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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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L’ensemble des données recueillies a été intégré au même système
d’information géographique (Arcview 8.3) que celui utilisé par les géo-
graphes en prenant soin de conserver toutes ses caractéristiques (effectifs,
dates, horaires du relevé, coefficients de marée, etc.). Les couches de ce
dernier ont été structurées de manière à pouvoir traiter les informations par
espèce et par heure-marée (
figure
9). La restitution des données cartogra-
phiques s’appuie sur une grille de densités d’oiseaux d’une maille de 50 m x
50 m pour la Petite-Mer de Gâvres, maille jugée la plus cohérente au regard
de la superficie du site et de l’échelle de travail (
figure
10).
Figure
9 : structuration des données ornithologiques dans le système d’information
géographique
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Figure
10 : domaine vital de la Bernache cravant
Branta bernicla
sur le site de la
Petite-Mer de Gâvres en fonction du cycle de marée
Les résultats obtenus mettent en évidence que les espèces investis-
sent le site en fonction du cycle de marée et de leurs exigences écologiques.
À basse mer, les oiseaux se répartissent de façon plus ou moins diffuse sur
les vasières en fonction des niches écologiques avant de se déplacer progres-
sivement vers l’est lors du flux (
figure
10 pour exemple). À pleine mer, la
majorité des espèces encore présentes sur le site (les autres espèces ont quitté
la Petite-Mer de Gâvres pour des reposoirs de pleine mer) est concentrée
autour des prés-salés qui longent le bassin maritime à l’est du site. La zone
sud-est de la Petite-Mer de Gâvres revêt notamment une importance straté-
gique pour de nombreuses espèces car elle représente le principal reposoir du
Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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site lorsque les vasières sont recouvertes par les eaux. Des milliers
d’oiseaux, toutes espèces confondues, peuvent se partager un espace restreint
à leur disposition. Lors du jusant, les oiseaux suivent à nouveau la ligne
d’eau descendante et se répartissent sur l’ensemble des vasières.
Parallèlement à l’élaboration de cette cartographie spécifique, les
biologistes ont également acquis des données sur le dérangement de
l’avifaune à travers le calcul des distances de fuite pour différentes espèces
emblématiques. Rappelons que la distance de fuite, encore appelée distance
d’envol, « est considérée comme la distance minimale à partir de laquelle un
oiseau s’enfuit lorsqu’une source de dérangement ou de menace se rap-
proche de lui
» (Triplet
et al
.
,
2007). Ce protocole revêt deux objectifs :
1. évaluer la sensibilité de chaque espèce au dérangement afin de dresser
un classement local des oiseaux les plus vulnérables à la présence humaine,
2. calculer la perte d’habitat qu’engendre, en théorie, une source de dé-
rangement pour chaque espèce considérée en fonction de sa sensibilité. La
distance d’envol peut en effet être considérée comme le rayon d’un disque
dessiné autour d’une source de dérangement et à l’intérieur duquel l’oiseau
ne pourra pénétrer car le risque perçu de prédation sera trop fort (Platteeuw
& Henkens, 1997 ; Le Corre, 2007). La superficie du disque correspond à
une perte d’habitat naturel pour l’oiseau et est égale à
π
R
²
(R étant le rayon
du cercle représenté par la distance d’envol). Par exemple, si on prend le cas
de l’Huîtrier pie
Haematopus ostralegus
qui a une distance de fuite moyenne
de 52 m sur le site de la Petite-Mer de Gâvres, on peut estimer que chaque
source de dérangement présente sur le territoire de cette espèce sera respon-
sable d’une perte d’habitat naturel de 8 490 m
²
, soit environ 1 hectare.
L’ensemble des informations a été collecté de façon expérimentale
par le biais de dérangements « contrôlés ». Ainsi, les ornithologues eux-
mêmes ont provoqué l’envol des oiseaux afin de calculer les distances de
fuite de chacune des espèces étudiées. Concrètement, sur le terrain, le déran-
gement est provoqué par une approche à la marche, lente et frontale, du
groupe d’oiseaux par l’observateur (Le Billan, 2007). À l’instant où les oi-
seaux prennent leur envol, la distance entre l’observateur et l’oiseau ou le
groupe d’oiseaux est calculée à l’aide d’un télémètre (Ranging Rangematic
1000). La
figure
11 met en évidence que la sensibilité interspécifique au
dérangement, évaluée par la distance d’envol moyenne, varie considérable-
ment au sein même de la Petite-Mer de Gâvres, de 32 m pour le Bécasseau
variable
Calidris alpina
à 128 m pour le Courlis cendré
Numenius arquata
.
