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Manuel d’étude et de gestion des oiseaux et de leurs habitats en zones côtières, 2012
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Figure
1 : l’estuaire de la Somme, Picardie, France, plus communément appelé
« baie de Somme » (Bastide, 2011)
Cette intensité et cette mixité des agents dynamiques en action
confèrent à la Somme des particularités tout à fait intéressantes d’un point de
vue morphologique mais également une capacité d’évolution rapide. En
effet, ce contexte énergétique mixte favorise l’apport massif de sédiments
dans ce système estuarien. Ces caractéristiques hydrodynamiques – contexte
mégatidal et influence des vents et des houles de tempête – font de l’estuaire
de la Somme un estuaire exceptionnel, car elles se traduisent en termes
d’une dynamique sédimentaire particulière très largement dominée par des
apports de sédiments marins. En effet, le marnage important, allié à une
morphologie héritée de vallée fluviale incisée large, ce qui est souvent le cas
des estuaires qui se développent dans des faciès sédimentaires tendres
(Dalrymple & Choi, 2007), pour finalement devenir un fleuve dont la taille
du bassin versant est modeste (5 560 km
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), entrainant un déséquilibre
important entre l’influence marine et l’influence fluviale, au profit de la
première. Vue sous cet angle, cette particularité donne des prémisses
prometteuses pour une étude scientifique.

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Figure
2 : répartition mondiale des littoraux mégatidaux (en rouge) (d’après Levoy
et al
., 2000)
Figure
3 : répartition mondiale des côtes mixtes co-dominées par la houle et la
marée (en bleu) (d’après Anthony & Orford, 2002)
La variabilité des forçages affectant l’estuaire de la Somme conduit
à un assemblage de faciès sédimentaires et à une morphologie bien
spécifique. Cette variabilité se décline de plusieurs façons. Elle passe par des
stocks sédimentaires à très large dominance marine, par une gamme
granulométrique allant d’argiles fines à des graviers, et des sédiments
biogènes et inorganiques, par l’intervention de paramètres physiques et
biologiques, avec une accrétion rapide favorisée par une végétation halophile
très répandue, par une dynamique triptyque déséquilibrée axée sur l’action
conjointe de la marée, du vent et de la houle, avec une influence fluviale qui
reste donc tout à fait mineure, et, enfin, par la rencontre d’intérêts
anthropiques marqués, pas toujours dans la meilleure des harmonies. La
diversité des dépôts et des formes est la résultante des gradients très marqués
qui reflètent les forçages. Cette diversité conduit à une complexité unique.
Beaucoup d’études ont été conduites sur l’estuaire de la Somme à
proprement parler, notamment à l’occasion de nombreux projets visant à
caractériser l’hydrodynamisme. Il s’agit d’études menées par des
laboratoires et des consultants en ingénierie et hydraulique, disponibles en

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rapports divers. Ces études ont conduit à des modélisations de
l’hydrodynamisme et de la sédimentation, menées dans le but de caractériser
le comblement très rapide de l’estuaire qui pose divers problèmes en matière
d’aménagement : modification des substrats, de la répartition des faciès et de
l’écologie estuarienne, dynamique éolienne active, submersion accentuée à
certains endroits.
Tout comme les autres estuaires dits « picards », c’est-à-dire
l’Authie et la Canche pour les deux autres plus importants, la Somme, le
plus grand de ces estuaires, présente le paradoxe de subir une accrétion
massive, alors que plus de 60 % des côtes dunaires de la Somme jusqu’en
Belgique sont soit stables, soit en situation de recul (Anthony & Héquette,
2005), situation inquiétante pour les collectivités, et qui risque de s’aggraver
avec la hausse du niveau marin et l’accroissement du nombre et de
l’intensité des tempêtes. Les côtes régionales sableuses (ce qui exclut les
côtes à falaises de nature érosive), tout comme des secteurs des rives nord et
sud de l’estuaire, sont aujourd’hui dans une situation paradoxale de quasi-
stabilité, voire d’érosion, malgré l’importance des stocks sédimentaires au
large (Anthony, 2000). En se fixant comme objectif de comprendre les
modalités de cette accrétion estuarienne, le projet permettra de mieux
connaître la dynamique sédimentaire côtière. En tant qu’estuaire, la Somme
constitue un piège redoutable de sédiments, un attracteur sédimentaire dont
les processus se font aux franges de l’embouchure. De façon générale, ces
processus de transit vers les embouchures estuariennes, mais aussi l’inverse
(ceux du transit sédimentaire des embouchures deltaïques vers les côtes
adjacentes) restent encore assez mal connus (Anthony, 2009). Les données
issues de la connaissance du comblement et du fonctionnement de cet
estuaire peuvent apporter des éléments de compréhension de l’histoire
environnementale des côtes picardes et de leur comportement
morphosédimentaire actuel et futur.

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Organisation de la végétation littorale
des estrans vaseux
Chantal B
ONNOT
-C
OURTOIS
&
Jacques-Édouard LE
VASSEUR
Introduction
Le littoral, lieu d’intersection entre le domaine marin et le domaine terrestre,
est, par essence, un milieu très complexe car il n’est pas homogène dans ses
qualités, ni dans l’espace, ni dans le temps. Il s’agit, d’un point de vue envi-
ronnemental et écologique, d’un écotone, terme introduit par Clements
(1916). Plus récemment, Holland & Risser (1991) définissent un écotone
comme :
«
une zone de transition entre deux systèmes écologiques adjacents
qui possèdent un ensemble de caractéristiques uniquement définies à partir
d’échelles spatiale et temporelle explicites et par la force des interactions
entre ces deux systèmes
». Ce concept a l’avantage de pouvoir être utilisé
aussi bien à moyenne qu’à grande échelle. En tant qu’espace de transition,
l’écotone littoral est directement sous l’influence des variations environne-
mentales liées aux mouvements des marées.
L’écotone analysé ici est l’espace compris entre les niveaux des plus
hautes et des plus basses mers, il s’agit du littoral maritime ou estran ou zone
intertidale. Cet espace est soumis à différents gradients physiques. Vers le
bas, il est presque marin car inondé bi-quotidiennement par toutes les ma-
rées, quel qu’en soit le coefficient, alors que les niveaux supérieurs ne sont
submergés que quelques heures par an.
L’environnement littoral se caractérise donc par un ensemble de
gradients mésologiques, dont le principal est un gradient de submersion (et
son corollaire d’émersion) qui va directement affecter la vie des organismes
capables de supporter ces conditions variables. De très grandes différences
dans les qualités et modes de vie de ces organismes vont s’observer puisque,
côté mer, des organismes marins vont tenter de s’immiscer, en dépit des
émersions temporaires, dans cet espace de transition et, de l’autre côté, des