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Добавлен: 19.01.2021

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Les bitumes et les charbons de terre sont des matieres qu'on reconnait encore pour etre provenues des vegetaux ; les argiles de toutes les sortes et differens sels sont dans le meme cas. De meme la craie, le souffre, le nitre, le muriate marin, etc. sont de veritables produits des animaux ou des alterations de leurs depouilles ; ce qu'on ne saurait contester. Enfin les sels, les acides et les gaz de tout genre, les combustibles de toutes espece, les matieres calcinables ou oxidables de toutes sortes ; en un mot, toute terre et toute pierre distincte de la silice pure, sont des matieres qu'on ne saurait meconnaitre pour resultats plus ou moins avances des depouilles des corps vivants, de leurs detritus, et des changements que ces matieres subissent successivement jusqu'a l'entiere separation des principes qui la constituaient.

La tendance qu'ont toutes ces matieres composees a operer progressivement leur destruction, c'est-a-dire, le degagement de leurs principes, est, a la verite, d’autant plus amortie et plus impuissante, que ces composes sont plus dense, plus terreux, et contiennent moins d'eau et d'air dans leur combinaison. Ainsi tous les fluides d'un animal qui a perdu la vie, se decomposent plus rapidement que sa chair ; cette chair se detruit elle- meme avec plus de promptitude que les os ; ceux-ci ensuite sont decomposes ensuite en moins de temps que la craie auxquelles leurs debris et la petite quantite de molecules terreuses de la chair peuvent donner lieu ; enfin, les craies elles-memes s'alterent moins lentement que les steatites, ceux-ci moins lentement que les pextens, ces derniers moins lentement que les jaspes, etc. tous ces faits sont constants. Mais cette tendance a la decomposition n'est jamais nulle, dans tel compose que ce soit ; elle est simplement amortie dans les matieres les plus denses ; ce qui les rend extremement durables. Aussi les matieres minerales tres-denses ne sont elles susceptibles de subir des changemens dans leur nature, que lorsqu'elles eprouvent l'action penetrante de quelque matiere etrangere qui les touche et les penetre. Mem. de Phys. etc. p.321 et 322.

Suivez, cette vue, et rappelez-vous que si l'art, par le moyen de ces operations, parvient a faire ce qu'il nomme des ANALYSES, c'est-a- dire, a changer l'etat de combinaison et les proportions des principes d'un compose ; a obtenir parmi les premiers produits de ses operations plusieurs substances composees elles-memes qu'il croit avoir retirees de la premiere ; a former ainsi par cette voie une multitudes de matieres diverses qui n'existaient nullement dans les composes qu'on a denatures pour les avoir ; enfin a produire a volonte certains termes d'alteration, qu'il retrouve les memes lorsqu'il emploie les memes procedes et qu'il opere sur les memes substances, la Nature aussi sait faire des analyses, possede des moyens pour cela, et en opere effectivement sur toutes les matieres composees qui se trouvent abandonnees aux effets de sa puissance.

Mais n'oubliez jamais que tous les composes qui constituent le regne animal, et que tous ceux que la chimie reussit a obtenir par ses operations, n'existaient pas auparavant dans les substances dont ils proviennent. Ce sont de simples resultats des alterations qu'ont subies d'autres composes preexistans.

Quelquefois les resultats qu'on obtient dans le cours des alterations qu'on fait subir a une matiere minerale, deviennent stationnaires, c'est-a-dire, paraissent n'en pouvoir subir au-dela ; ce qui fait prendre ces matieres qui constituent ces resultats stationnaires pour des substances simples (la chaux, la baryte, l'alumine, etc. en sont des exemples). Mais la consequence qu'on a tiree dans ce cas me parait etre une veritable erreur ; car l'etat stationnaire, observe dans les matieres dont il s'agit, tient d'une part a la puissance bornee du petit nombre d'agent qu'on emploie, et de l'autre a ce que quelques uns de ces agens, au lieu d'etre de simples instruments mecaniques capables de separer des principes reunis, fournissent, leurs propres principes qui se fixent dans les produits de l'operation, et y arrivent a un point maximum ou a un point de saturation qui ne permet point d’aller au dela. Voyez mon memoire sur la matiere du feu, consideree comme instrument chimique dans les analyses.

