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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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aussi marcher sur les itinéraires de randonnée et mesurer quelle proportion
d’oiseaux répond à la présence de l’observateur en se déplaçant ou en
changeant leur comportement (
e.g.
Bregnballe
et
al
., 2009b). On peut
également réaliser un dérangement de manière expérimentale (en passant la
bande sonore d’un bruit de visiteurs), et mesurer ensuite à l’aide de
balayages réguliers si les oiseaux s’éloignent, ainsi que combien de temps
est nécessaire pour qu’ils retrouvent une distribution et un comportement
correspondant à la situation pré-dérangement (Guillemain
et
al
., 2007b).
Prendre en compte le dérangement pour la gestion
Une fois les sources de dérangement principales identifiées,
différentes mesures de gestion peuvent être prises. Les sources de
dérangement les plus importantes ne sont pas forcément les plus fréquentes,
mais elles ont un impact plus important pour la survie et le succès de
reproduction futur des individus (Gill
et
al
., 2001 ; Blanc
et
al
., 2006). Ces
paramètres sont cependant toujours très difficiles à mesurer, en particulier
chez les espèces migratrices où les mesures de succès de reproduction ne
pourraient être obtenues, qu’à des milliers de kilomètres de distance. On
considére donc commodément que les sources de dérangement principales
sont celles entraînant à la fois les réponses les plus fréquentes, les plus
marquées (départ de la zone, interruption complète de l’activité en cours,
etc.) et potentiellement les plus dommageables pour les individus (prise de
risque vis-à-vis d’autres sources de mortalité, longue période nécessaire à la
reprise de l’activité initiale, etc.).
La mesure de gestion la plus fréquente, lorsque c’est possible, est
l’interdiction totale des activités humaines perturbatrices dans la zone
géographique en question. Une alternative plus souple est la mise en place de
zones tampon, par exemple
,
fermées au public, dont le rayon devra
correspondre au minimum à la distance de réaction (distance d’alerte à
laquelle les oiseaux commencent à être vigilants) de l’espèce la plus sensible
au dérangement, afin de fournir aux oiseaux un sanctuaire où ils seront à
l’abri (
e.g.
Fernandez-Juricic
et
al
., 2001 ; Rodgers & Schwikert, 2002).
Outre la chasse, déjà évoquée, la principale source de dérangement
en milieu naturel est souvent associée aux promeneurs, au bruit qu’ils font,
aux chiens qu’ils promènent, etc. Le gestionnaire veille donc à mettre en
place des infrastructures visant à les canaliser : sentiers clairement identifiés
que les visiteurs à suivre absolument (usage d’un platelage évitant souvent
que les personnes ne s’en écartent), haies de toutes sortes évitant que les
oiseaux ne distinguent les visiteurs, observatoires placés stratégiquement
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afin d’assurer la tranquillité des oiseaux et de satisfaire le souhait légitime
des visiteurs de profiter de la zone en question (
e.g.
Finney
et
al
., 2005).
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Les modèles comportementaux appliqués aux
oiseaux côtiers
Richard A. S
TILLMAN
& John D. G
OSS
-C
USTARD
(traduction
Patrick
T
RIPLET
)
Introduction
Les prédictions quantitatives nécessitent l’utilisation de méthodes
quantitatives et donc des modèles numériques. En écologie, les modèles vont
de l’analytique (par exemple, May, 1981) à des simulations complexes
(Grimm & Railsback, 2005). Généralement, les écologistes préfèrent les
modèles analytiques simples, mais, souvent, si un seul type de système est
appliqué, il perd une partie de son pouvoir prédictif, ce qui limite la portée
de leur application.
Les divergences entre des modèles analytiques simples et complexes
restent d’actualité en écologie appliquée. C’est particulièrement le cas pour
les écologistes intéressés par la prédiction des effets sur les oiseaux côtiers
(limicoles et canards) des activités humaines (pêche à pied, dérangements,
pertes d’habitats) qui pourraient diminuer leurs effectifs et compromettre
leur avenir (Goss-Custard & Stillman, 2008). Pour ces espèces, un important
effort de recherche a été mené au cours des quarante dernières années pour
développer une approche permettant d’élaborer des prédictions pertinentes.
Cette synthèse récapitule les recherches visant à prédire quantitati-
vement les effets des activités humaines affectant les zones alimentaires des
limicoles côtiers non reproducteurs et donc leur survie, ce qui doit permettre
aux gestionnaires d’espaces littoraux de disposer d’un outil de décision.
