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Добавлен: 19.01.2021
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Sans doute les chimistes, persuades de la solidite de leur theorie et desirant, sous ce point de vue, de la faire adopter, ont bien fait de s'emparer, en France, de toutes les voies d'instruction ; de se liguer, de prendre un ascendant sur les auteurs de tous les ecrits periodiques, de preconiser partout les etrangers qui ecrivaient dans leur sens, d'obstruer toutes les routes pour ceux qui voient d'une autre maniere, de garder un profond silence sur les grandes considerations que j'ai presentees dans mes ouvrages pour l'etablissement d'une theorie fondee sur d'autres principes ; enfin de ne laisser nulle part aucune discussion sur ce sujet ; si elle efit ete une fois ouverte, je pense qu'elle efit pu attire l'attention generale des savans, et il n'y a point de doute, dans ce cas, que celle des deux theories qui a le moins de fondement, n'efit ete a la fin reconnue pour telle.
Quelle peut donc etre la cause qui rend les interets des chimistes et les miens si opposes a cet egard ? J'ai desire et j'ai provoque partout l'examen authentique des considerations nouvelles que je suis parvenu a decouvrir ; partout les chimistes ont mis le plus grand soin a eviter cet examen et toute discussion ecrite sur ce sujet. Je m'en rapporte au lecteur sur la consequence qu'il convient de tirer de ces conduites si differentes.
Relativement aux analyses, par le moyen desquelles les chimistes trouvent dans la nature tant de substances nouvelles, je ma bornerai a la remarque suivante.
Que fait-on lorsqu'on emploie l'analyse chimique pour reconnaitre une matiere minerale que l'on rencontre ?
Tantot, apres l'avoir pulverisee ou divisee autant qu'il est possible, on la soumet au feu dans des creusets, soit seule, soit avec des melanges de potasse, ou de soude, ou de borax, ou d'autre matiere composee, pour en operer la fusion ou en obtenir par digestion quelque combinaison particuliere et tantot on la fait dissoudre dans differens menstrues alterans, tels que les acides, de l'alkool, etc. qui en dissolvent, soit la totalite, soit des portions particulieres. On precipite les parties dissoutes ou les nouveaux composes qu'on prend pour elles, en melant a la dissolution d'autres matieres encore alterantes. On lave et l'on fait secher les produits, soit pour en examiner la nature, soit pour les faire de nouveau dissoudre dans d'autres menstrues. Enfin, on distille les matieres dissoutes ou les melanges, etc. ou bien l'on calcine, l'on torrefie ou l'on altere les produits d'une autre maniere, selon les vues que l'on se propose encore. Le choix, le nombre et l'ordre de ces operations dependent du besoin que l'operateur croit en avoir, et il emploie ces sorte d'operations, non-seulement sur la matiere qu'il veut analyser, mais encore sur ces produits, qu'il y soumet separement. Lorsqu'il croit avoir multiplie suffisamment les operations de cette nature, alors il prononce sur les resultats obtenus et sur la composition de la matiere qu'il a analysee.
De meme, lorsqu'on opere un calcul avec des sommes qui ne sont pas les memes que celles dont on a fait usage dans une autre operation semblable, les resultats des deux operations doivent etre necessairement differens quelles consequences peut-on tirer de ces diverses operations alterantes dans lesquelles on detruit des combinaisons et on en forme d'autres ; dans lesquelles les agens qu'on emploie, dissipent des principes qu'on ne saurait retenir, et fournissent les leurs ou une portion des leurs aux differentes sortes de residus ou de produits qu'on obtient ?
Croit-on reellement parvenir par cette voie, a connaitre l'etat de la combinaison de la matiere, examiner le nombre et les veritables proportions de ses elemens constitutifs ? Oui sans doute, me dira-on ; cette voie peut faire parfaitement connaitre ce qu'etait la substance dont il s'agit tout la monde le croit, chacun en est persuade.
Eh ! dans ce cas, je suis seul qui ne le croit point ?
CONCLUSION DE CE CHAPITRE.
Par tout ce qui a ete expose dans ce chapitre, l'on voit que l'influence des corps vivans sur les matieres qui se trouvent a la surface du globe terrestre et qui compose sa crofite externe, est bien considerable, puisque ces etres, infiniment diversifies et multiplies, et dont les generations se succedent connuellement, recouvrent de leurs depouilles successivement entassees et toujours renouvelees, toutes les parties de la surface du globe sur lesquelles ils habitent.
