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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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centrer le discours des personnes interrogées autour de différents thèmes
définis au préalable par les enquêteurs (Savarese, 2006). Les questionnaires
se présentent généralement sous forme de listes de questions fermées (un
nombre prédéterminé de modalités de réponses est proposé à l’enquêté) enri-
chies de quelques questions ouvertes (réponses libres). L’élaboration d’une
enquête par questionnaire en géographie de l’environnement demande une
attention et une vigilance particulières comme le rappelle Goeldner-Gianella
et Humain-Lamoure (2010). Ainsi, plusieurs difficultés méthodologiques
nécessitent être dépassées avant et après enquête. De façon très générale, il
importe de :
- réfléchir aux moyens d’optimiser la pertinence statistique de l’enquête et la
bonne représentativité des résultats. « On crée donc le plus souvent un
échantillon où le hasard est reconstitué empiriquement en interrogeant
in
situ
, par exemple, un passant sur sept ou un sur trois ou toutes les personnes
rencontrées lors d’un itinéraire prédéfini à l’avance » (Goeldner-Gianella &
Humain-Lamoure, 2010),
- interroger un échantillon de personnes conséquent pour une analyse statis-
tique significative. Il est notamment important de faire varier les jours et les
heures d’enquête pour éviter de sur- ou sous-représenter trop fortement tel
ou tel type d’usager,
- formuler de façon pertinente mais neutre les questions est essentielle. Ces
dernières ne doivent pas faire appel à des réponses automatiques ou orien-
tées.
- s’assurer de poser des questions qui sont bien dans le cœur du sujet mais en
utilisant un vocabulaire approprié (non-expert) en fonction des publics visés,
- rester vigilant quant à l’interprétation des résultats obtenus et à leur généra-
lisation « dans la mesure où il n’est pas toujours possible de connaître avec
certitude la représentativité de l’échantillon ou de calculer des intervalles de
confiance
» (Goeldner-Gianella & Humain-Lamoure, 2010),
-
etc.
Bien qu’ils différent nécessairement d’un groupe d’usagers à un
autre, l’enquête par questionnaire et les entretiens sont élaborés de manière à
répondre à six objectifs :
1. connaître le profil général des usagers (caractéristiques sociogéogra-
phiques, âge, etc.),
2. cerner précisément les usages et les pratiques présents sur les sites,
4
Le questionnaire est « une technique d’élaboration et de collecte de données chiffrées. Il
prend la forme d’une série de questions rédigées et préétablies » (Savarese, 2006).
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3. comprendre les rapports que les usagers entretiennent avec les sites
(leurs motivations, leurs attentes, leur perception des lieux, leur perception
de la fréquentation),
4. évaluer leur degré de sensibilité à l’environnement en général,
5. apprécier leur degré de connaissance sur l’avifaune locale,
6. évaluer leur degré de connaissance et leur perception de la probléma-
tique du dérangement (notamment la perception de leur propre impact sur
l’avifaune locale).
Les données relatives aux enquêtes peuvent être intégrées et traitées
par l’intermédiaire de logiciels spécialisés (type Modalisa, Sphinx), à défaut,
par le biais d’un tableur classique (type Excel).
L’approche comportementale
L’approche comportementale vise à caractériser les comportements
et les attitudes des visiteurs sur un site donné. Cette approche est d’autant
plus importante que le dérangement de l’avifaune est justement la résultante
de comportements humains (collectifs ou individuels) qui vont interagir avec
les populations d’oiseaux. Ainsi, au-delà de la simple identification des acti-
vités humaines, il s’avère important de comprendre et d’essayer de prédire
comment ces dernières se pratiquent sur les sites et à quel moment elles
pourront générer des attitudes problématiques pour l’avifaune.
Dans notre cas précis, ce volet est pris en compte à travers la réalisa-
tion des instantanés cartographiques, sur lesquels sont reportés les activités
et leur emprise spatiale, mais aussi les comportements les plus probléma-
tiques d’un point de vue des interactions avec l’avifaune. L’approche com-
portementale est également mise en œuvre en réalisant des suivis
d’itinéraires de personnes individuelles ou de groupes (informations repor-
tées sur des cartes) et en annotant systématiquement leurs faits et gestes (lieu
de stationnement, activités pratiquées, itinéraires empruntés, haltes, infrac-
tions vis-à-vis de la réglementation, envols d’oiseaux, etc.). Il est nécessaire
de multiplier ces suivis pour parvenir à une bonne représentativité des don-
nées. Ces dernières sont également intégrées et traitées grâce à un système
d’information géographique.
