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Добавлен: 19.01.2021
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Pour bien saisir le mode de formation des granits, il me parait necessaire de distinguer dans cette formation trois actes differens, savoir :
1°. L'acte de la formation des molecules integrantes de chaque sorte de matiere pierreuse qui entre dans la composition du granit.
2°. L'acte de transport de ces diverses sortes de molecules lapidifiques, jusqu'au lieu ou elles sont deposees.
3°. L'acte de depot, d'agregation et d'amoncelement de ces memes molecules au moyen duquel le granit se forme, et dont la continuite non interrompue agrandit proportionnellement la masse.
Ces trois actes ne peuvent etre confondus en un seul dans la formation de chaque masse de granit ; ils sont necessairement distincts, et ont dfi avoir lieu pour chaque masse de granit dans l'ordre ou je les represente.
Relativement a l'acte de formation des molecules integrantes de chaque sorte de matiere pierreuse (du feld-spath, du mica du schorl et du quartz) qui entre dans la composition du granit, il n'est pas plus difficile de s'en former ici une juste idee, que de concevoir le meme acte qui donne lieu aux molecules integrantes du feld-spath, du mica, du schorl et du quartz qu'on voit en differentes masses dans nos montagnes et dans le sol des parties nues du globe. J'ai deja indique cette formation (p. 123), et on a pu voir qu'elle resulte evidemment de la suite d'alterations successives que les depouilles des corps vivans subissent jusqu'a l'entiere separation de tous les principes qui les constituaient.
C'est ici le lieu de remarquer que les matieres argileuses n'existant tres-certainement dans la Nature que par les vegetaux, comme les matieres calcaires n'y existent que par les animaux, et que le mica ainsi que le schorl, provenant assurement des matieres argileuses et meme en tres-grande partie du feld-spath, il est evident que chacune de ces matieres est posterieure a l'existence des vegetaux. Enfin, comme le feld-spath contient dans la combinaison de sa molecule integrante des principes calcaires en petite proportion, et des principes argileux en proportion plus grande, il est donc d'une formation posterieure a l'existence des animaux et des vegetaux, ainsi que toute espece de granit, ceux-ci n'etant que des agregats de ces matieres.
Quant a l'acte de transport des molecules integrantes de chaque sorte de matiere pierreuse qui entre dans la composition du granit, et qui met ces molecules dans la circonstance propre a former la roche composee dont il s'agit, voici ce que je crois tres-fonde a cet egard.
Toutes les molecules integrantes, soit des feld- spaths, soit des micas, soit des schorls, soit enfin du quartz, ne sont pas generalement tamisees par l'infiltration des eaux douces, a travers les parties tendres et poreuses de la masse du sol, jusqu'a ce qu'elles trouvent a s'agreger pour former des masses, grandes ou petites, de meme nature qu'elles. Une partie de ces molecules, a mesure qu'elles sont formees, se trouve entrainee par les ruisseaux et les torrens des montagnes jusque dans les fleuves, et ceux-ci les portent a la mer, ou ils les deposent toujours plus tard que le limon grossier qu'ils charient egalement.
Or, c'est dans ce transport a la mer, des molecules integrantes et isolees des feld-spaths, des micas, des schorls et du quartz, par la voie des fleuves, qu'il faut chercher la cause reelle de la formation des granits, ainsi que leurs amoncelemens enormes, et series longitudinales ; ce que je vais essayer de demontrer.
Il n'est pas besoin pour cela de supposer que le globe terrestre ait ete entierement recouvert par les eaux tenant alors en suspension dans leur masse les molecules lapidifiques des diverses matieres dont il s'agit, les laissant petit a petit se deposer et s'agreger plus ou moins regulierement. Cette supposition que rien de certain n'autorise, ne nous donnerait pas encore la raison de la disposition par serie des masses granitiques, et nous laisserait encore dans l'embarras sur l'origine des molecules des diverses substances pierreuses, origine que maintenant l'obstination seule affecterait de meconnaitre.
Les molecules integrantes des matieres pierreuses dures, beaucoup moins composees que
celles des matieres terreuses et des substances pierreuse tendres, et (selon l'expression des chimistes) tenant de la silice en plus grande proportion que celles-ci, sont en consequence d'une bien plus grande tenuite, restent plus facilement suspendues dans les eaux, ou s'en precipitent avec plus de lenteur ; il en resulte que les fleuves qui les portent a la mer, les conduisent un peu plus loin dans son bassin, qu'ils ne font du limon grossier, dont ils sont aussi charges.
