ВУЗ: Не указан
Категория: Не указан
Дисциплина: Не указана
Добавлен: 20.01.2021
Просмотров: 12489
Скачиваний: 1

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
34
Les sédiments estuariens proviennent de trois origines : les apports
marins de la plate-forme continentale, les apports fluviatiles en provenance
du bassin-versant, et les berges mêmes de l’estuaire.
Les apports fluviaux et marins sont transportés et déposés différem-
ment par les processus estuariens. Les apports marins sont plus sableux,
souvent riches en débris calcaires biogènes, et cheminent essentiellement sur
le fond du chenal vers l’amont, par roulage et saltation, n’atteignant les
berges qu’à la faveur des remaniements liés aux fortes crues (construction de
levées naturelles). Les apports de sédiments fluviaux, au contraire, ont
presque partout connu des transformations importantes au cours du
XX
e
siècle (variation de la nature et du volume des apports sédimentaires,
liée aux changements de l’usage du sol dans les bassins-versants, ou réduc-
tion des débits de crue en liaison avec la construction de barrages). La frac-
tion fine vaseuse des sédiments estuariens a une origine ubiquiste (Pinot,
1998).
La sédimentation estuarienne se fait au niveau du bouchon vaseux
dans le fond des chenaux, mais aussi sur les parties hautes des berges par
décantation des particules fines. La décantation a lieu essentiellement durant
les étales de pleine mer, vers l’amont en période d’étiage, vers l’aval lors des
crues (Guilcher, 1954). Les relations entre la morphologie, la dynamique et
les faciès sédimentaires d’un estuaire s’inscrivent dans système très large,
allant de la partie amont du cours d’eau jusqu’au bord de la plate-forme con-
tinentale (Allen & Klingebiel, 1974).
On évoque fréquemment les notions de marée de salinité et de marée
dynamique, ces deux marées remontant parfois très loin dans les terres, mais
leur limite amont ne coïncide généralement pas.
Le chenal est la forme essentielle de l’estuaire. Il prend la suite du lit
mineur à l’amont, et part du calibre de ce lit. L’estuaire proprement dit
commence là où l’influence de la marée devient assez grande pour que la
section du chenal augmente (Pinot, 1998). La rencontre des systèmes fluvial
et marin est dictée par le rapport de force entre le débit du fleuve et le vo-
lume oscillant qui y pénètre à chaque marée.
Les formes héritées de la sédimentation estuarienne sont de deux
ordres :
- d’une part, à l’amont de l’estuaire, le chenal est bordé de levées constituées
de sédiments assez grossiers apportés par les fleuves lors des fortes crues,

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
35
tandis que sur la plaine inondable se décantent les matériaux fins. Vers
l’aval, l’importance relative du fleuve diminuant, les levées deviennent plus
étendues sur les rives convexes du chenal. Près de l’embouchure, les zones
marécageuses en cours de colmatage par des vases d’origine marine sont
colonisées par la végétation halophile.
- d’autre part, les fleuves au régime contrasté présentent des îles submer-
sibles lors des fortes crues. Ces îles sont constituées essentiellement de
sable, d’origine fluviale à l’amont et marine à l’aval, avec une fraction va-
seuse plus ou moins importante selon les lieux.
L’évolution des estuaires tend vers le colmatage progressif des zones
exondables. À l’amont, l’estuaire prend peu à peu des caractères de vallée
fluviale, le chenal se réduit, les levées latérales prennent de l’ampleur à
chaque forte crue, les prairies inondables sont exhaussées par alluvionne-
ment. On passe donc du remblaiement latéral et marginal de l’estuaire à un
remblaiement quasi généralisé de part et d’autre du chenal. À l’aval, la ré-
duction du volume d’eau oscillant permet à des bancs sableux de s’aligner en
travers de l’estuaire. Cet étranglement se produit lorsqu’il y a abondance de
matériaux grossiers apportés soit par le fleuve, soit par la dérive littorale.
La morphologie complexe et variable des estuaires traduit la ten-
dance inéluctable au remblaiement, modulée dans le temps par les variations
du niveau marin, les fluctuations climatiques, les changements de débit et de
régime du fleuve. La rencontre entre les deux milieux eaux douces/eaux
salées est une zone turbide oscillant entre l’amont et l’aval en fonction du
rapport entre le débit fluvial et le volume oscillant de la marée. La circula-
tion résiduelle estuarienne se traduit par un double gradient granulométrique,
avec passage des sédiments grossiers aux sédiments fins à la fois transversa-
lement depuis le chenal jusqu’aux parties hautes des berges et longitudina-
lement d’aval en amont.
Contexte botanique
Den Hartog (1959) a plus spécifiquement étudié les estuaires des
Pays-Bas, en particulier le devenir de la végétation algale de leurs berges
lorsque ceux-là sont barrés, modifiant par là-même le régime des marées en
deçà du barrage alors que le régime antérieur était le principe même de
l’organisation altitudinale de la végétation des berges. Quoique cet auteur
considère en première analyse que les limites entre les ceintures de végéta-
tion sont à déterminants surtout biologiques, il ne dénie pas qu’il existe une
relation serrée entre la situation de ces ceintures et les mouvements de la
marée. Cependant, les Balanes, Littorines et Laminaires, dans les parties

