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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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quants et les données météorologiques (site internet Windguru). Ainsi, on
estime à 130,8 le nombre de jours sur l’année où la pratique du kitesurf et du
windsurf est possible sur le site, soit 10,9 jours par mois en moyenne. Ce
chiffre monte à 11,4 jours par mois si on ne prend en compte que les mois
d’hivernage de l’avifaune (octobre à février).
Figure
6 : répartition des sports nautiques en fonction de la direction du vent ou du
nombre de pratiquants
Associée à la fréquentation de la lagune proprement dite, il existe
enfin une fréquentation journalière et continue des sentiers par les prome-
neurs et autres usagers (cyclistes, naturalistes) sur le pourtour du bassin ma-
ritime. Qu’elle soit faible ou forte, cette fréquentation est particulièrement
synchronique : 20,1 % des passages sur les sentiers ont lieu entre 10 h et
12 h, 40,2 % entre 15 h et 17 h (
figure
7).
L’importance de cette fréquentation est liée aux conditions météoro-
logiques (beau temps / mauvais temps), mais surtout aux journées considé-
rées de la semaine et du mois. Ainsi, on observe des pics de fréquentation les
week-ends et notamment les week-ends de vacances scolaires (
figure
8).
D’un point de vue spatial, la fréquentation des sentiers est particulièrement
déséquilibrée puisque ce sont essentiellement les sentiers situés sur la frange
littorale nord de la Petite-Mer de Gâvres qui sont les plus empruntés au dé-
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triment des sentiers situés au sud (
figure
8). Ceci est lié à la proximité ou
non des zones urbanisées, des zones de stationnement et de la praticabilité
des sentiers. Certains sentiers sont en effet des hauts d’estran difficilement
praticables notamment pendant la pleine mer.
Figure
7 : évolution quantitative de la fréquentation de la Petite-Mer de Gâvres
(2005-2006)
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Figure
8 : fréquentation moyenne journalière des sentiers de la Petite-Mer de Gâvres
Finalement, chaque activité est définie par des modalités
d’investissement spatial et temporel bien spécifiques qui contribuent à carac-
tériser le sociosystème de ce site naturel. Les jours de cumul d’activités sont
le résultat d’une somme de conditions propices pour l’ensemble des pra-
tiques et usages présents sur le site. Ainsi, les journées de très forte fréquen-
tation sont caractérisées par des conditions météorologiques favorables (très
beau temps) pendant un week-end de vacances scolaires (pour les prome-
neurs), par un grand coefficient de marée (pour les pêcheurs à pied) et un
vent de direction sud/sud-ouest compris entre 10 et 20 nœuds (pour les
sports nautiques).
Dans la plupart des cas, l’étude de fréquentation peut s’arrêter à cette
étape ; les résultats représentent, déjà, une somme d’informations essen-
tielles et largement exploitables par les gestionnaires pour nourrir leurs ré-
flexions et engager les premières mesures de gestion en fonction des données
naturalistes en leur possession. Mais il est également possible d’aller plus
loin en réfléchissant aux moyens de croiser des données humaines et ornitho-
logiques dans le cadre de l’élaboration d’un indicateur de dérangement de
l’avifaune.
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Proposition d’un outil d’aide à la gestion du dérangement des oi-
seaux d’eau hivernants
Des méthodologies d’étude du dérangement des oiseaux d’eau existent
dans la littérature. Certaines, très élaborées, sont d’ailleurs développées en
France (Durell
et al
., 2005, 2008). Celles-ci présentent néanmoins
l’inconvénient d’être souvent expérimentales et difficilement transférables
aux gestionnaires qui ne disposent pas toujours des connaissances et de
compétences expertes allant de pair. Ces méthodologies sont également sou-
vent caractérisées par un déficit de prise en compte des aspects humains et
sociaux, qui sont pourtant incontournables dans la gestion des sites naturels.
L’outil d’aide à la gestion que nous présentons ici s’apparente à cer-
tains outils d’aide à la gestion déjà développés au Pays-Bas, au Royaume-
Uni ou encore en France (Gallagher
et al.
, 2007 ; Henkens
et al
., 2010 ; Pel-
lorce, 1999 ; Vincent
et al.
