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Добавлен: 19.01.2021
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Rappelons-nous que parmi la multitude de considerations qui se presentent a nous dans l'etude de la Nature, il y en a de differens degres d'importance ; qu'aucune sans doute ne doit etre negligee, mais qu'il y a des proportions a garder en s'appesantissant sur chacune d'elles, sans quoi le but sera manque.
Ce precepte une fois pose, voyons, dans l’objet que nous avons en vue, ce qui resulte a la surface du globe, de l'existence des corps vivans qui s'y trouvent.
La crofite exterieure du globe terrestre, dans une epaisseur indeterminee, offre presque partout des matieres brutes diverses, plus ou moins composees, et qu'on nomme minerales ; elles sont entassees les unes sur les autres, ou entremelees, ou enfouies dans l'epaisseur de cette crofite, et toutes ensemble paraissent la constituer principalement. On peut, sans determination positive, attribuer a cette crofite une epaisseur de l’etendue de 3 a 4 lieues.
Les matieres brutes et minerales dont je viens de parler, sont les terres et les pierres composees de diverses sortes, les differentes roches, les matieres metalliques en differens etats, les matieres salines minerales, soit par masses particulieres, soit combinees avec d’autres substances ; les matieres sulfureuses, les bitumes divers et toutes les sortes de fossiles, c'est-a- dire, les depouilles encore reconnaissables des corps qui ont ete vivans.
Il est certain que la crofite exterieure du globe terrestre, maniee et remaniee sans cesse par les eaux de toutes les sortes depuis que ce globe existe, par les deplacemens et les passages alternatifs du bassin des mers, par les depots continuels et de tous les genres que les corps vivans ont formes sur ses parties nues ; enfin, par les alterations, les soulevemens, les amoncelemens, les affaissemens et les excavations que les volcans et les tremblemens de terre ont produits dans son epaisseur ; il est certain, dis-je, que par suite de ces differentes causes, la crofite exterieure du globe terrestre a dfi subir des changemens dans son etat et dans la nature de ses parties, qui n'eussent jamais eu lieu sans elles.
Mais parmi toutes ces causes influentes, il parait qu'il en existe une plus importante a considerer que les autres, par la nature tresparticuliere de ses effets : je veux parler de celle qui donne lieu a l’existence continuelle des matieres composees qui forment la tres-grande partie de la crofite externe du globe.
Les matieres composees qu'on trouve a la surface et dans l'epaisseur de la crofae externe du globe sont-elles le resultat d'une tendance naturelle des elemens a former des combinaisons ?
Il est si general de croire que les elemens des corps ont une tendance naturelle a former des combinaisons, que personne jusqu'a present n'a pense qu'on pfit raisonnablement mettre en question le fondement d'une opinion qui n'a jamais excite le moindre doute. Je dois dire cependant que cette confiance accordee depuis si long-tems a cette opinion vulgaire, n'a dfi sa conservation, jusqu'a ce jour, qu'a la negligence, ou ce qui revient au meme, qu'a la legerete qu'on a constamment apportee dans l'examen de la marche de la Nature et des faits qu'elle ne cesse de nous offrir de toutes parts.
Quand j'observe avec attention tout ce qui a lieu a cet egard, je vois que toute matiere composee quelconque, soumise au pouvoir de la Nature, c'est-a-dire, a l’action de ses agens provocateurs de toute destruction de combinaison, subit, quoique avec plus ou moins de promptitude, selon son espece et les circonstances de sa situation, une alteration soutenue et croissante, qui change, et l'etat de combinaison, et les proportions des principes de cette matiere, jusqu’a ce qu’enfin ses elemens constitutifs en soient tous separes.
Le tems detruit tout, dit le vulgaire ; rien ne resiste a ses injures.