On sentira plus encore combien cette influence est grande, si l'on considere que les detritus des corps vivans et de leurs productions se consument sans cesse, se deforment et cessent a la fin d'etre reconnaissables. Que les eaux pluviales qui mouillent, qui s'imbibent, qui lavent et qui filtrent, detachent de ces detritus de corps vivans des molecules integrantes de diverses sortes, favorisent les alterations qu'elles subissent alors dans leur nature, les entrainent, les charient et les deposent dans l'etat ou elles sont parvenues.
Il en resulte necessairement que les matieres composees minerales de tous les genres et de toutes les sortes qui composent la crofite externe du globe terrestre, qu'on y voit par amas isoles, par filon, par couches paralleles, etc. et qui y forment des plaines, des coteaux, des vallons et des montagnes, sont exclusivement le produit des animaux et des vegetaux qui ont vecu sur ces parties de la surface du globe.
On sait que dans une vaste etendue de pays, comme dans les desert de l'Afrique, ou le sol, depuis bien des siecles, se trouve a nu, sans vegetaux ni animaux quelconques qui y sejournent, en vain y chercherait-on autre chose que des matieres presque purement vitreuses : le regne mineral s’y trouve sans diversite d’objets, et reduit presqu’a des matieres quartzeuses plus ou moins pures.
Le contraire a lieu dans tout pays couvert depuis long-tems de vegetaux abondans et d’animaux divers. Le sol y offre a l’exterieur une terre vegetale ou vegeto-animale, epaisse, succulente, fertile, recouvrant ?a et la des matieres minerales de toutes les sortes, tantot salines, bitumineuses, sulfureuses, pyriteuses, metalliques, et tantot pierreuses, etc. etc.
A mesure que l’on decouvre un pays charge d’abondans vegetaux, ce qu’on appelle le defricher, et qu’on met a bas les forets, les arbres et les arbustes de tout genre, pour y cultiver sur un sol mis a nu, des vegetaux bas et herbaces utiles a l’homme, on sait que ce sol qu’on trouve d’abord tres-fertile, s’appauvrit alors insensiblement, devient graduellement sterile, et que ses parties se transforment petit a petit en matieres siliceuses, si on n’y supplee, c’est-a-dire, si l’on n’arrete cette sterilite croissante par des engrais abondans, qui ne sont que les debris plus ou moins consumes des matieres produites par les corps vivans.
J’ai etabli depuis long-tems cette theorie, c’est-a- dire, toute celle que comprend ce quatrieme chapitre (1) et j’en ai donne des developpemens suffisants dans mes Mem. de Phys. etc. Neanmoins, on a fait comme si on ne la connaissait pas, et comme si l’on n’y avait aucun egard ; et cependant on s’en empare petit a petit dans plusieurs de ses details. J’en vois paraitre des developpemens importants dans differens cours, dans des Memoires et dans d’autres ouvrages qui se publient chaque jour, sans que les auteurs veuillent reconnaitre la veritable source de ces connaissances (2).
Afin de juger, et avec toute la rigueur convenable, et a la fois avec justice, les considerations presentees dans le quatrieme chapitre, je recommande a ceux de mes lecteurs qui sont capables de s’affranchir de preventions re?ues, d’etudier a fond, dans les trois premiers Memoires de mon ouvrage intitule Memoires de Physique et d’Histoire naturelle, la theorie des molecules integrantes des composes, que je nommais alors molecules essentielles.
celle qui existe et qui se renouvelle continuellement dans la Nature. On oublie d’ailleurs que ce n’est pas a celui qui enonce une verite qu’il entrevoie, qu’on doit en rapporter la connaissance, mais a celui qui la demontre ou la met en evidence.
On ne sera sfirement pas long-tems a se rendre a la meme evidence, qui atteste que toutes les matieres argileuses proviennent originairement des vegetaux, et qu’ensuite diversement modifiees par des acides, elles prennent plus ou moins de liant, d’aprete, etc. etc.
Cette theorie, qui m’appartient entierement, fait connaitre pourquoi chaque sorte de molecule integrante, susceptible de former une masse solide par son agregation avec d’autres semblables, a constamment une forme invariable tant qu’elle conserve sa nature.
