, 

. marées de mortes-eaux (coefficients de 20 à 54),  
. moyennes marées (coefficient de 55 à 89 pour lesquels l’activité nau-

tique et l’activité pêche à pied peuvent coexister),  

.  marées  de  vives-eaux  (coefficients  de  90  à  120  au  cours  desquels 

toutes les activités peuvent intervenir, avec une importance notable de 
la pêche à pied). 

- différentes conditions météorologiques (dans le but d’acquérir des données 
sur la réaction des oiseaux au dérangement, à la prédation en fonction de ces 
conditions). 

 
Les observations sont réalisées pendant des journées quasi complètes 

correspondant  à  un  cycle  de  marée  complet  (environ  12  heures)  ou  quasi 
complètes  en  fonction  des  horaires  de  marée  et  des  conditions  d’accès  aux 
sites.  L’effort  d’observation  et  d’acquisition  de  données  est  plus  intense  en 
période  de  haute  fréquentation :  grandes  marées,  week-ends,  jours  fériés, 
pics  de  fréquentation  pendant  les  vacances  scolaires.  Les  journées-types 
d’observation  correspondant  à  des  périodes  de  fréquentation  moins  intense, 
mois de mai et juin en semaine, s’établissent sur un demi-cycle de marée.  

 
Les observations sont réalisées à partir de points d’observation fixes, 

par  alternance  pour  assurer  une  vision  de  tous  les  secteurs  du  site.  Il  peut 
également  être  nécessaire  de  réaliser  des  observations  de  pleine  mer  au 
mouillage avec un bateau à disposition. Ces points d’observation sont géoré-
ferencés à l’aide d’un G

PS

.  

 
 
 
 


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Les instantanés cartographiques 

Les points d’activité et les trajectoires des usagers sont reportés sur 

une orthophoto du secteur dans le but de localiser les usages mais également 
les déplacements. 
 

Observations, mesures et suivis 

Les différentes caractéristiques des épisodes de fréquentation du site 

sont  répertoriées :  heure,  nombre  et  nature,  fréquence,  durée  de  l’activité. 
Une  autre  fiche  renseigne  les  aspects  concernant  la  réaction  des  oiseaux 
quand  elle  peut  être  constatée.  Un  registre  photographique  est  également 
tenu  ainsi  que  des  vidéos  pour  illustrer  des  situations  de  dérangement  pen-
dant les différentes phases du cycle de reproduction.  
 

Mesure de la distance d’envol 

Pour chaque dérangement entraînant l’envol d’un ou plusieurs indi-

vidus  de  la  colonie,  la  distance  entre  le  ou  les  usagers  responsables  et  les 
sternes est mesurée et enregistrée à l’aide d’un télémètre laser de type Bush-
nell  Elite 1500.  Les  données  relatives  aux  caractéristiques  du  dérangement 
sont renseignées dans une fiche prévue à cet effet. 
 

Relations interspécifiques 

Toutes les observations relatives à ce sujet sont répertoriées, particu-

lièrement en ce qui concerne les phénomènes de prédation. Le comptage des 
nichées  et/ou  de  la  production  de  jeunes  permet  de  répertorier  certains  in-
dices  de  prédation  constatés  au  sein  de  la  colonie.  Une  session  de  recense-
ment  par  capture  du  Rat  surmulot 

Rattus  norvegicus

  est  également  pro-

grammée sur l’îlot où se répartit annuellement la colonie avant le cantonne-
ment  des  sternes.  Cette  opération  est  effectuée  dans  le  but  d’identifier  si  la 
prédation par le rat est un facteur à prendre en compte au sein de la colonie.  
 

Succès reproducteur 

Le  succès  de  la  reproduction  est  également  suivi  depuis  les  points 

d’observation ainsi qu’à l’aide de l’unique intervention sur le site dans le but 
de  déterminer  le  nombre  de  couples,  les  dates  d’éclosion,  les  périodes  de 
ponte  et  la  production  globale  de  la  colonie  (dénombrement  régulier  des 
pontes,  des  poussins  et  des  juvéniles  jusqu’à  leur  envol).  Les  éventuels 
abandons  de  nids  sont  répertoriés  ainsi  que  leur  cause  dans  le  cas  de  son 
identification précise. 
 
 
 


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Rythme de nourrissage 

Le rythme de nourrissage des poussins peut également être enregis-

tré par un suivi focalisé sur des poussins d’âge différents et à différents mo-
ments de la journée et du cycle de marée. Les sessions d’acquisition de don-
nées  sont  réparties  en  fonction  de  la  pression  de  dérangement  potentielle-
ment  exercée  sur  la  colonie  avec  des  périodes  de  fréquentation  minimale 
ainsi  que  d’autres  maximales  (semaine 

versus

  week-end).  Il  s’agit 

d’appréhender l’influence que peut exercer le dérangement sur le rythme de 
nourrissage des jeunes.  