Ce fait, que chacun aper5oit sans cesse et presque toujours sans y reflechir, puisqu'il attribue au tems, qui n'est rien par lui-meme, ce qui appartient a une cause generale qu'il n'a su reconnaitre ; ce fait, dis-je, consiste reellement en ce que toute matiere composee va sans cesse en se detruisant, c’est-a-dire, en changeant d'etat et de nature ; car elle subit en effet une multitude d'alterations qui changent successivement les proportions de ses principes et leur etat de combinaison,
Un regard jete avec attention sur ce qui se passe continuellement sur notre globe et sous nos yeux, suffira pour mettre cette verite dans son plus grand jour, et pour faire apercevoir que les principes de tout compose quelconque ont une tendance a se degager de l'etat de combinaison ; tendance qui provient de ce que ces principes sont alors dans un etat de gene, de contrainte, et de ce que la plupart y sont tellement modifies, qu'ils ne jouissent plus de leurs facultes naturelles.
On remarque en effet que tout corps compose qui ne contient plus en lui cette cause puissante qui a la faculte de former des combinaisons, et dont je parlerai tout a l’heure, va sans cesse en se detruisant, tantot par sa propre essence, c'est-a-dire, par la tendance de ses elemens constitutifs au degagement, et tantot a l'aide de quelque provocation exterieure.
Ainsi
la substance des animaux morts et celle des vegetaux qui ont perdu la
vie, sont alors livrees a une destruction continuelle, qui s'acheve
plus ou moins promptement, selon les circonstances et la nature des
matieres, mais qui est toujours inevitable.
La surface entiere du globe, le sein des eaux et toute l'atmosphere sont le vaste champ ou la Nature travaille sans relache a detruire toute substance composee, que la puissance singuliere qui me reste a faire connaitre ne defend pas ou cesse de maintenir.
La destruction dont il s'agit ne s'opere jamais, dans un instant, par le degagement complet de tous les principes devenus libres a la fois ; mais elle s'effectue au contraire par des alterations successives et variees, selon les circonstances, qui changent continuellement les proportions des principes qui restent combines, ainsi que leur etat de combinaison. Il en resulte une suite de residus et de produits differens, graduellement moins compliques et moins surcharges de principes dans leur composition ou leur nature, et qui tous neanmoins sont toujours assujettis a la meme loi de destruction.
La fermentation seule qui s'opere dans les substances composees, molasses ou fluides, est une preuve sans replique que la matiere qui, par les lois de l'attraction, a une tendance reconnue pour s'agreger et former des masses, n'en a aucune pour former des combinaisons. Et en effet, la fermentation n'aurait jamais lieu si les facultes propres de chaque principe combine ne lui donnaient une tendance contraire, c'est-a-dire, une tendance au degagement. Voyez mes Mem. de Phys. et d'Hist. nat. pag. 88 et suiv.
Tel est l’ordre reel de la Nature : toute matiere composee subit des alterations successives jusqu'a sa destruction totale. Elle les subit quelquefois par les propres forces de ses principes, comme lorsque leur combinaison est peu intime ; mais plus souvent elle y arrive par les suites du contact des provocateurs externes, qui sont le calorique, l’eau et les matieres salines.
A la verite, dans le cours de ces mutations, qui menent insensiblement cette matiere a l'entiere separation de ses elemens constitutifs, elle contracte souvent diferentes combinaisons avec d'autres matieres ou avec une portion de leurs principes, selon que les circonstances le favorisent ; mais la matiere dont il s'agit n'en arrive pas moins avec le tems a sa destruction totale, ainsi que les combinaisons particulieres qu'elle a eu occasion de former dans le cours de ses alterations.
Les chimistes ne voient dans tout cela qu'un jeu des affinites; et pour faire cadrer par ce moyen leurs explications avec les faits qu'ils observent, ils ont ete obliges d'attribuer a Yaffinite une extension de puissance que la raison lui refuse, et qui, si elle pouvait exister, ne serait pas encore suffisante pour rendre raison de la destruction totale que subit avec le tems toute espece de combinaison et ses differens derives. Voyez mes Mem. de Physique et d'Hist. nat. P. 114 et 115.
Toute mutation qui survient dans la nature des corps qui se trouvent en contact, est, selon les chimistes, une suite de l’action des affinites. Voila la base essentielle de la theorie maintenant accreditee.
Toute mutation qu'eprouve une matiere composee dans sa nature, est, ou le resultat de la tendance au degagement de ses principes, ou celui de la provocation d'une autre matiere qui facilite l’effectuation de cette tendance. Telle est la base de la theorie que j'ai proposee, et dont on trouve des developpemens suffisans dans mes Memoires de Physique et d'Histoire naturelle.