Sans cette connaissance on ne peut etre veritablement mineralogiste : elle est d’ailleurs necessaire pour l’intelligence complete de la belle theorie de la cristallisation decouverte par le citoyen Hauy.
Nota. Les bases de cet ecrit ont ete d’abord redigees sous la forme d’un Memoire qui fut lu a l’Institut national le 21 pluviose an 7, et qui etait intitule :
Sur les fossiles et l’influence du mouvement des eaux, consideres comme indices du deplacement continuel du bassin des mers, et de son transport sur differens points de la surface du globe.
Ce qui fait le sujet du quatrieme chapitre n’y etait pas compris, parce que j’en avais deja publie l’essentiel dans mes Memoires de Physique et d’Histoire naturelle.
Que de citations j’eusse pu faire, et quelle etendue j’eusse pu donner au developpement des considerations qui font le sujet de ce petit ouvrage, si j’eusse voulu prendre la peine de detailler mes propres observations, et de rechercher, dans tous les ouvrages publies sur cette matiere, la citation des faits recueillis, qui ont aussi contribue a fixer mes idees sur cet objet ; enfin, si j’eusse voulu y sacrifier le tems que ces recherches exigeaient ! Mais cela ne m’a point paru necessaire, parce que ceux de mes lecteurs qui sont susceptibles de prendre interet a ces grandes considerations, connaissent sans doute aussi tres-bien tout ce qui a ete observe a cet egard, et cela suffit.
J’ajouterai seulement ici quelques observations particulieres et quelques citations importantes, auxquelles je crois convenable de donner attention pour juger les propositions que j’ai etablies.
Quant a l’elevation graduelle des parties decouvertes du globe, c’est-a-dire, de celles qui ne sont point enfoncees sous les eaux, elevation dont j’ai parle (p. 17 et 18), et dont j’ai assigne la cause, elle est attestee par un grand nombre d’observations diverses bien connues ; et quoiqu’elle soit variable comme l’intensite de la cause qui y donne lieu, on peut, sans grande erreur, evaluer son terme moyen a 324 millimetres (1 pied) par siecle.
En effet, malgre les degradations causees par les mouvements des eaux douces, qui detachent, excavent et entrainent vers les lieux bas et a la fin dans la mer, tout ce que ces eaux peuvent rouler ou charier ; neanmoins, non-seulement le sol des plaines ne cesse point de s’exhausser tant qu’il est couvert de corps vivans, mais celui meme des vallees s’eleve aussi continuellement, parce qu’outre les matieres qui peuvent etre entrainees par les eaux, le sol des vallees est ordinairement plus abondamment recouvert de corps vivans que celui des plaines. On a vu le sol d’une vallee s’elever d’un pied dans l’espace de onze ans.
Le lit meme des rivieres et des fleuves n’est point a l’abri de l’exhaussement graduel dont il est question, tant que le cours des eaux n’a point atteint un certain terme de rapidite, parce que la quantite des matieres qu’il re?oit des pays eleves, l’emporte alors sur celle des depots que les eaux transportent a la mer : cela change insensiblement a mesure que le sol de certaines parties des continents deviant beaucoup eleve au dessus du niveau des eaux marines.
Les physiciens geologistes ont trop neglige de considerer la multitude d’observations qu’on fait de toutes parts presque journellement, et qui attestent l’elevation graduelle du sol qui n’est plus recouvert par les eaux.
Au moment ou j’ecris cette addition, voici ce que je trouve dans le Moniteur, feuille de ce jour, n°. 92, le 2 nivose an 10.
“ Des antiquites precieuses viennent d’etre trouvees a Newied. Pres de cette ville on a decouvert, sous une terre cultivee, les ruines d’une ville romaine avec un fort : ce dernier, d’une figure rectangulaire, a 631 pieds de largeur et 840 pieds de longueur, entoure d’un mur de 5 pieds d’epaisseur, avec des tours de defense. On a aussi trouve plusieurs maisons, un palais, un petit temple, etc. Les monnaies, les bustes, etc. trouves dans la fouille, ont ete en cabinet par la princesse de Newied.