Ainsi la matiere du feu se fixant en abondance, mais imparfaitement, dans la pierre calcaire que l'on calcine, s'y amasse apres en avoir chasse l'air et la plus grande partie de son eau combinee ; elle s'y amasse, dis-je, jusqu'a une saturation ou un veritable maximum, et transforme la substance qui en est chargee, en un residu stationnaire auquel on a donne le nom de chaux. Elle est alors, jusqu'a un certain point, hors d'etat d'en recevoir davantage ; le feu qui s'y est incompletement fixe, y est a son maximum, et il n'agit plus sur elle. Dans ce cas, prevenu par l'idee inexacte que le feu decompose tout, vous dites que la chaux est une matiere simple.

Ces verites ayant ete meconnues lorsqu'on a compose la theorie chimique que l'on enseigne actuellement, doivent maintenant etre etouffees, pour ainsi dire afin de conserver cette theorie aussi long- tems qu'il sera possible.


Enfin, voulez-vous completer les moyens de reconnaitre ce qui se passe reellement dans une multitude de faits que vous observez tous les jours dans vos operation ? considerer cette loi de la Nature, que je suis parvenu a determiner.

Lorsque les principes d'un compose sont desunis par l'action d'une matiere alterante (ou provocatrice), en un mot par un intermede quelconque, ces principes reagissent les uns sur les autres, contractent de nouvelles unions, parce qu'ils sont encore dans un etat qui y est favorable, et forment alors de nouveaux composes ; mais ces composes ont prgressivement une moindre concentration ou une moindre modification dans leurs elemens constitutifs. Mem. de. Phy. p. 328.

Formation des mineraux.

Maintenant pour concevoir comment le nombre considerable de substances diverses qui constituent les mineraux, a pu avoir lieu, et comment les masses compactes que nous voyons dans les pierres de tout genre, dans les roches, dans les minerais, etc. ont pu se former ; considerer ;

Qu'apres les premiers ordres de decomposition que les fermentations operent, l'humidite prolongee sur ces residus et dans leur masse, et surtout le contact simultane de l'eau, de l'air et du calorique, detachent petit a petit les molecules essentielles ou integrantes de la masse a laquelle elles adheraient, et alterent plus ou moins leur nature, suivant que les lois que j'ai indiquees ; qu'ensuite les lavages des eaux entrainent, filtrent et charient ces molecules dans leur nouvel etat ; qu'enfin les eaux moins agitees laissant deposer ces memes molecules, il en resultent a leur egard une agregation qui concrefie ou consolide les masses qu'elles forment, et qui les agrandit proportionnellement a la duree du depot.

La matiere de ces nouvelles masses ne sera donc pas la meme que celles des premieres masses qui ont fourni leurs molecules integrantes, puisque celles-ci ont subi des changemens dans leur nature. Or, etendez cette consideration a tous les cas qui y sont relatifs, et joignez-y celles des changemens operes dans la nature des molecules integrantes d'une meme masse, sans autre deplacement que le rapprochement plus considerable que ces molecules changees eprouveront dans leur agregation nouvelle, alors vous aurez une idee juste de la cause des endurcissements graduels des matieres minerales, et vous pourrez suivre la Nature dans la multitude d'operations qu'elles fait en formant les mineraux.

J'ai dit que la maniere dont les roches informes ont ete formees et se forment encore tous les jours, est fort differente de celle qui donne lieu aux masses pierreuses de tous les genres, constituees de couches paralleles. (Voyez pag. 20.) Cette distinction merite d'etre etablie avec quelques developpemens, parce que sans elle on ne peut se former une idees juste des moyens qu'emploie la nature.

Lapidescence par sedimens.

Toute pierre quelconque, formee de couches paralleles, provient originairement de sedimens deposes successivement sur un plan qui a pu les retenir. Or, les particules de ces sedimens, modifiees peu a peu par les causes que j'ai indiquees, se sont rapprochees, agregees ou liees entre elles, et ont constitue une masse qui s'est ainsi durcie graduellement, et qui fut changee en pierre. On sent bien que si les sedimens de cette pierre par couches ont, a de certaines epoques, varies de nature ou de quantite, les couches de la masse pierreuse dont il s'agit, presenteront des differences dans leur nature ou dans leur epaisseur.