Il est vraisemblable d'ailleurs que les fleuves qui viennent des pays de montagnes ou qui re?oivent des torrens qui en arrivent, sont plus charges de ces molecules abondamment siliceuses, que les fleuves qui sont dans un cas opposes.
Les choses etant ainsi, les molecules dont il est question sont transportees dans la bassin des mers a une distance quelconque, qui est toujours a peu pres la meme par rapport a l'eloignement de l'embouchure du fleuve qui les apportees.
La elles s'abaissent insensiblement a mesure que le mouvement des eaux qui les soutiennent, diminue, et a la fin atteignant le fond, elles se distribuent et s'agregent suivant les lois generales de l'attraction et des affinites, dont les principales sont dependantes de leur figure et de leur masse.
Dans cette agregation, on ne saurait douter que les molecules quartzeuses ne se reunissent ensemble ou ne s'appliquent sur les petites masses quartzeuses auxquelles elles peuvent encore s'unir ; qu'il n'en soit de meme a l'egard des molecules du feld-spath, et de meme encore a l'egard de celle du mica et de celle du schorl. Or, il en resulte que, sans le secours d'aucun ciment particulier, diverses petites masses de chacune de ces matieres se forment et s'achevent ou s'interrompent continuellement ; que de nouvelles masses semblables recommencent a se former, finissent et se renouvellent de meme, et que toutes se lient d'une maniere solide en une masse commune. Il en resulte encore que la masse generale de ces agregats, par suite des ans et des siecles multiplies, s'accroit proportionnellement, et qu'apres un laps de tems considerable elle forme en ce lieu une montagne sous- marine de roche granitique.
Maintenant considerons qu’a mesure que le bassin des mers se deplace, les fleuves qui ont leur embouchure sur les rives que la mer abandonne, s'alongent proportionnellement a l'avancement des nouveaux rivages maritimes acquis de ce cote (1), tandis que ceux qui ont leur embouchure sur les rives que la mer envahit, se raccourcissent dans la proportion des envahissemens.
Or, supposons qu'un fleuve dans le cas de former, a une certaine distance dans la mer, des depots qui donnent lieu a une montagne granitique sous-marine, ait ete raccourci par l'envahissent d’une partie du continent sur lequel il roulait ses eaux, et que par-la son embouchure ait ete rapprochee de sa source, il me parait evident que les depots de ce fleuve auront aussi change de place dans la mer ; et comme ces deplacements de l'embouchure se font avec une lenteur inappreciable, ce meme fleuve aura eu le tems a chaque deplacement, de former une nouvelle montagne sous- marine contigue aux precedentes, de maniere que la totalite des monts sous-marins formes par le fleuve, sera dispose serialement dans la direction meme de son cours, et continuera de se prolonger jusqu'a ce que le fleuve ait ete totalement envahi avec la partie du continent qui le faisait exister.
Si l'on juge de la grandeur des continens qui ont pu autrefois faire partie de la surface du globe, d'apres ceux qui existent a present, et si l'on considere qu'ils ont pu permettre aux principaux de leurs fleuves une etendue de 800 a 1,000 lieues et peut-etre davantage en longueur, on aura, dans leurs plus grands fleuves, un moyen capable d'avoir fourni dans le bassin des mers, des chaines de montagnes granitiques sous-marines, correspondantes a celles que nous voyons actuellement dans les parties seches de nos continens.
Sur de pareilles considerations, l'on me demandera comment des montagnes sous-marines ont pu devenir des montagnes tres elevees au dessus du niveau des mers, comme les Cordilieres, le Caucase, les monts Altai, nos alpes europeennes, etc. Mais qu'on prenne la peine de considerer ce que j'ai deja expose a cet egard, ainsi que L'ADDITION, p. 173, et je suis persuade qu'on cessera d'etre embarrasse sur ce point.
Je le repete : d'une part, le bassin ne saurait se deplacer sans changer la centre de gravite du globe ; de l'autre part, quoique la forme generale de ce globe reste toujours la meme, la forme et l’elevation particuliere de chaque lieu de sa surface change perpetuellement, quoiqu'avec une lenteur qui en rend les changemens imperceptibles a l'homme. Ces changemens resultent non-seulement des suites des mouvemens des eaux douces et de celles des deplacements du bassin des mers, mais en outre de ce que les points et les aplatissemens polaires se deplacent, ainsi que les elevations equatoriales (1). Il s'ensuit que ce qui etait fort eleve, subit des abaissemens progressifs et continuels, tandis que ce qui se trouvait tres-abaisse, s'eleve sans cesse insensiblement.