Tout pres du Rhin on a decouvert les restes d’une route romaine ; ce qui prouve qu’alors le Rhin n’etait pas aussi large qu’a present. A une lieue de Newied, on voit les restes d’un pont, et tous les environs sont couverts de murs, tout sous terre. ”
Que de faits semblables sont consignes, mais epars, dans differens ouvrages, et qui s’y trouvent comme perdus par defaut d’application ! Que d’objets encore tres-reconnaissables ont ete trouves dans des fouilles a des profondeurs meme considerables, et qui constatent l’elevation continuelle du sol dans ces differens lieux !
On ignore jusqu’ou l’elevation d’un sol non degrade par les eaux peut atteindre, dans l’intervalle du tems ou la mer le laisse a nu, jusqu’a celui de son retour et de son envahissement, parce qu’on ignore la quantite de tems qu’il faut a la mer pour completer une revolution autour du globe.
Je n’ai pas le tems de m’occuper serieusement de cette recherche ; mais je sens, d’apres un simple aper5u, qu’en prenant pour base l’observation qui nous apprend que la mer, dans les contrees boreales du globe, baisse de quatre pieds par siecle, et en supposant les rivages de la mer en plans inclines, on peut determiner a peu pres le tems que les eaux marines, dans leurs retraites, emploient a s’eloigner d’une quantite determinee, et l’epoque presque infiniment reculee ou elles reviendront submerger ce lieu.
Il faut remarquer qu’il n’est pas necessaire que les 18 millions de toises qui mesurent toute la circonference du globe, soient parcourues par les mers, pendant le cours de leurs deplacements, pour qu’elle reviennent envahir le point qu’elles avaient laisse a nu, parce que l’espace que les mers occupent a la surface du globe, est beaucoup plus grand que celui qui est occupe par les terres decouvertes, et qu’a mesure que la mer abandonne un lieu, son autre bord a beaucoup moins d’espace a parcourir pour venir de nouveau le submerger.
Neanmoins ce qui reste a parcourir a l’autre bord de la mer, pour atteindre et envahir de nouveau le pays que les eaux marines avaient laisse a nu, est encore extremement considerable. Il est en effet question encore de quelques millions de toises que la mer est obligee de parcourir dans ses deplacemens, pour operer le nouvel envahissement dont il s’agit.
Que l’on juge donc de l’enorme longueur de tems et des milliers de siecles qu’il faut pour qu’un pays laisse a nu par les eaux marines, soit de nouveau submerge ou envahi par elles, si l’on suppose qu’elles ne parcourent dans leur retraite que quelques toises par siecle.
Les points equinoxiaux (et consequemment les saisons) font une revolution complete dans le zodiaque, dans le cours d’environ vingt-cinq mille ans. Or, il est evident qu’ils peuvent faire un tres-grand nombre de ces revolutions, avant qu’un pays laisse a nu par les eaux marines, soit derechef envahi par ces eaux.
Les choses etant ainsi, toute terre bien couverte de corps vivans, s’exhaussant d’un pied par siecle, aura donc le tems d’elever son sol a une enorme hauteur , avant que les eaux marines viennent le detruire et le submerger.
Cependant, outre cette cause qui, comme je l’ai dit, a pu fournir aux influences des mouvemens aux eaux douces, les masses propres a y tailler des montagnes, il en existe une autre a laquelle je crois pouvoir attribuer un plus grand effet dans ce genre, qui me parait avoir donne lieu aux plus hautes montagnes non volcaniques que nous connaissons, et sur laquelle j’appelle fortement l’attention des philosophes qui cherchent a connaitre la marche de la Nature ainsi que les grands moyens qu’elle a a sa disposition. La voici :
Par suite de plusieurs genres d’observations, j’ai parle (p. 52 et 53) du deplacement des points polaires, et j’ai cite le rapprochement reel de celui qu’on nomme boreal, de l’Europe que nous habitons.
La plus grande vraisemblance m’indique qu’une revolution complete des points polaires doit suivre entierement la revolution du deplacement du bassin des mers, et consequemment s’executer avec une lenteur tout aussi considerable, c’est-a-dire, exiger des millions de siecles pour s’operer.
Dans cet etat des choses, je pense que le deplacement des aplatissements polaires et des elevations equatoriales, non-seulement suivra le deplacement des deux points de rotation du globe, mais que le changement qu’il entrainera dans la forme externe de ce globe, pourra veritablement s’effectuer sans qu’il soit necessaire que les matieres qui forment la masse generale du globe, soient liquides.