Ces distances sont spécifiques au site et il est nécessaire de la vérifier sur
chaque site devant faire l’objet d’une étude.
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Figure
11 : distance d’envol (± écart-type) de quelques espèces d’oiseaux en Petite-
Mer de Gâvres
Le principe du croisement des données humaines et ornithologiques
La démarche que nous proposons pour croiser les données humaines
et ornithologiques s’appuie sur les textes des directives européennes « Oi-
seaux » de 1979, actualisée en 2009 et « Habitats » de 1994. Si ces directives
n’ont pas vocation à réglementer directement les activités humaines, elles
constituent en revanche des textes législatifs qui font référence sur les sites
naturels Natura 2000 de France et d’Europe. Un de ces textes fondateurs
intéresse directement le dérangement de l’avifaune :
« Les États membres prennent les mesures appropriées pour éviter,
dans les zones de protection visées aux paragraphes 1 et 2, la détério-
ration des habitats naturels et des habitats d’espèces ainsi que les per-
turbations touchant les espèces pour lesquelles les zones ont été dési-
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gnées, pour autant que ces perturbations soient susceptibles d’avoir un
effet significatif eu égard aux objectifs de la présente directive » (art.
4 de la directive 79/409/CEE du Conseil, du 2 avril 1979, concernant
la conservation des oiseaux sauvages).
Un rapport émanant du ministère de l’Aménagement du territoire et
de l’Environnement (M
ATE
, 2000) indique que :
« tout évènement qui contribue à la réduction de la taille de l’habitat
des espèces dans le site peut être considéré comme une perturbation
significative » (M
ATE
, 2000). La France doit donc prendre « les me-
sures appropriées pour [les] éviter ».
La méthodologie proposée consiste donc à déterminer si, oui ou non,
les activités humaines présentes sur le site étudié contribuent à « la réduction
de la taille de l’habitat des espèces ». Grâce au système d’information géo-
graphique (S
IG
) qui a été préalablement mis en place, il s’agit de :
1. Cartographier et mesurer la superficie théorique du domaine vital
d’une espèce à un stade de marée « t ». Ramade (2002) définit le domaine
vital comme « l’ensemble des habitats dans lesquels se rencontre une espèce
animale donnée ». Dans la mesure où nous connaissons très exactement la
répartition spatio-temporelle des populations d’oiseaux sur les sites, cela
revient à considérer que nous connaissons, par déduction, la localisation du
domaine vital des populations qui exploitent le site en fonction du cycle de la
marée. Ainsi, nous sommes en mesure de calculer la surface des habitats
exploités à chaque stade de marée, de jour et en présence de la fréquentation
humaine actuelle.
2. Superposer les données humaines lors d’une journée représentative de
la fréquentation (beau temps, mauvais temps ; petits, forts coefficients ;
faible, forte fréquentation) et au même stade de marée. L’étude de fréquenta-
tion fournit les informations permettant d’identifier et de localiser très préci-
sément les activités humaines présentes sur les sites en fonction de diffé-
rentes journées-types. Rappelons d’ailleurs que ces informations sont tout
aussi précises que les données naturalistes dans la mesure où elles ont été
recueillies toutes les heures pendant des journées entières d’observation.
3. Appliquer autour de chaque activité humaine (promeneurs, pêcheurs,
cyclistes mais aussi chiens et autres), les distances de fuite relatives à
l’espèce d’oiseau étudiée. En créant ces zones-tampons (appelée «
buffer
zones
» en anglais), cela revient à déterminer l’aire de dérangement humain
sur l’ensemble du site pour l’espèce considérée. Dans le cadre de nos tra-
vaux, cette zone d’exclusion des oiseaux a été calculée en se basant sur les