On a remarque que les plus hautes montagnes etaient situees principalement dans la zone torride ou dans son voisinage, tandis que vers les poles les montagnes s'abaissent de plus en plus, et meme au point d'y etre nulles. Cela provient peut-etre de la difference de gravitation des objets dans ces regions opposees. Au reste, voyez dans L'ADDITION, p 173, des eclaircissemens sur cette importante consideration mouvemens des eaux douces, comme je l'ai dit p. 11 a 22, et que dans la masse de ces plaines, les roches quartzeuses informes s'y sont petit a petit formees et accumulees par la voie de l'infiltration des eaux ; au lieu que les roches composees granitiques qui s'y sont aussi trouvees a la suite des tems, avaient ete auparavant formees par des depots successifs operes dans les mers.
En effet, les roches granitiques laissees a nu par le deplacement du bassin des mers, se seront peu a peu recouverts de corps vivans et surtout de vegetaux ; en sorte que les depots continuellement renouveles de ces corps, auront enveloppe ces roches, comble leurs intervalles ou ceux de leurs lobes, et donne lieu aux plaines dans lesquelles on les voit enfoncees. Apres une logue suite de siecles que ces parties de la surface du globe auront ete decouvertes, les plaines qui renfermaient ces roches granitiques auront ete degradees par les eaux : il s'y sera taille de hautes montagnes par la formation de grandes vallees creusees par les torrens, les rivieres et les fleuves ; et a la fin les sommites de ces montagnes mises graduellement a nu, auront reduit ces roches a l'etat ou nous les voyons en bien de pays.
Il est vraisemblable que les roches porphyriques auront ete aussi formees dans la mer, et qu'elles sont le resultat des depots apportes par les fleuves, surtout par les torrents qui viennent de montagnes. Mais ces depots se seront formes plus precipitamment que ceux des granits, et leur matiere, au lieu de consister en molecules integrantes pierreuses, isolees, se sera trouvees composees de petits morceaux de feld-spath qui auront ete precipites successivement dans la mer, et avec lesquels les molecules de la matiere qui forme la pate des porphyres, auront ete precipitees simultanement. Il sera donc forme par une agregation confuse et continuelle, une masse pierreuses, dans laquelle les petits morceaux de feld-spath auront ete parsemes.
Les gneiss, les granitelles et tant de roches composees, formees par couches, et qui paraissent resulter d'une agregation confuse de detritus des roches granitiques, au moyen d’un ciment peu apparent, ont, a ce que je crois, une origine fort analogue a celle des porphyres.
Ces details pouvant suffire a quiconque voudra s'occuper serieusement des grands points de vue que je viens d'indiquer, je passe a la consideration qui complete l'objet de ce chapitre, et je dis :
Combien maintenant n'importe-t-il pas de savoir, pour l'etablissement d'une bonne theorie du globe terrestre, que l'influence des corps vivans, par les suites naturelles de leur existence et des depouilles qu'abandonnent les generations multipliees et toujours renouvelees de ces etres, manie et remanie sans cesse la crofite externe de notre globe, y produit une multitude et une diversite de matieres brutes et composees si grandes, que jamais on ne parviendra a en determiner toutes les variations possibles ; enfin, que cette influence des corps vivans ne cesse de modifier de toutes les manieres les parties qui composent cette crofite externe du globe !
Comme les idees s'agrandissent et deviennent proportionnellement plus claires et plus simples a mesure que l'on reflechit sur ce qui vient d'etre expose, la confusion dans laquelle elles etaient a cet egard, par la supposition de la preexistence de toutes les matieres minerales avant l'etablissement de l'ordre que nous connaissons, trouve maintenant son terme, et la marche eternelle de la Nature peut actuellement se devoiler sans obstacle a nos yeux. En effet, cette supposition de la preexistence de toutes les matieres minerales, a laquelle il en a fallu bien d'autres, comme par exemple, celle de croire que toutes ces matieres avaient ete autrefois tenues en dissolution dans un liquide, et cela lorsque, par une autre supposition, notre globe se trouvait dans un etat de liquidite, et qu'ensuite elles avaient ete precipitees tumultueusement, ce qui avait enfin donne naissance aux continens et a l'etat actuel des choses ; cette supposition, dis-je, et ces brillantes hypotheses, par lesquelles les mineralogistes se laissent encore dominer, sont autant d'obstacles qui s'opposent a ce qu'ils puissent saisir la marche reelle de la Nature.