Quoique tous les faits connus, soit ceux qu'on observe dans la Nature, soit ceux qui resultent tous les jours des experiences des chimistes, s'expliquent parfaitement et plus simplement par les principes de ma theorie, les interesses au maintien de la premiere theorie ont eu la prudence, sous l'apparence d’un autre sentiment de leur part, d'en ecarter partout la connaissance.
Mais les interesses de part et d'autre passeront, et la posterite, juge toujours integre et necessairement entraine par la force des choses, condamnera a un oubli merite tout ce qui sera faux, et fera surnager tout ce qui sera fonde.
Les choses etant ainsi, je reviens a l’observation, qui m'apprend que toute espece de matiere composee subit sans cesse des alterations qui changent successivement, et les proportions de ses principes, et sa nature, et qui la simplifient progressivement jusqu'a sa destruction totale.
Cependant si, depuis l'enorme antiquite d'existence du globe terrestre, la tendance a la decomposition de toute espece de matiere composee a pu s'effectuer, comment se fait-il que maintenant presque toute la crofite exterieure du globe soit encore formee de cette multitude de composes divers qu’on y observe, depuis la combinaison la plus simple, jusqu'a celle qui est la plus compliquee et la plus surchargee de principes ? Y aurait-il donc une puissance particuliere compensatrice dans ses effets, de celle que je viens d'indiquer ; une puissance qui ait la faculte de former sans cesse des combinaisons et de les surcharger ensuite, soit par le nombre, suit par les quantites d'elemens quelconques qu'elle aurait forces a s’y combiner ? C'est effectivement ce qui a lieu, comme je vais le faire voir.
L'action organique des corps vivansforme sans cesse des combinaisons qui n'eussent jamais existe sans cette
cause.
On pourra plus ou moins retarder encore la connaissance de cette verite, et l'on aura interet de le faire pour maintenir les theories accreditees qu'on serait force d'abandonner si elle etait reconnue. Mais son evidence la fera sans doute triompher, plutot qu'on ne pense, des erreurs specieuses qui la masquent ; j'en ai l'intime persuasion.
J'ai dit qu'il existait dans la Nature une cause particuliere, puissante et continuellement active, qui a la faculte de former des combinaisons, de les multiplier, de les diversifier, et qui tend sans cesse a les surcharger de principes, et a en augmenter les proportions jusqu'a un certain terme. Or, il importe de constater l'existence de cette cause etonnante qui repare sans cesse par son activite la quantite des composes qui existent, quantite que la puissance destructive de la Nature (du tems, selon le vulgaire) s'efforce continuellement d'aneantir.
Je le repete : la plus legere attention suffit pour nous convaincre que partout la Nature travaille sans relache a detruire tous les composes qui existent, a degager leurs principes de l'etat de combinaison, a les ramener a l’etat de liberte qu'ils tendent a conserver toujours ; enfin, a ruiner sans cesse tout ce que la cause qui produit les combinaisons, reussit a former de toutes parts. Aussi a-t-on lieu de croire que l’existence unique des elemens, non seulement n'efit jamais pu faire naitre cette multitude etonnante de composes qui se trouvent a la surface de notre globe, qui modifient la partie externe de son epaisseur et embellissent le spectacle de la Nature, mais que sans la cause particuliere qui sait les produire aucune combinaison sans doute n’efit existe.
Pour peu qu'en se depouillant des preventions ordinaires, l'on veuille examiner ce qui se passe a cet egard, l'on sera bientot convaincu que tous les etres doues de la vie ont, par le moyen des fonctions de leurs organes, la faculte, les uns, de former des combinaisons directes, c'est-a-dire, d'unir ensemble des elemens libres, et de produire immediatement des composes ; les autres, de modifier ces composes, et de les changer de nature, en les surchargeant de principes ou en augmentant les proportions de ces principes d'une maniere tres-remarquable.
J'ai donne sur cet objet, dans mes Memoires de Physique et d'Hist. nat. beaucoup de details qu'il ne convient pas de repeter ici, et auxquels je renvoie. J'insiste seulement dans ce chapitre, a dire que les corps vivans forment eux-memes, par l’action de leurs organes, la substance qui les constitue, et qu'ils ne prennent nullement dans la Nature cette substance toute formee pour en composer leur corps, car elle n'y existe pas.