Le cadre de ce travail est fondé sur l’écologie des individus, qui pose
comme postulat que les populations ont les caractéristiques (taille, taux de
mortalité) qui résultent des décisions des individus, de leur comportement,
de leur physiologie et de leurs interactions (Grimm & Railsback, 2005). Le
lien entre les individus et les populations repose sur des modèles fondés sur
des individus (I
BM
s). Les simulations prennent en compte :
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- des individus différents au sein de la population,
- toute ou partie du cycle de vie d’un individu,
- des variations entre les individus de même âge,
- des interactions locales entre les individus,
- la dynamique des ressources utilisées (Grimm & Railsback, 2005).
Par ailleurs, les I
BM
s sont conçus autour de deux concepts,
l’émergence et la réussite (
fitness
) (Railsback, 2001). Selon le concept
d’émergence, le comportement d’un individu n’est pas imposé par des règles
empiriques (par exemple, une nécessité de voler 10 kilomètres vers le nord
quand certaines circonstances l’imposent), mais provient de décisions indi-
viduelles fondées sur le principe de maximiser la réussite individuelle (par
exemple, maximiser le rythme net d’absorption d’énergie pendant la phase
alimentaire) (Grimm & Railsback, 2005).
De plus, selon le concept de réussite, il est supposé que la sélection
naturelle a conduit à sélectionner un comportement qui maximalise la réus-
site individuelle (Grimm & Railsback, 2005). Les modèles doivent être ca-
pables de mettre en évidence les réponses à des changements de
l’environnement comme le font les animaux réels qui utilisent des règles
identiques de décision qui maximalisent la réussite individuelle.
L’avantage des modèles, par rapport aux approches traditionnelles,
est qu’ils nécessitent moins de données historiques et que la base concep-
tuelle de la prédiction – la maximalisation de la réussite – est plus à même de
donner des résultats dans le cas de nouveaux environnements (par exemple,
Goss-Custard, 1993 ; Goss-Custard
et al.
, 1995a
;
1997 ; Stillman
et al.
,
2000c). Des modèles similaires ont permis de prédire la taille des effectifs de
poissons à partir de leur comportement et de leur physiologie (Huse
et
al.
,
1999 ; Railsback, 2001 ; Railsback & Harvey, 2002 ; Railsback
et al.
, 2002 ;
Strand
et
al
., 2002).
Ce que les modèles adaptés aux oiseaux côtiers doivent permettre de
prédire
La taille de la population et les taux démographiques
Prenons un exemple concret : « est-ce que l’extension d’un quai, sur
une zone alimentaire intertidale, va affecter les oiseaux ? ». Trivialement, on
pourrait dire que les oiseaux qui se nourrissent là n’auront qu’à se déplacer.
Mais un changement de zone d’alimentation n’implique pas nécessairement
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un effet qui a une portée réelle dans un sens biologique significatif. La direc-
tive oiseaux fonde les objectifs de conservation des oiseaux sur la création
de zones de protection spéciale (Z
PS
). Selon la directive, le maintien d’une
population pour laquelle le site a été désigné en Z
PS
est un critère pour dé-
terminer si la conservation du site sera affectée par le projet (English Nature,
1999). Il est ajouté que le projet ne doit ni augmenter le taux de mortalité, ni
diminuer le taux de reproduction, c’est-à-dire modifier les deux éléments qui
déterminent la taille de la population (
figure
21). Ceci signifie que de petits
changements affectant l’environnement, tels que des pertes légères d’habitats
ou des augmentations mesurées des dérangements sont autorisées dès lors
qu’elles n’ont pas un effet significatif sur les populations.
Figure
21 : comment les taux de mortalité et de reproduction interagissent pour
déterminer l’équilibre de la taille de la population
L’axe vertical montre les taux de reproduction et de mortalité
per capita
(par
exemple, le nombre de jeunes par adulte survivant jusqu’à l’âge adulte par unité de
temps et la probabilité de mourir pour un adulte par unité de temps). L’équilibre de
la population est atteint quand les taux de mortalité et de reproduction sont égaux.
Dans cet exemple, les taux de mortalité et de reproduction sont considérés comme
étant densité dépendants (le taux de reproduction diminue et le taux de mortalité
augmente avec la taille de la population).
Une autre façon de s’exprimer est de dire que le projet ne doit pas
affecter la réussite moyenne des oiseaux, c’est-à-dire les taux de mortalité et