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
36
rendues saumâtres et même douces des estuaires, ne peuvent plus servir de
marques de reconnaissance des différentes ceintures. Dans ces estuaires pro-
tégés, où le facteur d’exposition aux vagues est secondaire, Den Hartog
(1959) considère que les niveaux hydrographiques dans l’estuaire corres-
pondent approximativement, dans leurs effets, aux niveaux marégraphiques
à l’extérieur des barrages, avec cependant un marnage plus réduit.
Comme pour les sédiments, un double gradient floristique,
transversal et longitudinal, s’observe notamment dans les parties aval et
médiane des estuaires (Beeftink, 1965 ; Wolff, 1973). Le premier gradient,
transversal, est classiquement un gradient d’inondation des berges du
fleuve ; le second, longitudinal, varie en fonction de la circulation des
masses d’eaux douce et salée, de leur mélange et de leur stratification. Ce
gradient longitudinal de salinité agit jusqu’à la limite de remontée de la
marée de salinité. Plus en amont, où persiste la marée dynamique, seul le
gradient transversal d’inondation influence la répartition des populations
végétales.
D’une manière schématique, la
figure
6 résume les modalités de pas-
sage de la végétation halophile du secteur aval, marin, d’un estuaire à la
végétation de caractère continental du fleuve ou de la rivière qui le précède
en amont. Il existe d’un secteur intermédiaire, mixohalin ou saumâtre, qui
assure la transition entre les deux précédents.

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
37
Figure
6 : modalités de passage entre végétations halophile et continentale en milieu
estuarien
La principale caractéristique écologique de cette interface eaux
douces–eaux salées découle du positionnement supralittoral des espaces
situés un peu au-dessus des hautes mers moyennes, niveau analogue à celui
des terrains relevant du lit majeur dans les hydrosystèmes continentaux. Les
limites amont des secteurs marin et intermédiaire, reconnues à partir des
gradients de salinité et de submersion, ne coïncident pas avec la répartition
des différents groupes écologiques caractéristiques des berges. Le phéno-
mène le plus important est la « submergence » de la végétation halophile et
halo-tolérante vers l’amont, cette dernière précédant la végétation à caractère
plus continental des berges. À l’inverse, la végétation continentale va avoir
tendance à se développer à des niveaux de plus en plus élevés vers l’aval

Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
38
(phénomène d’« émergence »), pour se cantonner finalement au voisinage
des sources ou des zones de décharge des nappes d’eau douce, le long des
rives où, pour les mêmes raisons, se cantonne la végétation « saumâtre »
dans le secteur aval de l’estuaire (
figure
6, coupes A et B).
En milieu estuarien, il n’existe pas de relais brutal intersecteur, mais
plutôt une disposition emboîtée des différentes végétations, ouverte vers
l’aval. Ainsi, dans le domaine supralittoral de l’estuaire, on observe non
seulement un gradient floristique longitudinal, mais aussi, au niveau des
zones de transition entre secteurs, un étagement hétérogène qui s’écarte de la
zonation fondamentale propre à chaque secteur.
Par ailleurs, vers la mer, l’espace situé en dessous des pleines mers
moyennes est de moins en moins colonisable par une végétation continue et
il présente les caractéristiques d’un habitat de « haute-slikke ». À niveau
équivalent vers l’amont, l’habitat analogue est le domaine d’une végétation
de grandes herbes (roselières et scirpaies) dont l’apparition signale le pas-
sage effectif du secteur intermédiaire au secteur amont de l’estuaire.
Marais maritimes et lagunes côtières
Organisation générale des estrans vaseux
Les marais maritimes ou marais salés se développent dans les fonds
de baie et les échancrures du rivage, abritées des houles, en arrière des
flèches sableuses dans les lagunes côtières et dans les estuaires, par
colmatage latéral. Deux zones sont classiquement distinguées dans les
marais maritimes : la
slikke
(encore dénommée localement
tidal flats
,
wadden
(au sens strict),
tanguaie
,
vasière
selon les régions), et le
schorre
(
salt marshes
,
herbus, mollières,
ou
pré-salé
).
L’habitat « schorre » désigne à la fois une couverture végétale
spécialisée (plantes halophiles) et le substrat sur lequel elle se développe.
Ces deux entités indissociables forment un ensemble original qui occupe la
frange supérieure de l’étage littoral. D’un point de vue écologique, il s’agit
d’un espace amphibie, pouvant alternativement, partiellement ou totalement,
selon les cycles de marée, être submergé ou émergé. L’étendue de cette
interface entre domaine terrestre et domaine marin est directement fonction
de la morphologie locale de l’estran et de l’amplitude du marnage.
Guilcher (1954) a clairement décrit les différents éléments
constitutifs de ces marais et distingue de bas en haut les éléments suivants :