C'est au moyen des alimens dont les vegetaux et les animaux sont obliges de faire usage pendant la duree de leur vie, pour conserver leur existence, que l'action de leurs organes parvient a modifier ces alimens, a en former des matieres particulieres qui n'eussent jamais existe sans cette faculte dont ces etres sont munis, et a en composer, par un renouvellement perpetuel, le corps entier qui les constitue, ainsi que ses produits.
Mais les vegetaux, qui n'ont ni canal intestinal ni autre organe quelconque pour executer des digestions, emploient necessairement pour matieres alimentaires des substances fluides ou dont les molecules n'ont aucune agregation entre elles ; et l'on sait malgre cela qu'ils parviennent, depuis l’instant de leur germination jusqu'a celui de leur mort, a se developper et a s'accroitre, n'etant nourris qu'avec de l'eau mais jouissant des influences de l’air atmospherique, du calorique et de la lumiere (1).
C'est cependant avec de pareils materiaux que les vegetaux, au moyen de leur action organique, forment tous les sucs propres qu'on leur connait et toutes les matieres dont leur corps est compose, c'est-a-dire, qu'ils forment eux-memes les mucilages, les gommes, les resines, le sucre, les sels essentiels, les huiles fixes et volatiles, les fecules, le gluten, la matiere extractive et la matiere ligneuse, toutes substances tellement resultantes de combinaisons premieres ou directes, que jamais l'art n'en saura former de semblables.
Assurement les vegetaux n'ont pas besoin de prendre dans le sol, par le moyen de leurs racines, les substances que je viens d'indiquer ; elles n'y sont pas, ou celles qui s'y rencontrent n'y sont que dans un etat d'alteration et de decomposition plus ou moins avancees ; enfin, s'il s'y en trouvait qui fussent encore dans leur etat d'integrite, le vegetal ne saurait s'en emparer ni en faire aucun usage.
Lui seul a forme directement les matieres dont je viens de parler ; mais hors de lui, ces matieres ne peuvent devenir utiles aux vegetaux que comme engrais, c'est-a-dire, qu'apres s'etre denaturees, consumees, et avoir subi la somme d'alterations necessaires pour leur donner les facultes essentielles des engrais.
Dans divers de mes ouvrages, j'ai examine sous quel point de vue les engrais pouvaient etre utiles a la vegetation ; et apres avoir epuise toutes les considerations relatives a cette recherche, j'ai fait voir :
“ Que les fumiers, les engrais, de quelque nature qu'ils soient ; en un mot, que le terreau vegetal et les terres fertiles ne sont pas des substances necessaires a la vegetation des plantes, comme leur fournissant des sucs composes particuliers propres a les nourrir ; mais que ce sont des matieres qui, par leur nature ou leur etat, ont la faculte de retenir facilement l'eau des pluies, des brouillards et des arrosemens ; de conserver long- tems cette eau dans le plus grand etat de division, et consequemment d'entretenir autour des racines des plantes le degre d’humidite necessaire, sans exposer leur substance a se pourrir. ”
Voyez dans l'Hist. nat. des Vegetaux, qui fait partie de l'edition de Buffon, par Deterville, l'Introduction, p. 260 a 263.
Bien loin que les vegetaux prennent par leurs racines dans le sol, le feu fixe carbonique (le carbone des chimistes), et l'enlevent aux engrais qui en contiennent, ce que les chimistes assurent en disant que leur carbone existe de tout tems dans la Nature, et en s'appuyant de quelques experiences qui ne sont nullement concluantes, il est au contraire de la plus grande evidence, d'une part, que le carbone qui peut se trouver dans les engrais, ne saurait s'en separer sans subir de grandes alterations dans son etat, parce que le carbone uni a un corps, ne peut en etre separe qu'en se transformant, selon les circonstances, soit en gaz inflammable (gaz hydrogene), soit en gaz mephytique (gaz acide carbonique), soit en feu calorique ; de l'autre part, il est aussi tres-evident que l'acte de la vegetation est le seul moyen qu'emploie continuellement la Nature pour former du carbone, et reparer les pertes qui s'en font sans cesse de toutes parts. Par ce moyen la Nature travaille sans interruption a former des amas immenses de matieres combustibles que l'eau transporte petit a petit au fond de la crofite externe du globe, et qui deviennent les materiaux de tous les volcans de la terre.