On ne doit pas hesiter : lorsqu'on a pris une mauvaise route, il faut la quitter, revenir sur ces pas et faire en sorte d'en prendre une meilleure. La verite que l'on a tant d'interet a connaitre, vaut bien la peine de faire quelques sacrifices pour arriver a elle.
Que l'on s'applique a rechercher ce que deviennent les depouilles et les produits des corps vivans ; quels sont les changemens que ces depouilles et ces produits subissent avec le tems, lorsqu'ils sont abandonnes au pouvoir du tems, c'est-a-dire, aux moyens qu'a la nature pour agir sur eux ; enfin, quelles sont les matieres diverses auxquelles ces changemens peuvent successivement donner lieu, alors on aura, pour decouvrir la verite, une voie plus naturelle, plus simple, plus sfire et plus susceptible d'etre verifiee et rectifiee par l'observation des faits, que celle que fournissent les hypotheses arbitraires et sans fondemens que je viens de citer a l'instant.
Il n'est plus possible d'en douter : toutes les craies, soit celles qui sont encore pures, soit celles qui ont subi des modifications et celles qui se trouvent dans des melanges, proviennent uniquement des animaux.
Il parait que les craies phosphatees viennent des animaux a vertebres, et que les animaux sans vertebres ne produisent que des craies carbonatees. Ce n'est, au reste, qu'une conjecture qu'il faut soumettre a l'examen des faits.
Toutes les argiles et leurs derives viennent originairement des vegetaux : elles sont plus ou moins modifiees par differens acides ou par les autres causes que j'ai designees.
Or, s'il en est ainsi, les granits tenant essentiellement de veritables derives des argiles, ne sont donc pas, comme je l'ai dit, des matieres primitives.
Voila donc deux sources principales ou les deux sortes de matieres composees terreuses et pierreuses les plus essentielles et les plus abondantes dans la Nature prennent naissance, et dont toutes les autres ne sont que des modifications.
Consultez ce qu'a cet egard l'observation nous apprend, et alors vous saurez que les craies et que les argiles de toutes les sortes forment une tres-grande partie de la crofite externe du globe ; qu'elles s'y presentent l'une et l'autre formant des bancs d'une epaisseur et d’une etendue immenses, et donnant lieu a des chaines de montagnes tres-considerables. En un mot, vous saurez que toutes les autres sortes de matieres composees terreuses ou pierreuses, dans lesquelles le caractere eminent, soit de la craie, soit de l'argile, ne se distingue plus, ne se trouvent dans la crofite externe du globe qu'en tres petite proportion, comparativement aux deux terres composees principales dont je viens de parler.
La magnesie n'est qu'une modification de l'argile, que l'art n'a pas encore pu imiter, et qui est stationnaire pour nous dans nos operations, comme l'est la chaux, la baryte, l'alumine. A cet egard je crois que la magnesie est a l'argile, ce que la baryte est a la craie. Sans doute l'art n'a pas trouve d'instrument ni de moyen pour decomposer ces substances ; mais la Nature, qui a sur lui une superiorite qu'il n'atteindra jamais, sait decomposer ces matieres comme toutes les autres, et amener a l'etat vitreux toutes substance terreuse ou pierreuse quelconque.
Toutes les matieres composees d'un melange plus ou moins egal des deux types des substances composees terreuses (les craies et les argiles), doivent leur existence aux circonstances qui ont favorise ces melanges, ainsi qu'aux alterations et aux modifications que les matieres salines ont pu leur faire subir.
Le grand but des recherches des mineralogistes, en observant et etudiant toutes les matieres minerales qu'ils rencontrent, doit donc etre principalement dirige, a l'egard des matieres terreuses ou pierreuses, vers la determination de l'origine de chaque sorte de substance et vers celle du degre d'eloignement ou se trouve cette substance de son type ou de sa source, et par consequent de son degre d'alteration et de simplification.
Ainsi, pour les matieres terreuses et pierreuses, les resultats de ces recherches donneront lieu a la formation des trois series principales, savoir :
1°. La serie des terres et des pierres calcaires pures, alterees et modifiees graduellement par differentes causes, et suivie dans tous ses degres jusqu'a l'entiere transformation de ces substances en pierre ou en terre vitreuses.