Cette formation est connue ; mais c'est a peu pres la seule qui soit dans ce cas. Cependant la Nature emploie un autre moyen, et en effet celui dont je viens de parler ne suffit pas pour rendre raison de tout ce qu'on observe dans les lapidescences.

Lapidescence par infiltration.

Les eaux, qui alterent sans cesse les masses des corps bruts, et qui en detachent des partiticules qu'elles entrainent et charient, ne les deposent pas toujours sur un plan qui les retiennent ; elles ne deposent sur un pareil plan, que les particules encore grossieres qui ne peuvent pas penetrer avec elles dans les masses ; en un mot, que les molecules integrantes ou essentielles des composes recemment provenus des detritus des corps vivans. Mais l'alteration de ces molecules integrantes des composes etant arrivee a son terme ou pres de son terme, les molecules de la terre elementaire ou terre vitreuse (la silice des chimistes) se trouvant a nu, sont alors d'une petitesse inexprimable, peuvent passer par des issues ou les molecules grossieres des matieres composees ne passeraient pas, et penetrent reellement partout ou l'eau qui les charie peut s'infiltrer.

En effet, les eaux charient ces petites molecules vitreuses ou quartzeuses, aussi facilement et plus aisement que les autres ; mais ces molecules vitreuses, au lieu de s'arreter sur les plans ou s'arretent les molecules plus grossieres, se filtrent avec l'humidite qui traverse et imbibe les masses encore poreuses de terre et de pierres tendres ; elles se tamisent en quelque sorte a travers ces masses a la faveur de l'humidite qui les entraine, etcontinuent ainsi de rentrer dans le sol, jusqu'a ce que, trouvant l'occasion de se reunir plusieurs ensemble, ou rencontrant un noyau quartzeux deja forme, elles s'y agregent et en grossissent successivement la masse.


vide, et s'y trouvent suspendues dans une masse d'eau assez tranquille pour leur permettre de se deposer et de s'agreger avec lenteur, elles s'appliquent les unes sur les autres avec un ordre conforme aux influences de leurs figures particulieres, et constituent alors des masses regulieres auxquelles on adonne le nom de cristaux.

Mais dans les circonstances defavorables a cet arrangement, les molecules dont il s'agit donnent lieu a des masses informes, qui, par les suites non interrompues de nouvelles agregations, peuvent acquerir d'enormes volumes.

Il est bon de remarquer que, quoique la petitesse des molecules vitreuse dont je parle, les mette dans le cas de penetrer avec l'eau dans l'interieur des masses poreuses, et meme dans celles des pierres tendres dont les parties n'ont encore qu'une agregation incomplete, ces memes molecules vitreuses ne sauraient s'introduire dans l'interieur des masses quartzeuses ou vitreuses, parce que l'eau elle-meme n'y penetre pas, et que l'agregation des parties de ces masses s'y trouve complete : elles s'agregent donc successivement a la surface de ces masses, dont elles augmentent proportionnellement le volume.

Tel est le mode de formation des silex, des pierres dures en rognons, des roches isolees quartzeuses qui se produisent a differentes profondeurs dans la terre, et qui se lient et se cumulent les unes les autres, selon les circonstances qui favorisent chaque cas particulier.

C'est cette formation qui est cause que les roches qu'on trouve dans le sein de la crofite externe du globe, sont en general posees sur des matieres bien moins solides qu'elles.

Cette lapidescence par infiltration donne aussi lieu a la formation des agates, etc. a celle des poudings, etc. et aux petrifications proprement dites.

Formation des agates, etc.

Les molecules integrantes des composes terreux recemment provenus des corps vivants comme celles de la craie et celle de l'argile, sont tres grossieres, parce que dans chacune de ces molecules la terre elementaire ou vitreuse y est fortement masquee par d'autres principes combines avec elle en grandes proportions. Aussi comme je l'ai dit plus haut, ces molecules ne se filtrent point a travers les masses un peu trop compactes mais se deposent en sedimens a leur surface. On ne doit pas douter, malgre cela, que lorsque ces molecules integrantes ont subi assez d'alteration et de changemens pour s'en trouver tres-affinees, elles ne soient alors capables d'etre filtrees a travers les masses tendres, et qu'elles ne jouissent de cette faculte presque autant que les molecules vitreuses pures, quoiqu'elles n'aient pas atteint le terme qui met leur terre elementaire tout-a- fait a nu.