Il est certain qu'il se fait continuellement, dans la Nature, une consommation enorme du carbone qui existe, dont une partie considerable se detruit en passant a l'etat de calorique par la voie des combustions, tandis que par celle des fermentations une autre partie de ce carbone est transformee en fluides gazeux divers, ou en feu fixe acidifique. Mem. de Phys. et d'Hist. nat. p. 152 et suiv.) Or, s'il n'existait pas une cause capable d'en reformer sans cesse, il y aurait long-tems que les corps de la Nature seraient prives de carbone. Il est le premier produit de la vegetation ; aucune sorte de substance vegetale ne peut exister sans carbone; il fait la masse des parties solides des vegetaux, et se trouve aussi dans leurs fluides ; enfin, on a tout lieu de croire que le calorique et la lumiere sont les materiaux essentiels que l’acte de la vegetation emploie pour former le carbone, c'est-a- dire, le feu fixe carbonique.
De meme que le carbone est forme par l’acte immediat de la vegetation, de meme aussi les elemens de l'alumine de lapotasse, de toutes les argiles, du fer (selon les interessantes observations de Faujas), etc. etc., sont uniquement produits par cet acte, qui en fait exister partout ou il y a eu des vegetaux, quoiqu'il s'en detruise sans cesse de toutes parts.
Les animaux, par l'action de leurs organes, ne sauraient former des combinaisons directes, comme les vegetaux : aussi tous, sans exception, font-ils usage de matieres composees pour alimens, et tous ont essentiellement une digestion a executer, et consequemment, des organes pour cette fonction.
Mais ils forment aussi eux-memes leur propre substance et leurs matieres secretoires ; et pour cela ils ne sont nullement obliges de prendre pour alimens, et ces matieres secretoires, et une substance semblable a la leur. Avec de l'herbe ou du foin, le cheval forme, par l'action de ses organes, son sang, ses autres humeurs, sa chair ou ses muscles ; la substance de son tissu cellulaire, de ses vaisseaux, de ses glandes ; ses tendons, ses cartilages, ses os ; la matiere cornee de ses sabots, de son poil et de ses crins.
Or, c'est en formant leur propre substance et leurs matieres excretoires, que les animaux surchargent singulierement les combinaisons qu'ils produisent, en leur donnant l'etonnante proportion ou quantite des principes qui constituent les matieres animales.
Les corps vivans formant eux-memes, par l’action de leurs organes, et leur propre substance, et les matieres excretoires qu'on leur voit produire, on peut remarquer que leur substance et surtout leurs matieres secretoires varient dans leurs qualites propres ;
1°. Selon la nature meme de l’etre vivant qui les forme : ainsi les productions vegetales sont en general differentes de celles des animaux, et parmi ceux-ci les productions des animaux a vertebres sont en general differentes de celles des animaux sans vertebres ;
2°. Selon la nature de l'organe qui les separe des autres matieres apres leur formation. Les matieres secretoires separees par le foie, ne sont pas les memes que celles separees par les reins, etc.
3°. Selon la force ou la faiblesse des organes de l'etre vivant et de leur action. Les matieres secretoires d'une jeune plante ne sont pas tout-a-fait les memes que celles de la meme plante fort agee, connue celles d'un enfant ne sont pas les memes que celles d'un homme fait.
4°. Selon que l'integrite des fonctions organiques est parfaite, ou qu'elle se trouve plus ou moins alteree. Les matieres secretaires de l’homme sain ne sont pas tout-a-fait les memes que celles de l’homme malade.