La question du calendrier des sorties de terrain
est essentielle et doit
impérativement faire l’objet d’une réflexion préalable, en fonction des carac-
téristiques géographiques mais aussi sociales du site considéré. En effet, tout
comme les suivis écologiques, les suivis de fréquentation humaine doivent
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également être réalisés en fonction de facteurs environnementaux (cycle de
marée, conditions météorologiques, etc.) mais aussi en fonction de facteurs
sociaux (jours du calendrier, réglementation spécifique à certaines activités
humaines comme la pêche à pied). Dans notre cas, les missions de terrain ont
été effectuées sur une période d’un an (de 2006 à 2007) en se basant sur des
journées que l’on estime représentatives de fréquentation : des journées de
beau et de mauvais temps, des journées de petits et de grands coefficients de
marée, des journées de basse mer et de pleine mer, des journées de vacances,
des journées de semaine ordinaire et de weekend, etc. Nous avons ainsi es-
sayé, dans la mesure du possible, de multiplier ces journées-types afin
d’obtenir l’image la plus fidèle possible de la fréquentation sur le site. Au
total, 37 journées de terrain ont été réalisées sur la Petite-Mer de Gâvres. Si
elles se sont essentiellement concentrées sur la période d’hivernage des oi-
seaux migrateurs (d’octobre à février), des sorties de terrain ont également
été effectuées sur les autres mois (notamment les mois d’été) pour obtenir
une photographie d’ensemble de la fréquentation sur l’année entière et déga-
ger des points de comparaison.
Les missions de terrain ont mobilisé une équipe de trois personnes
en moyenne (jusqu’à six personnes) par journée de terrain avec des observa-
tions le plus souvent réalisées de 8 h à 19 h.
Quelques résultats de l’étude de fréquentation
Contrairement aux idées largement répandues, la fréquentation hu-
maine des sites naturels est loin d’être anarchique mais répond à des méca-
nismes précis que les études de fréquentation permettent de mettre en lu-
mière. La Petite-Mer de Gâvres ne déroge pas à la règle. Ainsi, il est tout à
fait possible de savoir où se trouvent les usagers à condition de se donner la
peine de réfléchir et d’analyser la situation. Nous proposons de présenter
quelques résultats succincts qui insistent sur la représentation spatiale des
phénomènes étudiés. Caractérisé par une fréquentation relativement mo-
deste, le système de fréquentation de ce site peut être décrit schématique-
ment.
À basse mer, les pêcheurs à pied investissent l’estran (2 heures 30
avant la basse mer). Lorsque le coefficient est inférieur à 54, le nombre
moyen de pêcheurs à pied amateurs est de 62 ; lorsque le coefficient est
compris entre 55 et 89, il est de 119 ; lorsque le coefficient est supérieur à
90, il est de 739 (ce chiffre peut ponctuellement dépasser 1 000 sur une seule
marée). Ces derniers sont essentiellement localisés dans une large moitié
ouest du site (de Gâvres/Port-Louis jusqu’à l’île Kerner) en raison de la pré-
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sence de la ressource naturelle (palourdes, huîtres) et d’une meilleure péné-
trabilité de l’estran (la partie située à l’est est trop vaseuse) (
figures
4 et 5).
Lorsque la marée monte, les pêcheurs évacuent progressivement l’estran.
Les derniers quittent le site 2 heures 30 à 3 heures après la basse mer. On
observe alors une période de transition durant laquelle les activités humaines
sont quasiment absentes de l’estran et du plan d’eau. Cette période brève
dure de 1 à 2 heures.
Figure
4 : identification et hiérarchisation des accès empruntés par les pêcheurs à
pied pour accéder à l’estran
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Figure
5 : évolution de la fréquentation des pêcheurs à pied sur un cycle de marée
À partir de 4 heures après la basse mer, les activités nautiques, et
notamment les sports de glisse, apparaissent à l’est du site et prennent le
relais sur le plan d’eau lorsque les profondeurs d’eau sont suffisantes et que
les conditions météorologiques le permettent (la vitesse du vent doit être au
moins supérieure à 8 nœuds). On comptabilise une moyenne journalière
(calculée sur l’année) de 12,8 pratiquants sur la Petite-Mer de Gâvres
(8,2 kitesurfers et 4,6 planchistes). Cette moyenne est moindre pendant la
période d’hivernage des oiseaux migrateurs : 9 pratiquants en moyenne
d’octobre à février (5,6 kitesurfers et 3,4 planchistes). L’emprise spatiale de
la zone de pratique de ces activités n’est pas figée, mais dépend dans une
large mesure de la direction du vent (la navigation se fait en travers du vent
dominant) (
figures
6a, b, c, d, e) et du nombre de pratiquants (
cf.
figures
6f,
g). Plus le nombre de pratiquants est important, plus la superficie de la zone
de pratique augmente. Celle-ci représente 25,4 hectares lorsque le nombre de
pratiquants est compris entre 1 et 10 (soit 8,8 % de la superficie de la Z
PS
),
94,8 hectares lorsque le nombre de pratiquants est compris entre 11 et 20
(soit 32,9 % de la Z
PS
), 134,2 hectares lorsque le nombre de pratiquants est
supérieur à 21 (soit 46,5 % de la Z
PS
). Plus globalement, la fréquence de
présence des sports nautiques sur le site a pu être calculée en croisant les
observations de terrain, les réponses obtenues à l’enquête auprès des prati-