Dans ce cas, si ces molecules, filtrees lentement par l'humidite a travers les masses terreuses ou des pierres tendres, trouvent dans leur route, a se reunir plusieurs ensemble, on rencontrent un noyau plus ou moins quartzeux deja forme ; celles qui en sont voisines excitees par l'attraction, viendront successivement s'agreger autour de ce noyau, et y formeront aussi successivement des couches concentriques, paralleles les unes aux autres, regulieres ou irregulieres, et qui seront d'autant plus distinctes entre elles, que les molecules varieront, a diverses epoques, dans leur nature, leur couleur et leur transparence.

Ainsi la lapidescence par infiltration donne aussi lieu a la formation des cailloux, des agates diverses et de toutes les pierres imparfaitement vitreuses, a couches concentriques, qui se forment toujours dans des masses terreuses ou presque pierreuses, et que de simples sedimens ne sauraient produire.

Les cailloux et les agates diverses constituent des masses isolees, subglobuleuses ou ovalaires, ayant leur crofite externe grossiere et opaque, et leur substance interieure plus ou moins transparente, selon le degre de simplicite ou de finesse et de purete de leur pate. Cette substance interieure des agates est composee de couches appliquees parallelement les unes aux autres, en suivant regulierement les plans et les contours de celles qu'elles recouvrent.

Cette substance des cailloux et des agates approche beaucoup de la nature quartzeuse et vitreuse, parce qu'en effet la silice ou la terre elementaire et vitreuse qui en fait la base elementaire, y est en grande proportion ; mais elle y est encore un peu masquee par des matieres etrangeres combinees avec elle, et qui otent aux molecules vitreuses qu'elle contient, la faculte de cristalliser en s'agregeant.

Les masses subglobuleuses des cailloux et des agates se sont formees dans le sein d'une masse de matiere moins compacte qu'elles, quoique le plus souvent de nature pierreuse : elles s'y sont formees par la voie que j'ai indiquee ci-dessus, c'est-a-dire, par le transfert des molecules integrantes de caillou ou d'agate, opere a l'aide de l'eau qui est dans la masse, soit terreuse soit pierreuse du sol, et dirige par l'attraction dans tous les sens, vers le noyau spheroide et isole qui est enchasse dans cette masse du sol, et qui attire ces molecules lorsqu'elles sont dans son voisinage.


Comme ces molecules d'agate s'agregent successivement et de tous les cotes sur le noyau qui les attire et les re?oit, on sent qu’il en doit resulter, autour de ce noyau, des couches concentriques partout paralleles, et qui, les unes les autres, suivront les plans, les sinuosites et les angles de celles qu'elles recouvrent, puisque l'application des molecules qui viennent successivement s'agreger, se fait en meme temps de tous les cotes, au lieu de s'operer uniquement sur le plan superieur, comme les agregations par sedimens.

Aussi les couches de ces pierres siliceuses sont-elles en general remarquables par leur parallelisme et leur concentricite ; et comme les molecules integrantes qui viennent les former, varient en certain tems dans leur purete, leur couleur et leur transparence, les couches qui en resultent, varient pareillement dans ces qualites.

On donne le nom d'onyx a celles de ces pierres siliceuses dont les couches sont bien tranchees par l'opposition et la vivacite des couleurs.

Quelquefois les masses pierreuses, spheroides ou subglobuleuses des cailloux et des agates ont commence leur formation autour d'un noyau dont la matiere etait grossiere, tres-composee, et consequemment mal agregee et peu solide. Mais pendant que les molecules plus ou moins affinees, de cailloux ou d'agates, continuaient la formation de leur couches concentriques les unes au dessus des autres, l'eau, parvenant a s'insinuer par des fissures, a opere la decomposition de la matiere du noyau, et en a apporte les principes non solides susceptibles d'etre dissipes ; par cet effet l'eau a donne lieu au centre du caillou de l'agate a une cavite remarquable, aux parois de laquelle les molecules affinees ou simplifiees de la matiere alteree du noyau se sont appliquees en mamelons arrondis si ces molecules n'etaient encore parvenues qu'a l'etat de calcedoine ou d'agate, mais qui s'y sont disposees en cristaux quartzeux si ces molecules presentaient la terre vitreuse tout-a-fait a nu, demasquee et debarrassee de ces combinaisons avec des matieres etrangeres.

