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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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- comment sensibiliser les publics en fonction de leurs connaissances sur le
sujet ?
-
etc.
Répondre à l’ensemble de ces questions, c’est produire de
l’information directement mobilisable et opérationnelle pour les structures
gestionnaires dans le cadre d’une gestion efficiente de leur site (Gätje
et al
.,
2002 ; Hinterberger
et al
., 2002 ; Cole & Daniel, 2003). La finalité des in-
formations produites dans le cadre d’une étude de fréquentation peut être
multiple (Cessford & Muhar, 2003) et dépend des objectifs qui ont été clai-
rement fixés préalablement (Cessford & Burns, 2008). Dans le cas précis du
dérangement de l’avifaune, les informations produites permettent de :
- identifier précisément, en fonction du niveau de fréquentation et de la loca-
lisation des populations d’oiseaux, les zones les plus sensibles,
- isoler ces zones en contrôlant et orientant les flux de visiteurs en fonction
du réseau de sentiers ou des zones de moindre risque (sur l’estran où la mise
en place de sentiers est impossible),
- identifier puis réglementer les comportements et/ou les activités non com-
patibles avec la présence des populations d’oiseaux,
- s’assurer que les visiteurs respectent bien la réglementation du site,
- mieux informer et sensibiliser les usagers sur les enjeux de conservation en
fonction des groupes d’usagers considérés,
- trouver un équilibre entre la qualité de la visite ressentie par les usagers
lors de la pratique de leur activité sur le site et l’enjeu de conservation des
populations d’oiseaux,
-
etc.
Comment mettre en œuvre une étude de fréquentation ? L’exemple du
site Natura 2000 de la Petite-Mer de Gâvres
Une problématique commune à de nombreux sites littoraux
Les synthèses générales relatives à la mise en œuvre d’une étude de
fréquentation existent (Booth & Mackay, 2007 ; Cessford & Muhar, 2003 ;
Eagles & Buteau-Duitschaever, 2009 ; Muhar
et al.
, 2002) mais présentent
l’inconvénient d’être théoriques et non centrées sur la problématique du dé-
rangement de l’avifaune, ce qui limite leur intérêt pour le présent ouvrage.
Aussi, nous avons fait le choix, dans cette deuxième partie, de présenter une
démarche concrète mise en œuvre sur une zone humide littorale française
afin d’étudier les interactions entre les hommes et les oiseaux. Cette étude de
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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fréquentation s’appuie sur une méthodologie et des techniques largement
testées, notamment par le laboratoire de géographie Géomer (Brigand & Le
Berre, 2006a
;
2007a ; 2007b ; Le Berre, 2008 ; Peuziat, 2005 ; Le Berre
et
al.
, 2009
;
2010 ; Le Corre, 2009). Il est nécessaire de signaler que si ces
dernières peuvent être exportées, en revanche, elles nécessitent vraisembla-
blement des adaptations plus ou moins importantes du fait des enjeux, des
caractéristiques géographiques et de la fréquentation humaine qui sont
propres à chaque site littoral.
Située sur le littoral morbihannais, la Petite-Mer de Gâvres est une
large lagune de 566 hectares d’estran sablo-vaseux (5 kilomètres de long sur
1 kilomètre de large), ouverte sur la mer et bordée par des prés-salés dans sa
moitié est (
figure
2). Elle se vide et se remplit entièrement deux fois par jour
au rythme des marées (marnage moyen de 2 mètres). Par ses caractéristiques
géomorphologiques et écologiques, elle représente un site ornithologique
majeur à l’échelle régionale et nationale avec 34 espèces d’oiseaux d’eau
inventoriées (Le Dréan-Quénec’hdu & Mahéo, 2003). Elle constitue, en
outre, un site d’importance internationale pour l’hivernage de la Bernache
cravant
Branta bernicla
, du grand Gravelot
Charadrius hiaticula
et du Bé-
casseau sanderling
Calidris alba
.
Longtemps isolée du fait de la présence militaire (le site a été pen-
dant plus d’un siècle un site national d’essais de tirs), la Petite-Mer de
Gâvres est aujourd’hui librement fréquentée par le public. De 2004 à 2009,
le laboratoire de géographie Géomer (U
MR
L
ETG
6554, C
NRS
), la Réserve
naturelle des marais de Séné et la D
REAL
Bretagne collaborent afin de mener
une expertise sur un site où peu d’informations existent sur le fonctionne-
ment à la fois écologique (notamment ornithologique) mais aussi social et
humain. Or, se pose, ici, la question de l’avenir dans la mesure où la pré-
sence militaire disparaît progressivement et que la pression humaine non
militaire tend à augmenter. Cette tendance est clairement visible avec le dé-
veloppement récent des activités balnéaires en période estivale ou encore
l’apparition d’une pratique désormais régulière de kitesurf et de windsurf sur
le plan d’eau de la lagune, tout au long de l’année. Ces activités nautiques
posent, pour l’opérateur Natura 2000 local, un problème spécifique
puisqu’elles se pratiquent au cœur de la zone de protection spéciale (Z
PS
).