On a juge cette condition (la liquidite) necessaire, parce que l’on a suppose que la forme sphero'ide du globe terrestre avait ete acquise dans un espace de tems fort court. Mais comme il y a lieu de croire que cette forme n’a eu lieu qu’a l’aide d’un tems dont la longueur est presqu’incalculable, les deplacemens des parties protuberantes et des cotes deprimes peuvent aussi, a l’aide de beaucoup de tems, s’operer avec ceux de la direction de la cause qui occasionne ces depressions et protuberances.
Cela est d’autant plus possible, qu’il est evident pour moi que le globe terrestre n’est point du tout un corps entierement et vraiment solide, mais que c’est une reunion de corps plus ou moins solides, depla?ables dans leur masse ou dans leurs parties, et parmi lesquels il s’en trouve un grand nombre qui subissent des changements continuels dans leur etat.
Voyons maintenant s’il n’existe point de monumens qui constatent le deplacement des points polaires et la direction de ce deplacement.
S’il est vrai que la direction des deplacements du point polaire boreal le rapproche insensiblement de l’Europe, il en doit resulter que la zone torride s’en eloigne proportionnellement et progressivement, que de nouvelles elevations equatoriales se forment petit a petit dans les nouvelles zones torrides, et que les anciennes, qui vont en se detruisant insensiblement, doivent montrer leurs restes plutot dans l’hemisphere boreal, que dans l’hemisphere oppose.
Or, il suffit d’examiner l’etat actuel de notre globe, pour se convaincre que les plus hautes montagnes, qui ne sont point sous l’equateur, sont toutes ou presque toutes placees dans l’hemisphere boreal, et pour reconnaitre que ces hautes montagnes sont des restes d’anciennes elevations equatoriales que les eaux douces, depuis une multitude enorme de siecles, sont en train de tailler et d’abaisser progressivement.
En Afrique, les montagnes de la Lune et le Mont- Atlas ; en Asie, le Mont-Taurus, le Mont-Caucase, les montagnes du Japon ; enfin en Europe, les Alpes, les Pyrenees, etc., sont des monumens qui attestent les restes d’anciennes elevations equatoriales ; mais a mesure qu’on s’approche du pole boreal, ces restes disparaissent insensiblement, et tous les corps eprouvent l’influence de la cause qui produit l’aplatissement polaire.
Dans l’autre hemisphere, et surtout hors de la zone torride, les montagnes y sont en general d’un ordre tres-inferieur ; elles me paraissent etre, ou produites par des volcans, ou les restes d’anciennes elevations du sol par cumulations successives des detritus des corps vivans, degradees et taillees par les eaux douces.
A cette explication des faits que je viens d’indiquer, et dont on ne tirait aucun parti pour le perfectionnement de la theorie de la terre, j’ajoute la remarque suivante, qui sert a lier toutes les parties de la theorie et a en etablir le fondement.
Dans la zone torride, qui comprend la principale protuberance equatoriale, cette protuberance est veritablement generale, et elle existe pour les eaux marines comme pour les terres decouvertes, quoique celles-ci predominent. Or, c’est sans doute dans les mers de cette zone protuberante, que celles des chaines granitiques qui se trouvent dans nos plus hautes montagnes, se seront formees : de grands fleuves places dans cette zone ont suffi pour y donner lieu.
Apres la retraite des eaux marines, ces chaines granitiques se seront trouvees encaissees dans le limon, et peu a peu ensevelies totalement dans la masse du sol qui se sera eleve autour et au-dessus d’elles.
Par la suite des tems le deplacement des points ou la cause de la protuberance equatoriale agit principalement, en aura forme une nouvelle, et aura cesse de maintenir l’ancienne ; en sorte qu’alors toutes les causes physiques de degradation et de destruction auront insensiblement entame et abaisse cette ancienne elevation equatoriale. Mais les roches quartzeuses et les roches granitiques encaissees, resistant plus que les autres parties du sol, auront forme, par la suite, les saillies qui constituent maintenant ce que les geologistes nomment des montagnes primitives. Ces saillies neanmoins ne sont que les restes d’anciennes elevations equatoriales, ou de roches encaissees dans ces elevation.