Les masses subglobuleuses des cailloux ou des agates qui ont dans leur centre une cavite semblable a celle que je viens de decrire, ont re?u des mineralogistes le nom de geodes.

Les mineralogistes, qui ne reconnaissent pas la simplification croissante des matieres minerales a mesure que plusieurs de leurs principes combines s'en sont degages et dissipes, et qui ne s'aper5oivent pas que c'est a cette simplification qu'est dfi l'augmentation de durete des masses pierreuses par le perfectionnement de l'agregation de leurs molecules integrantes, disent, a l'egard de chaque nuance qu'ils rencontrent de cette simplification, que telle maniere tient plus que telle autre de la silice ou terre vitreuse.

Ainsi ce qui n'est, pour chaque molecule integrante d'une matiere pierreuse quelcon-que, qu'un decouvrement de sa terre elementaire ou vitreuse, qui auparavant etait plus marquee par des principes etrangers combines avec elle, leur parait une simple addition de molecules vitreuses qui se sont introduites dans la matiere qu'ils observent.

De la toute la serie des silex, des agates, des jaspes, des feld-spaths et meme des pierres precieuses, offre pour eux des matieres tenant additionnellement de la silice ou terre vitreuse, en plus ou oins grande proportion, tandis que ce ne sont reellement que des substances dans lesquelles la terre vitreuse, qui fait la base de toute terre et de toute pierre quelconque, est plus ou moins completement a nu ou demasquee.

Oh ! qu'ils cessent de s'y tromper ! la silice est partout la base des matieres solides, et surtout des pierres et des terres de toutes les sortes.

Dans la craie, la silice s'y trouve fortement masquee et y est imperceptible. On ne l'y demasque point par l'action du feu ni par celle des acides. Par ces actions alterantes, on transforme la craie en d'autres sortes de combinaisons, dans lesquelles la silice reste encore intimement une et masquee. La nature seule, a l'aide de beaucoup de tems altere la craie, dissipe insensiblement ses principes de solidite sans y en fixer d'autres, met de plus en plus a nu sa silice, et a la fin transforme les bancs de craie, ainsi que les coquilles qui s'y trouvent, en masses et coquilles siliceuses, et fait passer des montagnes entieres, de l'etat crayeux a l'etat siliceux ou quartzeux, sans avoir besoin d'y apporter de la silice. Les masses dont il s'agit subissent un retrait dans leur volume et une agregation plus parfaite dans leur molecules a mesure que ces changements s'operent. Que j'ai eu de fois occasion d'observer les preuves de ces simplifications, c'est-a-dire, de ces transformations de matieres pierreuses tres-composees, en matiere pierreuse plus simple !

Dans l'argile, la silice y est aussi fortement masquee et imperceptible ; mais cette matiere composee terreuse s'altere plus facilement et plus promptement par les agens ordinnaires de la Nature, que la craie, et la silice n'est pas tres-long-tems a s'y faire apercevoir. Les mineralogistes disent alors que c'est de l'argile tenant de la silice dans telle proportion.


La silice se demasque de plus en plus dans les differens schistes, dans les asbestes, dans les micas. Elle est encore tres-masquee dans les pextens ; elle l'est moins dans les jaspes et dans les pates des porphyres ; elles l'est moins encore dans les peridots ou les berils, les topases, les emeraudes, les saphirs, les rubis, etc. ; enfin dans les cristaux de roche bien transparents et bien nets, elle est entierement a decouvert.

Voila la marche de la Nature. Tout arrive insensiblement a ce terme de simplification : il suffit d'observer pour s'en convaincre. Mais pour bien voir en observant, il faut etre capable de s'elever au dessus des prejuges introduits par inconsideration et de fausses vues, et entretenus par l'obstination de l'amour-propre ; il faut savoir n'etre point esclave des erreurs meme les plus accreditees ; il faut enfin avoir le courage de sacrifier la consideration momentanee qu'on obtiendrait, comme tant d’autres, en etayant l'erreur de ceux qui sont parvenus a faire autorite a cet egard, et montrer la verite lorsqu'on a su la decouvrir.