, 1998). Il vise à apporter aux gestionnaires un
cadre méthodologique qui soit à la fois relativement simple à mettre en
œuvre et global dans son approche pour appréhender et gérer le dérangement
des oiseaux d’eau hivernants sur les sites naturels littoraux. Cet outil s’inscrit
particulièrement dans le cadre de l’évaluation d’incidence des activités hu-
maines sur les sites Natura 2000. Il s’attache, non pas à évaluer ce que serait
la fréquentation du site par les oiseaux en l’absence d’activités humaines,
mais à appréhender l’incidence éventuelle de nouvelles activités ou de nou-
velles modalités de pratique d’activités existantes. En croisant les données
acquises par le biais d’une étude de fréquentation avec des données natura-
listes élémentaires (habitats et distances d’envol des espèces), cet indicateur
propose d’aborder la problématique du dérangement de l’avifaune dans le
cadre d’une approche spatiale et territoriale.
Méthodologie
Le diagnostic naturaliste : identifier le domaine vital de
chaque espèce et calculer les distances de fuite
Si la première phase de l’élaboration de l’indicateur consiste à réali-
ser une étude de fréquentation (
cf
.
supra
), la deuxième phase s’attache à
établir un diagnostic de l’utilisation de l’espace par les oiseaux d’eau hiver-
nants, qui constitue le pendant naturaliste de l’étude de fréquentation. Dans
notre cas, ces données ont été acquises par les biologistes de la Réserve natu-
relle des marais de Séné (golfe du Morbihan) qui se sont attachés à identifier
et à quantifier les espèces d’oiseaux présentes sur le site et surtout à carto-
graphier précisément le domaine vital de chacune d’entre elles en fonction
du cycle de marée.
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Dans la mesure où la répartition spatiale et l’abondance des oiseaux
d’eau sont dépendantes des hauteurs d’eau sur les sites littoraux, les journées
de terrain ont été sélectionnées en fonction du calendrier des marées. Ainsi,
la Petite-Mer de Gâvres a été étudiée pendant deux semaines consécutives
par mois (du 27 décembre 2006 au 2 mars 2007) de façon à couvrir totale-
ment un cycle de marée dont les coefficients étaient supérieurs à 75 (cycle
appelé arbitrairement marées de vives-eaux) et un cycle de marée dont les
coefficients étaient inférieurs à 75 (cycle appelé arbitrairement marées de
mortes eaux). Chaque journée d’observation était divisée en « heures-
marée » en fonction de la basse mer : basse mer, basse + 1 heure, basse
+ 2 heures ; basse mer + 3 heures, (…), pleine mer ; basse mer - 5 heures,
basse mer – 4 heures, (…), basse mer. Un cycle de marée journalier n’étant
pas exactement de douze heures, les horaires précis de recensement ont été
calculés pour chaque journée (cycle complet (h.)/12). Enfin, les postes
d’observation ont été définis de façon à ce que l’ensemble des sites soit cou-
vert simultanément par deux observateurs.
Finalement, les ornithologues ont identifié les espèces d’oiseaux
présentes sur le site, reporté leur positionnement et leur nombre sur une or-
thophotographie pour chaque heure-marée de la journée. Pour chaque recen-
sement, la date, l’heure-marée, l’effectif d’oiseaux, la localisation de la ligne
d’eau et le coefficient de marée ont été notés. Les oiseaux d’eau ont été dé-
nombrés par espèce ou par groupe d’espèces (groupe des petits limicoles,
des laridés, des pluviers), lorsque l’identification était trop imprécise.
Le choix des journées de terrain sélectionnées par les ornithologues
s’est fondé uniquement sur le cycle de marée sans tenir compte de variables
comme la météorologie (beau temps ou mauvais temps), les jours de se-
maine ou de week-end ou encore le taux de fréquentation des sites. La raison
de ce choix est simple : il s’agissait de déterminer l’ensemble des espaces
actuellement exploités par chaque espèce d’oiseaux d’eau, quelle que soit la
journée considérée. En d’autres termes, les ornithologues avaient pour objec-
tif de réaliser la représentation la plus fidèle possible du domaine vital de
chaque espèce en fonction du cycle de marée. Cette cartographie, mais sur-
tout le calcul des densités d’oiseaux a pu être ponctuellement biaisée par la
présence humaine (
cf
. les limites de la méthodologie). Néanmoins, la pres-
sion d’observation (19 journées d’observation) a été suffisamment impor-
tante pour identifier, de façon globale, les limites géographiques de chaque
domaine vital.