5°. Selon que le calorique qui se forme continuellement a la surface du globe (1), quoiqu'en des quantites variables, favorise et hate par son abondance l’activite organique des etres qui en sont penetres, ou que par sa grande rarete il ne permet aux organes qu'une action lente et faible. Les matieres secretaires des corps vivans, pendant les chaleurs de l’ete, sont un peu differentes de celles qu'ils forment pendant les froids de l’hiver. Celles que forment les corps vivans dans les climats chauds, different aussi de celles qu'ils produisent dans les climats froids. Ainsi le frene, qui donne la manne dans la Calabre, n'en saurait produire lorsqu'on le cultive a Paris, etc.
Je n'insisterai pas ici sur plus de details pour le developpement de ces grandes considerations : on en trouvera les plus essentiels dans mes Mem. de Phys. et d'Hist. nat. et dans quelques autres de mes ouvrages. Je vais donc maintenant passer a l'examen rapide de l’influence que les corps vivans exercent a la surface du globe terrestre ; influence qui y produit les mutations et l’etat des objets qu'on y observe.
Les corps bruts composes qui appartiennent au regne mineral, qu'on trouve dans presque toutes les parties de la crofae externe du globe, qui en forment la principale partie, et qui la modifient continuellement par les alterations et les mutations qu’ils subissent, sont tous, sans exception, le resultat des depouilles et des detritus des corps vivans.
Il faut convenir qu'il est bien etonnant qu’une verite aussi frappante que celle que je viens d'enoncer, aussi generale, et que l'observation seule pouvait faire apercevoir, ait jusqu'a present ete meconnue. Il est peut-etre plus etonnant encore de voir que lorsque cette meme verite fut aper5ue et annoncee, elle fut repoussee ou en apparence meprisee par les hommes meme qui les premiers devaient la reconnaitre. Il y a plus de dix- huit ans que j’en ai consigne l’enonciation dans mes ecrits : mais cette verite ne s'etant point d'abord manifestee au petit nombre de ceux qui, parmi les savans, veulent se faire un domaine particulier des sciences qu'ils cultivent, ils l'ont re?ue comme ils font en general de la decouverte de celles ou ils n'ont pas eu de part. Cela n'est pas juste sans doute ; mais cela est dans la nature des choses. On ne peut refuser aux interets particuliers ce qu'ils exigent. Il suffit de savoir que petit a petit les effets de cette perturbation naturelle de l'ordre s'affaiblissent, que la raison reprend
insensiblement son empire, et qu'apres beaucoup de difficultes surmontees et de tems perdu, la verite parviendra enfin a se faire reconnaitre. Vouloir que cela ne soit pas ainsi, c'est vouloir que la Nature ne soit pas ce qu'elle est, et que les hommes n'aient point de passions.
Quelle est interessante, cette consideration qui nous apprend que les corps vivans de toute espece forment eux-memes leur propre substance par l'effet singulier, mais naturel, de l'action de leurs organes, et qu'ils donnent lieu par la a des combinaisons diverses qui n'eussent jamais pu exister sans eux !
Je puis l'assurer : jamais l'art des hommes ni jamais la Nature dans les corps vivans ne pourront former, soit du sang, soit de la graisse, soit de la bile, soit de la chair, soit des os, etc. en un mot, ne produiront jamais huile, ni gomme, ni mucilage, ni substance vegetale quelle qu'elle soit. Sans des etres doues de fonctions organiques, et par consequent munis de la faculte de former les premieres combinaisons, de les surcharger plus ou moins de principes, selon leur espece ; enfin, de composer eux-memes leur propre substance et ses produits, jamais toutes les matieres dont je viens de faire mention n'eussent existe.
Combien ensuite est importante l’observation qui nous fait voir que toutes les productions des corps vivans, soit leur substance propre, soit leurs matieres secretoires, etant abandonnees au pouvoir naturel des choses, c’est-a-dire, ayant cesse d'etre maintenues ou reparees par le pouvoir de la vie, et se trouvant reduites a n'etre plus que les depouilles des etres qui les ont formees, subissent a la surface de la terre, ou dans son sein, ou dans la masse des eaux, une multitude d'alterations successives qui, en changeant graduellement les proportions de ceux de leurs principes qui restent combines, changent en meme tems leur etat, leur nature, toutes leurs qualites propres, et les transforment ainsi successivement en une multitude d’innombrables matieres differentes, dont l'origine devient de plus en plus meconnaissable, et enfin qui constituent tous les MINERAUX connus !