2°. La serie des terres et pierres argileuses pures, alterees et modifiees graduellement par differentes causes, et suivie dans tous ses degres jusqu'a l'entiere transformation de ces substances en terre ou pierre vitreuse.
3°. La serie des terres et pierres formees d'un melange de craie et d'argile, dans quelque proportion que ce soit, serie que l'on suivra dans tous les degres d'alteration et de modification de ces matieres jusqu'a leur entiere transformation en terres ou pierres vitreuses (1).
Tout le carbone (le feu fixe carbonique) a ete, comme je l'ai deja dit, forme primitivement par les vegetaux ; mais une partie de ce carbone, constamment modifie par l'action organique des animaux, parait transforme, par ces derniers, en azoth et en quelques autres modifications du feu fixe, produites par ces etres.
Le carbone, par l'influence des circonstances favorables, et peut-etre d’un laps de tems considerable, resserre, cumule et intimement uni a une base terreuse, forme a la fin ces combinaisons si intimes, ces matieres si compactes qui ont une opacite parfaite dans les plus petites portions de leur masse, enfin, qu'on trouve dans certaines parties de la crofite externe du globe, et qu'on nomme metaux.
S'il y a deux types ou deux sources particulieres pour toutes matieres terreuses et pierreuses composees quelconque, il y a aussi tres-vraisemblablement deux types de terres metalliques, c'est a dire, de terres susceptibles de former, avec le carbone, les combinaisons si intimes et si compactes qu'on voit dans les metaux : or, ces types sont sans doute des derives, l'un de la craie, et l'autre de l' argile.
Les substances metalliques seraient donc susceptibles d'etre distinguees en celles dont la base terreuse est d'origine animale, et celles dont la base terreuse provient originairement des vegetaux.
Ainsi, comme on a lieu de croire que les terres d'origine animale fournissent, parmi leurs derives, une terre propre a devenir metallique par son intime union avec le carbone, le soup?on a dfi naturellement tomber sur la baryte, qui est un derive veritable de la craie, quoique les chimistes ne puissent la faire remonter a cet etat. L'estimable chimiste Peltier a eu en effet ce soup?on, et je le crois tres-fonde.
De
meme les terres d'origine vegetale (les argiles) fournissant aussi,
parmi leurs derives, une terre propre a se metalliser, je presume que
la magnesie pourrait bien etre dans ce cas ; mais il faut que la
Nature l'ait combine d'avance avec une certaine quantite de feu fixe
qui la colore, pour que cette magnesie ou cette espece d'argile
pyritisee soit susceptible d'etre metallisee par l'art et transforme
completement en fer : aussi toute espece d'ocre ou de terre martiale
se trouve-t-elle toujours coloree.
En attendant que les recherches des mineralogistes, qui doivent etre aussi dirigees vers ce but, nous aient procure des connaissances plus positives sur ces objets, il me parait tres- vraisemblable que le fer est la seule substance metallique dont la base terreuse soit d'origine vegetale. Cette metallisation que la nature commence partout mais qu'on ne rencontre nulle part veritablement complete, et que l'art acheve si facilement, presente ses elemens repandus dans presque tous les corps, et est bien plus commune que les autres.
Toutes les alterations que le carbone subit son etat, et consequemment tous les derives de ce feu fixe, lorsqu'il a eprouve des changemens, donnent sans cesse naissance, selon les unions qu'il contracte avec d'autres matieres, a differentes sortes d'acides, de gaz, d'alkalis, d'oxides, d'alkools et d'aromes (1).
L'enumeration de toutes les sortes qu'on peut obtenir de ces matieres, qui sont plus ou moins inflammables, plus ou moins salines, et qui toutes ont pour radical le feu fixe dans chacune d'elles, ne peut avoir de terme, et me parait moins digne que le principe meme, d'etre considere.
Quelques efforts que l'on fasse pour qu'elle ne soit pas connue, l'on sera forcer de l'adopter. Je dis plus : si un heureux hasard ne me l'efit fait entrevoir, la force de la verite y efit conduit un jour.