Pour la D
REAL
Bretagne, le choix de ce site se justifie donc par la nécessité
d’obtenir des informations pertinentes dans le cadre d’une évaluation
d’incidence Natura 2000. Pour le laboratoire Géomer et la Réserve naturelle
de Séné, il offre l’opportunité d’une recherche-action permettant de déve-
lopper une approche pluridisciplinaire de la problématique du dérangement
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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de l’avifaune avec des questionnements croisés dans le champ des sciences
sociales et environnementales.
Figure
2 : le site de la Petite-Mer de Gâvres
Bien que possédant ses caractéristiques propres, la Petite-Mer de
Gâvres n’en présente pas moins un contexte largement similaire à de nom-
breuses aires protégées littorales :
- l’absence d’un vrai cadre juridique national permettant de réglementer les
« perturbations » sur les sites (
cf
. L. 411-1 du Code de l’environnement) (Le
Corre, 2009),
- un opérateur Natura 2000 dans l’obligation d’évaluer l’incidence des acti-
vités humaines présentes sur les sites Natura 2000 et notamment sur les Z
PS
,
- peu d’informations ou des informations partielles sur la fréquentation hu-
maine du site,
- des données naturalistes souvent plus abondantes (inventaires, éventuelle-
ment suivis environnementaux), mais non reliées directement à des données
de fréquentation,
- une structure gestionnaire confrontée à une problématique de dérangement
de l’avifaune qui s’avère complexe et dont les impacts sur le moyen et le
long terme sont difficiles à cerner,
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- une structure gestionnaire démunie devant l’absence de cadre méthodolo-
gique simple et opérationnel pour gérer les interactions entre les activités
humaines et les oiseaux.
La méthodologie de l’étude de fréquentation : approches quantitative, qua-
litative et comportementale
La première phase du travail consiste à établir un diagnostic précis
de la fréquentation humaine. À partir de sept interrogations, combien, où,
quand, qui, quoi, pourquoi, comment, les géographes s’attachent à caractéri-
ser la fréquentation, à analyser son organisation dans l’espace et dans le
temps, et à comprendre les relations qu’entretiennent les usagers avec les
lieux qu’ils fréquentent et les oiseaux avec lesquels ils interagissent (
fi-
gure
3). Dans cette démarche, une attention toute particulière a été portée à
la production d’informations spatialisées afin de déterminer les territoires
respectifs de chaque groupe d’usagers.
Figure
3 : les principes théoriques de l’étude de fréquentation
(source : Peuziat, 2005 ; Le Berre, 2008)
Pour ce faire, trois approches complémentaires sont développées :
quantitative, qualitative et comportementale.
L’approche quantitative
L’approche quantitative permet de recueillir des données chiffrées
sur différentes facettes de la fréquentation. Dans notre cas, trois catégories
de comptages ont été distinguées :
- les comptages visant à identifier et à hiérarchiser les accès généraux au site
et les accès à l’estran empruntés par les usagers,
- les comptages visant à évaluer le niveau de fréquentation des sentiers sur
tout le pourtour du site. Quatorze tronçons de sentiers « cohérents » ont été
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identifiés, représentant un total de 10,8 kilomètres (chaque tronçon étant
placé entre deux points d’accès).
- des comptages spécifiques visant à quantifier les activités humaines utili-
sant la lagune proprement dite (hors sentier), c’est-à-dire principalement le
nombre de pêcheurs à pied sur l’estran à basse mer et le nombre de prati-
quants d’activités nautiques sur le plan d’eau à pleine mer.
Muni d’une fiche de comptage standardisée, chaque observateur est
responsable d’un ou plusieurs sentiers et d’une ou plusieurs zones à surveil-
ler. Les fiches permettent de déterminer et de quantifier chaque activité hu-
maine (y compris les chiens en laisse ou en liberté ou toutes autres sources
potentielles de dérangement) selon les créneaux horaires de la journée.
Chaque journée est divisée en créneaux horaires d’une heure.
L’approche quantitative est complétée, systématiquement, par une
cartographie en temps réel de la fréquentation. Des instantanés cartogra-
phiques, réalisés toutes les heures de la journée, sont réalisés sur des ortho-
photoplans. Véritables photographies de la fréquentation, ils permettent
d’identifier et de localiser précisément toutes les activités humaines selon
une typologie adaptée (promeneurs, chiens, cyclistes, pêcheurs, kitesurfers,
etc.) ; leur comportement et leur déplacement y sont détaillés pendant toute
la journée d’observation.
L’ensemble des informations récoltées est intégré et structuré dans
une base de données numérique pour la donnée chiffrée (type Excel ou Ac-
cess) et dans un système d’information géographique (S
IG
) pour la donnée
spatialisée (21 486 points numérisés au total sur la Petite-Mer de Gâvres,
chaque point représentant une activité humaine). Trois types d’informations
sont essentiels pour structurer les bases qui représentent les principales en-
trées pour traiter les données : la catégorisation des activités humaines, les
dates d’observation, les conditions de l’observation (beau temps, mauvais
temps, coefficient de marée, etc.).
L’approche qualitative
L’approche qualitative vise à appréhender la dimension sociologique
de la fréquentation. Dans notre cas, celle-ci se fonde sur des entretiens semi-
directifs
3
ainsi que sur des questionnaires
4
. Le mode semi-directif permet de
3
. L’entretien est « une technique de collecte d’informations orales, un évènement de parole
qui se produit dans une situation d’interaction sociale entre un enquêteur et un enquêté »
(Savarese, 2006).