 
Pour ces différents suivis, un marquage au sol est réalisé à proximité 

de chaque nid pour pouvoir suivre l’évolution des nichées depuis les points 
d’observation. Un registre photographique précis des secteurs où sont situés 
les nids est réalisé dans le but de suivre individuellement les nids pour obte-
nir  le  taux  d’abandon  de  pontes,  la  perte  d’œufs  hors  du  nid  liée  à  l’envol 
ainsi que les phénomènes de prédation. 
 

Avantages et inconvénients 

Avantages

Ce suivi permet de s’intéresser à plusieurs aspects de la biologie et 

notamment  de  la  phénologie  de  l’espèce  au  niveau  local.  Le  suivi  des  évé-
nements de dérangement de la colonie permet de dégager des différences de 
réaction et de sensibilité en fonction du stade dans la reproduction et du type 
de  pression  exercée  sur  la  colonie.  Il  est  également  intéressant  de  pouvoir 
faire  avancer  la  réflexion  sur  l’implication  des  différents  facteurs  pouvant 
influer sur le succès reproducteur et leur importance relative (dérangement, 
prédation, intempéries).  
 

Inconvénients

Les distances d’envol peuvent être influencées par de multiples fac-

teurs et la variabilité dans les résultats en limite une analyse aisée. Il est très 
difficile d’avoir des échantillons satisfaisants pour isoler le rôle des facteurs 
qui sont considérés (influence de la marée, influence du cycle de la lumière, 
influence de la fréquentation). Il en est de même pour l’étude du rythme de 
nourrissage  des  poussins  pendant  leur  élevage.  En  effet,  le  principal  incon-
vénient de ces différents travaux se trouve être qu’ils sont très chronophages 
et  nécessitent  des  moyens  humains  et  matériels  plus  importants  pour  at-
teindre les objectifs escomptés.  
 
 
 


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Interprétation des résultats 

L’interprétation  des  résultats  a  été  limitée  par  une  acquisition  de 

données altérée par un échec de la reproduction de la colonie en pleine pé-
riode d’incubation en raison de fortes intempéries. Cependant, les indicateurs 
suivis  au  cours  de  la  saison  de  reproduction  permettent  d’avancer  sur  la 
compréhension  de  la  dynamique  de  population.  L’absence  de  prédateurs 
résidents sur l’îlot (pas de goélands nicheurs ou très rarement les autres an-
nées ;  aucun  Rat  surmulot  recensé)  permet  de  penser  que  la  colonisation 
historique du site est influencée par la faible pression de prédation alors qu’à 
l’inverse une prédation importante a été constatée sur la majorité des autres 
îlots (et notamment les sites de report). 
 

Les épisodes d’intempéries apparaissent donc comme le premier fac-

teur  limitant  du  succès  reproducteur  de  la  colonie  dans  des  conditions  bien 
particulières de vent et de coefficient de marée. 
 

L’échec  de  la  colonie  étant  survenu  au  cours  de  la  période 

d’incubation,  aucune  donnée  relative  à  la  pression  de  dérangement  pendant 
la phase d’élevage des jeunes n’a pu être acquise. Le rythme de nourrissage 
des poussins est un indicateur qui n’a pu être suivi.  
 

Néanmoins,  l’interprétation  des  résultats  existants  permet  des  ana-

lyses numériques simples en identifiant l’intensité des dérangements avec le 
nombre d’envols de la totalité de la colonie (11) ou d’envols partiels (9) sur 
les 20 journées d’observation. L’intégralité des usagers responsables de dé-
rangement est également identifiée (survols aériens et pneumatiques à faibles 
tirants d’eau occasionnant le plus de dérangements). 
 

Le  protocole  a  également  permis  de  caractériser  la  fréquentation 

dans  le  secteur  avec  les  types  d’usagers  les  mieux  représentés  et  les  trajets 
effectués.  Les  périodes  de  fréquentation,  générant  notamment  des  dérange-
ments, sont également identifiées avec le moment au cours de la saison, les 
conditions de marées et les heures concernées dans le cycle de marée.  
 

L’interprétation  du  suivi  photographique  et/ou  des  observations  di-

rectes peut également permettre de mettre en évidence des abandons de nids 
qui peuvent être corrélés, pour certains, à des événements de dérangements. 
L’influence du stade de reproduction sur la sensibilité et la réaction des oi-
seaux  face  à  une  situation  de  dérangement  peut  également  être  extraite  de 
l’interprétation des résultats pouvant montrer une différence notable dans les 
distances  d’envols  en  fonction  du  stade  de  reproduction  (ici,  cantonnement