Parmi les observations qui constatent que la mer, depla?antcontinuellement son bassin, a sejourne sur tous les points de la surface du globe, je citerai celles que le citoyen POIRET a exposees dans deux Memoires sur la tourbe pyriteuse du departement de l’Aisne, qui se trouve maintenant enfonce d’environ 12 pieds (4 metres) sous des couches de terre vegetale, de marne et d’argile.
Ces observations attestent que la tourbe pyriteuse dont il s’agit, et dans laquelle on rencontre une couche de coquilles fluviatiles encore tres-reconnaissables, est recouverte par des couches remplies de coquilles marines tres-abondantes et diverses.
Cette tourbe, qui s’est formee dans ce lieu alors marecageux et plus bas qu’il ne l’est maintenant, est donc anterieure au passage de la mer dans cette contree.
En vain a-t-on voulu infirmer cette consequence : comme ce fait coincide avec une infinite d’autres qui pareillement l’entrainent, il n’est plus possible de la repousser avec fondement.
Si la France, surtout la France occidentale et boreale, n’a pas son sol fort eleve au-dessus du niveau de la mer, c’est parce que ce sol n’est pas encore tres-ancien, et qu’il est du nombre de ceux que la mer a laisses a decouvert depuis quelques milliers d’annees : aussi ces regions de la France abondent-elles en coquilles marines fossiles.
Qui osera nier qu’avant que la mer n’ait recouvert ces contrees, il n’y ait eu dans ces memes pays, des animaux, des vegetaux ; en un mot, un ordre de choses semblable a celui que nous voyons maintenant, si l’on fait attention a l’observation suivante.
“ Aupres de Bruges, en Flandres, en fouillant a 40 ou 50 pieds de profondeur, on trouve une tres-grande quantite d’arbres aussi pres les uns des autres que dans une foret ; les troncs, les rameaux et les feuilles sont si bien conserves, qu’on distingue aisement les differentes especes d’arbres. Il y a cinq cents ans que cette terre, ou l’on trouve des arbres, etait une mer, et avant ce tems-la on n’a point de memoire ni de tradition que jamais cette terre efit existe ; cependant il est necessaire que cela ait ete ainsi dans le tems que ces arbres ont crfi et vegete : ainsi le terrain qui, dans les tems les plus recules, etait une terre ferme couverte de bois, a ete ensuite couvert par les eaux de la mer, qui y ont amene 40 ou 50 pieds d’epaisseur de terre, et ensuite ces eaux se sont retirees.
Partout les amas de bois fossiles qu’on trouve ensevelis dans la terre, les couches enormes et souterraines de charbon de terre qu’on rencontre en differens pays, sont des temoignages d’anciens envahissemens du lieu par la mer, qui alors a trouve le pays couvert de forets ; elle les a culbutees, enterrees dans des depots de limon, et par la suite des tems elle s’est retiree.
Je n’ajouterai rien sur cet objet, renvoyant le lecteur a une multitude d’ouvrages, dans lesquels on a consigne quantite de fait analogues a ceux que je viens de citer, et qui tous confirment le deplacement du bassin des mers.
Pour completer ce que j’ai dit dans le chapitre IV, p. 101 et suiv. Des decompositions spontanees auxquelles on donne le nom de fermentations, et dont j’ai d’ailleurs explique suffisamment les causes, j’ajouterai ce qui suit :
Les chimistes, qui n’ont su s’affranchir des prejuges anciens sur les fermentations, se donnent maintenant beaucoup de peine pour decouvrir quelles sont, dans les matieres animales et vegetales, celles qui servent de ferment pour faire fermenter les autres.
Pour y parvenir, il est, avant tout, necessaire de rechercher ce que peut etre un ferment, et surtout quel est son mode d’agir.
Cette recherche menerait infailliblement a reconnaitre qu’un ferment n’est autre chose qu’une matiere dont les principes sont si imparfaitement combines entr’eux, que la portion de feu fixe que contient cette matiere, est sur le point d’operer son degagement plus ou moins complet ; ce qui lui donne des qualites salines, et le rend alors un puissant alterant, c’est-a-dire, un provocateur puissant de la decomposition de beaucoup d’autres matieres lorsqu’elles sont en contact avec lui.
Voila pourquoi toute matiere animale ou vegetale qui a commence a fermenter, devient elle-meme un ferment pour les autres.