Formation des petrifications.

Enfin les molecules plus ou moins purement vitreuses qui se filtrent ou se tamisent a travers les masses terreuses et les pierres tendres, a l'aide de l'humidite qui y penetre, parviennent encore a s'agreger ensemble, en penetrant dans le tissu organique des portions de vegetaux ou d'animaux qu'elles rencontrent, et dont les traits d'organisation ne sont pas encore alteres. Elles remplacent successivement les particules de ces restes de corps organises, a mesure que ces particules sont detruites et emportees par la filtration des eaux ; en sorte qu'il ne reste plus reellement que la figure et une sorte de squelette du corps organique qu'on voit alors comme change en pierre, etc.

Ce que je viens de dire sur la petrification est bien connu et tres-fonde ; mais, comme je l'ai fait remarquer, on en a etendu mal a propos le principe a tout ce qui, d'abord de nature calcaire ou de nature argileuse, etait ensuite trouve dans un etat plus ou moins siliceux. Or, je le repete, j'ai la conviction, par suite du grand nombre d'objets que j'ai observes, et par les nuances et les passages insensibles que j'ai remarques dans les transformations d'une substance a une autre, qu'une masse de matiere calcaire peut passer insensiblement a l'etat de matiere siliceuse, sans que les molecules siliceuses qu'on lui trouve alors, aient ete apportees posterieurement dans sa masse, en remplacement des siennes. Il arrive certainement la meme chose aux matieres argileuses.

Formation des granits et des pierres agregees diverses.

On sait que le granit est une roche composee d'une reunion de petits morceaux de quartz, de feld-spath et de mica, parmi lesquels on trouve souvent des morceaux de schorl. Ces differentes sortes de matieres et de masses pierreuses, dont les unes sont cristallisees et les autres ne le sont pas, etant agregees en masse commune, constituent la roche composee dont il s'agit, roche que les naturalistes regardent tres-mal a propos comme primitive.

D'abord, ce ne pourrait etre que conjecturale qu'on designerait comme primitive une matiere quelconque ; et lorsqu'on se hasardera a le faire, l'etat des connaissances acquises n'autorisera jamais a indiquer comme telle une matiere composee.

Ensuite, ce ne serait point en faveur des granits que les probabilites se reuniraient le plus pour les faire regarder comme des matieres primitives car l'origine de plusieurs des parties composant des granits est encore assez indeterminable pour ecarter toute conjecture de cette sorte a leur egard.

Tout ce qu'il est possible de dire de raisonnable au sujet des matieres composees qu'on observe a la superficie et dans la crofite externe du globe, c'est que les unes sont plus anciennes que les autres, c'est-a-dire, sont plus eloignees de leur origine. Mais d'une matiere ancienne ou fort eloignee de son origine, a une matiere veritablement primitive, la distance peut etre infinie ; en sorte que c'est manquer a la raison que de confondre ces deux objets.

On trouve souvent des masses de granit, grandes ou petites, completement isolees, tantot posees sur un fond ou sur une base moins solide que ces masses memes, et tantot s'appuyant sur des roches quartzeuses. Or il n'est point du tout prouve que les masses de granit qui existent, soit qu'elles se trouvent isolees, soit qu'on les observe amoncelees ou groupees serialement plusieurs ensemble, aient une veritable contiguite avec les matieres solides qui composent tout l'interieur du globe terrestre. Tout annonce au contraire que les granits n'ont point de contiguite essentielle avec les matieres solides de l'interieur du globe, mais que ce sont de veritables depots dont nous allons indiquer la cause et le mode dans l'instant.

Nous allons voir en outre que la cause qui a donne lieu a ces depots, a dfi en general en disposer les amoncelemens d'une maniere seriale, et alors nous concevrons pourquoi les principales masses de granit observees et qui constituent les montagnes les plus hautes, sont en general disposees par chaines ou par serie longitudinales, plus ou moins regulieres.