Il n'est pas vrai, et il me parait meme absurde de croire que l'air pur, qu'on avait nomme a juste titre air vital, et que les chimistes appellent maintenant gaz oxigene, soit le radical des matieres salines, c'est-a- dire, soit le principe de l'acidite, de la causticite ou de toute salinite quelconque. Il y a mille moyens pour refuter cette erreur sans possibilite de replique. La seule consideration de l'insapidite de l'eau que l'on a charge de la plus grande quantite possible de ce gaz oxygene, de ce pretendu radical des substances savoureuses ou salines, serait plus que suffisante pour eclairer a cet egard si l'on voulait ouvrir les yeux sur cet objet.
Si cet air pur ou elementaire se fixe dans les matieres qui s'oxydent, ce n'est pas une raison pour attribuer a lui particulierement, les qualites qu'on observe aux matieres oxydees ; l'etat du feu fixe que ces matieres contenaient dans leur oxydation, n'est assurement pas le meme que celui qu'elle renferme apres. Quand vous detruisez l'oxydation d'un oxide metallique, il ne faut pas croire que le seul changemens que vous operez dans cet oxide, soit la soustraction de l'air pur ou vital qu'il contenait : en revivifiant le metal, non-seulement vous lui enlevez tout l'air
Qu'il contenait dans son etat d'oxide, mais par des additions directes ou indirectes vous retablissez son feu fixe dans l'etat de celui que contiennent les metaux, c'est-a-dire, dans l'etat de carbone.
On ne se retirera jamais de l'embarras ou l'on s'est jete en prenant le change sur l'acte de la combustion, et en voulant faire croire aux hommes que, dans cet acte, c'est l'air qui brale et non le combustible. Cette hypothese, la meilleure de toutes celles qu'on avait imaginees lorsque Lavoisier la con5ut, ne peut plus maintenant se soutenir, depuis que j'ai decouvert ce qu'est reellement le calorique.
Si Priestlei, qui a essaye plusieurs fois d'attaquer la theorie des chimistes modernes, avait en lui-meme une idee exacte de la combustion ; si au lieu de croire, comme tout le monde, que le calorique est une matiere qui a essentiellement et en tout tems les facultes qu'on lui connait, et que ses molecules ont naturellement celle de se repousser mutuellement, ce qui n'est possible que dans un cas particulier (1) ; si, dis-je, il avait su remarquer que cette maniere n'est qu'accidentellement dans cet etat calorique, et n'en a les facultes que passagerement ; s'il avait en outre pris garde que cette meme matiere fait partie constituante de la plupart des composes, et que, lorsqu'elle s'y trouve combinee completement ou jusqu'a saturation, elle ne leur communique aucune faculte alterante, et ne s'en degage guere que par la voie de la combustion ; qu'elle constitue alors le phlogistique des uns, le principe inflammable des autres, le carbone des chimistes actuels, le feu fixe carbonique de ma theorie ; que la meme matiere, dans un etat aeriforme, constitue le gaz hydrogene de chimistes que combine avec differens liquides, elle donne l'existence aux differentes huiles, etc. ; qu'enfin c'est partout le meme feu fixe carbonique, le meme phlogistique, le meme carbone, dont on n’a fait que changer le nom, selon les differens cas ou on l'observe. ment que lorsqu'elles ont cumulees et resserres au point d'eprouver une veritable compression. Dans le cas contraire, aucune de ses molecules ne peut etre repulsive. Il y a, pour expliquer les faits electriques et les faits magnetiques, des moyens plus simples et plus dans la Nature, que la supposition d'une faculte repulsive innee dans ces matieres.
Si ensuite Priestley efit fait attention que la matiere du feu, que les hommes ne considerent que lorsqu'elle est dans l'etat passager de calorique, est souvent combinee incompletement ou sans saturation dans les corps ; qu'au lieu d'y etre alors sans energie, comme lorsqu'elle y est dans l'etat de carbone, elle y jouit d'une grande tendance au degagement ; qu'elle a fortement la faculte d'alterer la combinaison des autres corps qu'elle peut toucher ; qu'elle est alors le vrai radical de toute acidite de toute causticite et de toute salinite quelconque, et que par consequent j'ai dfi lui donner, lorsqu'elle est dans cet etat, le nom de feu fixe acidifique.
Si, dis-je, Priestlei efit remarque et connu ces differens etats de la matiere du feu, et les facultes particulieres qu'elle acquiert dans chacun de ces etats, il efit attaque d'une maniere victorieuse la theorie des chimistes modernes, et il ne leur efit laisse d'autres ressources, pour conserver quelque tems encore le credit de cette theorie, que le prudent moyen qu'ils ont deja employe a l'egard des objections auxquelles ils ne peuvent repondre.